‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 107 sur 316 · Colbert à Frontenac, 22 avril 1615. Clément, III · texte numérisé non relu

Colbert à Frontenac, 22 avril 1615. Clément, III

mentaires persécutés sous Louis XV. Frontenac leur répond enfin par trois lettres de cachet : il n’est plus temps de proposer des expédients dilatoires, le moment est venu d’en finir. Villeray, Tilly, d'Auteuil sont exilés aux envions de Québec, avec défense de rentrer dans la ville (4 juillet). Le lendemain, le Conseil rebelle se rassemble à la campagne, sous la présidence de l’intendant, approuve les raisons du procureur général et lui donne acte de ses diligences. Quant à Frontenac, il part pour Montréal; la saison de la traite est arrivée; il lui importe de surveiller la grande foire annuelle où se règlent sur les relations de commerce les rapports politiques des Français avec les nations indigènes.

Pendant l’été, des lettres furent écrites au gouvernenr pour le prier de rapporter ses ordres d’exil; il les reçut fort mal, et n’accueillit pas mieux une députation qui venait, à son retour à Québec, lui présenter la même requête. On approchait cependant du mois d'octobre, et le courrier de France ne pouvait tarder : il apporta la nouvelle de la paix de Nimègue, signée l'année précédente. Frontenac pensa-t-il que le roi, désormais, s’occuperait plus activement des affaires canadiennes, et sentait-il son indépendance atteinte, à proportion que les affaires d'Europe laissaient à Colbert plus de liberté? La séance du 46 octobre nous le fait voir au Conseil beaucoup plus conciliant que trois mois auparavant; il consent enfin, « pour ne point faire d'incident et permettre au Conseil d’expédier les affaires », à se retirer en même temps que l’intendant; en outre, il accepte le fameux compromis, rejeté si dédaigneusement en mars !; à la place des conseillers exilés, toujours absents, La Martinière et Damours le rédigent et lecture en est donnée : désormais, on dira dans les procès-verbaux le Conseil assemblé, sans nommer personne; ou bien, si les noms des administrateurs sont prononcés, on n’y ajoutera mention d'aucun titre relatif au Conseil ?. En décembre, Tilly et d'Auteuil ont repris séance au Conseil ; quant à Villeray, il a passé en France pour soumettre à la Cour l’arrangement accepté. Le Conseil du roi

4. Voir lettres de d'Auteuil et de Duchesneau au ministre (1619). Ar. col., C. G. Can., V, 32, 14.

2. Dans cette même séance, le Conseil enregistre la paix « entre Sa Majesté,

les États Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas et le roi catholique: des Espagnes ».

rendit le 29 mai 1680 un arrêt conforme, enregistré à Québec le 24 octobre suivant. Les documents du Conseil nous montrent que le protocole ainsi fixé fut rigoureusement observé : à l’époque de l’arrivée de La Hontan (1683), le gouverneur et l’intendant siégaient au Conseil en face l’un de l’autre, les juges à leurs côtés, et « semblaient présider également ‘ ».

Colbert, informé de tout ce qui s'était passé, ne ménagea point les reproches à Frontenac * : il lui interdit formellement de s’intituler à l'avenir chef et président du Conseil ; il blâma l'exil du procureur et des deux conseillers; « si ce n’était, ajoute-t-il, que Sa Majesté espère encore que vous changerez de conduite, elle aurait adjugé à ces magistrats un dédommagement assez considérable à prendre sur vos appointements, parce qu’elle ne peut Jamais autoriser une violence de cette nature sans aucun fondement ». En effet, Frontenac avait passé les bornes et les premiers torts sont ici de son côté; toujours hanté par cette idée qu'il représentait directement le roi et ne devait tolérer aucun empiétement, contre l’autorité souveraine dont il était délégué, il n’était point capable, comme le notait fort bien Colbert, de « prendre l'esprit d'union et de condescendance pour empêcher toutes les divisions qui... sont toujours la principale cause de la perte des colonies, nouvelles 5 ». — Les discussions de préséances à propos du Conseil sont maintenant closes; mais, sur des questions nouvelles, les hostilités continueront, plus irritantes encore, et Frontenac vivra dans la lutte, jusqu'au jour de son rappel en France.

A peine les vaisseaux de 1679 étaient-ils partis, que Duchesneau fit éclater un nouveau conflit entre le gouverneur et ui *; le procureur général du Conseil, d'Auteuil, venait de mourir. Son fils, François-Madeleine d'Auteuil, sieur de Monceaux, lui était attaché comme substitut depuis 1677, en vertu de lettres royales; d'autre: part, Duchesneau possédait en blanc une commission de procu-

1. La Hontan, I, 148. — Cf. La Potherie, I, 261 : « l’intendant fait fonction: de président, quoiqu'il n’en ait pas le titre. »

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