‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 106 sur 316 · Lettre du 4 déc. 1679. Clément, III · texte numérisé non relu

Lettre du 4 déc. 1679. Clément, III

toujours la même assimilation décevante entre la métropole et la colonie. Et pourtant Frontenac avait, comme Duchesneau, des textes dont la lettre lui était favorable; il produisit des actes royaux !, rigoureusement authentiques, où il est traité de chef et président du Conseil; Colbert, si formaliste à l'ordinaire, ne l'avait pas été suffisamment cette fois; comment trancher la difficulté ?

Duchesneau d’abord invoque la coutume établie depuis trois ans; Frontenac allègue qu'il n’y a pas pris garde jusqu’au jour où il fit des observations au greffier; mais Peuvret, de même qu’un sieur Becquet, qui l’a remplacé pendant qu'il était en prison, affirme avoir porté plusieurs fois les registres au gouverneur, pour la signature des procès-verbaux; et nous ne pouvons guère, pour excuser Frontenac, supposer qu'il signait sans lire; ce serait trop contraire à ses habitudes. Les membres du Conseil, au milieu desquels avait lieu ce débat, n’avaient encore rien dit : Duchesneau, pour leur imposer une décision, réclame « la jonction du procureur général ». Celui-ci, très sagement, conclut à un arrangement amiable : on demandera l'avis du roi; jusqu’à nouvel ordre, les procès-verbaux ne désigneront Frontenac et Duchesneau que par leurs titres personnels de gouverneur et d’intendant. Il était impossible de mieux déclarer que les magistrats tenaient surtout à la prompte expédition des affaires, et se souciaient peu de se prononcer entre deux rivaux également entêtés.

Mais Frontenac entendait ne rien abdiquer de ses prétentions ; sans doute il espérait, en refusant tout compromis, amener le Conseil à rendre un vote sur lequel il pourrait s'appuyer ensuite, dans ses lettres à la cour. Il repousse donc la proposition du procureur, tandis que, par une condescendance qui ne l'engageait guère, l’intendant affecte de s'y ranger. Une seconde fois, le Conseil tente de fléchir le gouverneur général; peine inutile; on est au mois de mars; les vaisseaux de France ne partiront qu'en novembre, Frontenac ne cède pas. Bien plus, il convoque le Conseil, le 27 mars, pour une assemblée extraordinaire, et là, comme Louis XIV en un lit de justice, il ordonne qu'on l'intitule à l'avenir « Chef et Président du Conseil Souverain ». Il ajoute,

1. Datés des 22 avril 1615, 15 avril 4676, 12 et 24 mai 1618.

par une bravade ironique, qu'il consent, jusqu'à réception d’un avis du roi, à n'être appelé que Monsieur le gouverneur et non Monseigneur. Alors Duchesneau de se lever, protestant que le gouverneur ne lui commande que pour la guerre, et Frontenac, menaçant, de répondre qu'il informera le roi de la conduite de l'intendant.

La violence du 27 mars avait excité contre le gouverneur les moins belliqueux des conseillers; Tilly même, un ami dont Frontenac sollicitait naguère la nomination ‘, était parmi les plus exaltés; Villeray, dont nous avons vu les premiers différends avec le comte, et le procureur général d'Auteuil, dont la conduite avait été jusque-là très correcte, étaient les autres chefs de l'opposition; ils se sentaient soutenus par l'intendant, dont l’obstination doucereuse avivait leurs rancunes. D'Auteuil, cependant, préparait un mémoire pour répondre à Frontenac; par provision il avait interdit au greffier de rien écrire sur les registres, et, ce malheureux scribe pris entre le procureur qui défend et le gouverneur qui ordonne, cède à celui qui dispose de la force armée, tout en ayant soin de faire constater qu'il n’agit que de l’exprès commandement de Monseigneur. Le mémoire de d'Auteuil était achevé pour la séance du 11 avril; Frontenac, sachant qu'il ne lui était point favorable, se rend au Conseil pour en interdire la lecture. L'Assemblée, dit-il, n'a pas besoin d’opiner, mais doit simplement enregistrer ses volontés. Nouvelles protestations, et prorogation à quelques jours; les conseillers cherchent, pour la présenter au gouverneur, une autre formule d'accommodement : on lui accordera les titres qu'il réclame, mais acte sera donné au procureur de son opposition. Frontenac refuse encore; il s’emporte contre le procureur, même contre les conseillers moins directement engagés dans l’affaire. Cependant une dernière tentative a lieu, le 3 juillet; les magistrats prient le gouverneur et l’intendant de se retirer ensemble, quitte à faire examiner plus tard la question qui les divise ; il est grand temps que la justice reprenne son cours, car tous ces incidents ont empêché le Conseil de remplir les fonctions qui lui sont propres, et des procès, qui auraient pu être plaidés le 4 mars, n’ont pas encore été appelés; on le voit, les conseillers de Québec faisaient grève comme plus tard les parle-

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