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CHAPITRE III

DÉVELOPPEMENT DE LA NOUVELLE-FRANCE VERS L'OUEST JOLLIET ET MARQUETTE. — ÉTABLISSEMENT DU FORT FRONTENAC

Frontenac, sur le conseil de Talon, fait continuer les découvertes à l'ouest. Voyage de Jolliet et du P. Marquette; caractère de la collaboration du P. Marquette. Découverte du Mississipi. — Etablissement d’un fort à Catarocouy, au nord du lac Ontario (fort Frontenac); campagne diplomatique de La Salle chez les Iroquois; objet véritable de Frontenac. L'expédition ; concours de sauvages à Catarocouy; habile attitude de Frontenac parmi ces indigènes. Le fort est rapidement construit, — Succès de la politique de Frontenac. — La Salle, premier commandant du fort; valeur nouvelle que prend ce poste après les découvertes de Jolliet,

Tandis que Talon attendait, pour quitter la Nouvelle-France, les derniers jours de navigation du Saint-Laurent, Frontenac avait sollicité les conseils de son expérience pour guider les débuts du nouveau gouvernement d’après les principes de l’ancien : sur l'avis de Pintendant, il venait d'envoyer vers l’ouest une expédition conduite par Jolliet; il s’inquictait, en même temps, de fonder sur les bords du lac Ontario ce poste dont la nécessité avait été reconnue par Courcelles, et qui devait établir solidement les Français entre les Iroquois et les Outaouais. De cette manière, tandis qu'un explorateur allait reconnaître le haut pays, d'autres démarches devaient assurer la tranquille communication des Français avec les nations les plus voisines. Frontenac continue donc la tradition que ses prédécesseurs lui ont léguée, et par le concours initial de Talon, prêt à quitter le Canada, la transition entre les

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deux gouvernements devient comme insensible; Frontenac n'a pas inventé sa politique canadienne, mais il l’a soutenue et développée, au milieu de circonstances défavorables, avec une fermeté et une intelligence telles, qu’on lui accordera volontiers le mérite d’un génie original.

Jolliet était cet « aventurier » que les administrateurs avaient naguère chargé d’une première exploration, à la recherche d'une mine de cuivre '; nous avons vu que ce voyage, fort lentement mené, n'avait pas eu le succès souhaité, mais qu’en revanche, Jolliet avait appris d’un Iroquois l'existence d’une voie continue, par eau, de Montréal aux pays de l'ouest. Est-ce seulement cette route des Lacs beaucoup moins pénible que celle de terre, qu'il s'agit maintenant de reconnaître, en nouant des relations avec les peuples, encore peu connus, que l’on rencontrera? Les administrateurs s'étaient proposé un dessein plus ambitieux; d'après le mémoire de Frontenac du 2 novembre 1672, Jolliet était parti à la découverte de la mer du Sud? ; il devait passer par le pays des Maskoutens, c’est-à-dire par l’ouest du lac Michigan, puis descendre « la grande rivière qu'ils appellent Michissipi, qu’on croit se décharger dans la mer de Californie ». L'expédition est donc surtout un voyage d'exploration.

Jolliet était mieux qualifié que tout autre pour diriger une entreprise de ce genre‘; il était Canadien de naissance, avait de bonne heure parcouru en tous sens le pays des Outaouais, dont il parlait plusieurs langues; les documents des Jésuites vantent son esprit de conduite, sa prudence, son courage; il semble que les Pères fassent le plus grand cas de cet explorateur, auquel l'un des leurs, le P. Marquette, va s’adjoindre pour son grand voyage. Frontenac est, de son côté, très élogieux; d’après sa lettre du 2 novembre 1672, Jolliet, qui serait arrivé, dans des voyages antérieurs, «jusqu'auprès de cette grande rivière de laquelle il promet de trouver l'embouchure », serait « un homme fort entendu dans ces sortes de découvertes ». Il partit dans l’automne de 1672, par

1. Voir l’Introduction. — Nos documents écrivent indifféremment Joliet ou Jolliet. Charlevoix adopte la première orthographe, Mais une signalure authentique (Ar. col., Postes divers, Il, 136), est écrite Jolliet.

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