‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 85 sur 395 · Les missio · texte numérisé non relu

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Les Iroquois sont aussi priés de vivre en bonne intelligence avec tous leurs voisins; qu'ils laissent venir librement parmi les Hurons habitués dans les bourgs français ceux de leurs compatriotes qu'ils retiennent esclaves; les Iroquois doivent vivre en frères avec toutes les nations dont Onontio est le père, comme il l’est d’euxmêmes, et c’est alors que Frontenac conjure ses auditeurs, avec toutes sortes d’instances, de faire enseigner le français à leurs enfants : les Aobes noires s'en chargeront. « Cela nous unirait davantage et nous aurions la satisfaction de nous entendre les uns et les autres sans interprète. » Voilà probablement un résultat dont les Robes noires ne se souciaient guère, mais Frontenac savait qu'il eùt été désastreux, devant les indigènes, de ne point accuser une entente complète entre tous les Français, et il affecte de compter absolument sur les missionnaires. Il demande done aux chefs de lui confier quelques-uns de leurs enfants, dont il surveillera l'instruction lui-même. Le texte mérite d’être rapporté, car tous les mots portent. « Je n’ignore pas l’amour que vous avez pour vos enfants; mais ce que je puis vous dire, c’est que j'en aurai autant de soin que s'ils étaient les miens; que je les adopterai pour tels; que je garderai les garçons chez moi et mettrai les filles chez les Religieuses de Québec, où les Hurons ont déjà les leurs et où ils peuvent vous assurer qu'elles sont bien élevées; que je les visiterai souvent et que vous pourrez les venir voir quand vous voudrez, vous promettant de les rendre lorsque vous me les redemanderez, si vous ne souhaitez pas que je les marie avec des Français, quand elles seront en âge d’être mariées. » Ici apparait la pensée favorite de Frontenac : multiplier les intermédiaires entre les indigènes et les Français non point en s’avançant au hasard au

1, Les missionnaires.

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milieu des sauvages, mais en recrutant parmi eux des amis et comme des complices inconscients : les petits Iroquois, élevés à Québec, seront comme plus tard les Sénégalais de Faidherbe, des otages; si le gouverneur s’en défend, lorsqu'il parle aux parents iroquois, il n’a pas de peine à l’avouer lorsqu'il écrit à Colbert t, Aussi tient-il particulièrement à ce succès; pour décider les Iroquois, il leur fait adresser une parole par les Hurons dont il est accompagné ; la relation de son voyage assure que les Hurons tentèrent cette démarche de leur propre mouvement, mais comme elle ajoute qu'on les avait avertis une heure à l'avance de la réunion qui allait avoir lieu, il est vraisemblable qu'on ne leur avait pas laissé ignorer le rôle qu'ils devaient jouer et dont ils s’acquittèrent fort bien : ils se déclarèrent très heureux de la protection qu'Onontio leur accordait et de l'éducation qu'il faisait don:

à leurs enfants ; les Iroquois eux-mêmes, lorsqu'ils auraient reconi ce qui en était, « ne pourraient jamais assez remercier leur père de la grâce qu'il leur offrait. »

Frontenac n'avait pas oublié d'entretenir ses auditeurs de religion; il est particulièrement intéressant de noter ce point, pour démontrer, par un argument nouveau, qu’il tenait à la prédication du christianisme autant que les missionnaires : « Mes enfants, dit-il, je ne saurais vous donner un avis plus important ni qui vous soit plus avantageux, que de vous exhorter à être chrétiens et adorer le même Dieu que j'adore. » Le discours qui suit, où sont exposées les principales doctrines du christianisme, ne serait pas désavoué par un prêtre : les deux commandements essentiels ‘nt d'aimer Dieu de tout notre cœur et nos frères comme + aëmes, et, ajoute Frontenac, donnant aussitôt une portée politique à son enseignement chrétien, « comme je suis obligé par la profession que je fais d’être chrétien d'observer ces préc:ptes, vous devez être plus facilement persuadés que je viens ici our. assister mes enfants de toutes choses et leur donner des témoignages d’une amitié sincère et véritable... Écoutez donc avec respect les discours des AÆobes noires que je ne laisse parmi vous que pour vous instruire. » Le gouverneur répondait sans doute par cette phrase au reproche d'espionnage que certains adressaient aux missionnaires.

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