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la voie ordinaire des Outaouais. Au Saut-Sainte-Marie, il rencontra le P. Marquette, jeune missionnaire jésuite, — il n'avait pas quarante ans, — fort apprécié de ses collègues pour sa connaissance familière de nombreux dialectes indigènes, comme pour ses goûts scientifiques. Si l’on en juge par la relation qui nous est parvenue de son voyage‘, c'était un observateur curieux, qui savait se rendre compte de ce qu’il voyait, et ne se croyait pas quitte envers ses lecteurs avec un insipide journal de route; il note souvent des détails intéressants de flore ou de fanne; il donne, quand il en a les moyens, des indications précises de latitude, fait acte, en un mot, d'explorateur intelligent, Nous devons donc nous féliciter qu'il ait été le compagnon de Jolliet, alors surtout que les papiers de celui-ci ont été perdus au retour, dans un naufrage, à quelques brasses de Montréal?; il convient de dire, toutefois, que le manuscrit de Marquette ne nous est point parvenu complet, et que l’éditeur a cru pouvoir en combler les lacunes à l’aide d’un travail postérieur, les « Mœurs des sauvages » du P. Lafitau; mais ces emprunts ne sont pas considérables, et la personnalité du P. Marquette apparait suffisamment dans les parties qui sont certainement de lui*.
Talon et, d'accord avec lui, Frontenac avaient-ils décidé que l'expédition de Jolliet serait accompagnée du P. Marquette? Rien n'est moins sûr; Frontenac, dans son mémoire de 1672, parle de Jolliet tout seul; de même, dans sa lettre à Colbert du 11 novembre 1674, il signale le retour de Jolliet, mais ne dit rien du P. Marquette *, Charlevoix déclare, au contraire, que Talon désigna tout d'abord Marquette, « qui avait déjà parcouru presque toutes les contrées du Canada et qui était fort respecté des sauvages »; et qu'il lui « associa un bourgeois de Québec, nommé Jolliet, homme d'esprit et d'expérience ». Les documents administratifs que nous possédons ne contiennent aucune commission officielle en faveur de Marquette; mais, par l’époque même du départ de Jolliet,
{4 Douniol, t, IL.
2. Nous n'avons ainsi de Jolliet lui-même qu’une très courte notice, rédigée de mémoire; quant aux copies de ses journaux qu’il aurait laissées en passant aux Pères du Saut-Sainte-Marie (Frontenac à Colbert, nov. 1674), nos documents ne les reproduisent nulle part,
3 Voir Douniol, II, 240, note de l'éditeur,