VASE
simple rencontre suffit; on échangea des grossièretés, probablement des coups, et le fils Duchesneau mit le comble à la colère de ses adversaires en chantant quelques couplets contre Frontenac. L’intendant, informé, voulut prévenir l’orage : il dépêcha son fils, toujours suivi de Vautier, pour faire des excuses au gouverneur; au château, tandis que le jeune étourdi recevait dans le cabinet de Frontenac une verte réprimande, Vautier et Boisseau s’expliquèrent dans la salle des gardes, à coups de poing. Frontenac eut le tort d'exiger de nouvelles satisfactions; malgré l’évêque, dont l'intervention pacifique eût mérité meilleur succès, le jeune Duchesneau, fait prisonnier par le major de la place, paya son incartade d’un mois de retraite au château Saint- Louis. — On le voit, la rivalité des deux administrateurs était un danger véritable pour la colonie, dont elle retardait le développement. La Barre, successeur de Frontenac, parlait dans sa première lettre au ministre des « schismes que la division entre M. de Frontenac et M. Duchesneau avaient fait naitre », maisil ajoute, et l'aveu sous sa plume prend une valeur particulière, que « ce dernier a été bien plus loin que le premier, et en choses bien plus essentielles » 1.
La Cour avait été informée de bonne heure des divisions qui troublaient la Nouvelle-France : en 1677, d’après l'abbé Dudouyt ? Frontenac envoyait des plaintes contre l’évêque, l’intendant, et le clergé; malgré ses relations, le grand vicaire n'avait pu prendre connaissance de ces mémoires, mais il dénoncait, comme complices à Paris du gouverneur général, M"° de Frontenac, Le Barrois qui avait été son secrétaire, et un sieur Aubin, il avait même affirmé à son protecteur, Bellinzani, que Frontenac faisait passer des gens exprès en France « pour faire du bruit » contre ME: Laval et Duchesneau. De son côté, l'abbé d’'Urfé, qui n’avait pas oublié les incidents de 1674, travaillait au rappel du gouverneur. En 1681, Frontenac perdit le plus constant de ses protecteurs : Colbert, fatigué d’un ministère de vingt ans, qui n'était plus, pour lui aussi, qu’une lutte sans trêve, avait remis à son
1. La Barre à Seignelay, 12 nov. 1682. Ar. col., C. G. Can., VI, 59. — Parkman (Count Frontenac, 61) date à tort cette lettre de 1683. Le ms. original ne porte pas de date, mais l'extrait rédigé pour le ministre (p. 72) répare cette omis-
sion.