Lettre du 25 oct
2. Callières au ministre, 19 oct. 1694. Ar. col., C. G. Can., XIII, 104.
3. Frontenac au ministre, 15 oct. 1697. 1d., XV, 93. Vaudreuil fut désigné par le roi comme parrain du nouveau chevalier. (1d., O. d. R., 1698-99, 102.) M. Philippe Hébert, auteur de la statue de Frontenac qui orne la façade du Palais du Parlement à Québec et représente le gouverneur dans l'attitude légendaire de sa réponse au trompette de Phips (oct. 1690), a donc commis une inexactitude en décorant son personnage de la croix de Saint-Louis. — Voir Ern. Myrand, Phips devant Québec, chap. XIII.
4. Ar. col., M. $. M., V, 387. — Enregistrée à Québec le 24 sept. 1696 (Jug. du GC. S., IV, 49).
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les peuples du haut pays, et leur couper les communications
avec les Anglais de la côte; mais après un simple pillage, les Iroquois n’éiaient que plus dangereux, et l'ordonnance royale arrivait au plus mauvais moment. Elle était pourtant formelle : la traite n'avait jamais été permise, disait-elle, que par provision, en attendant la mise en valeur du sol; lors du bail des fermiers du castor, renouvelé en mars 1686, il avait élé répété que les congés seraient délivrés par le gouverneur et qu’il n’y en aurait pas plus de vingt-cinq chaque année; ce nombre avait été, sous divers prétextes, beaucoup dépassé; le trafic des pelleteries dans les bois était devenu l’occasion des pires désordres parmi les nations indigènes. À l'avenir, il était rigoureusement interdit; les coureurs seraient informés des volontés du roi; le gouverneur s’entendrait avec l’intendant pour fixer un délai au delà duquel à leur retour ils seraient arrêtés et leurs biens confisqués; la traite n’était autorisée « dans les lieux publics et ordinaires de la colonie », que si les pelleteries étaient apportées par les sauvages. En un mot, le commerce essentiel aux relations de la Nouvelle- France avec le haut pays était condamné par le roi comme immoral et dangereux pour la paix. Cette doctrine est formulée dans un mémoire ministériel du 27 avril 1697 *, qui répond aux objections des administrateurs : le roi se propose de faire cesser tous les différends qui empêchent les progrès du Canada par l’absolue prohibition de la traite; il « Ôte ainsi l’occasion de tous les troubles » qui naissent d'ordinaire des prétentions des coureurs de bois; il consent à laisser les Anglais pénétrer jusque chez les nations éloignées, espérant peut-être que l’action des missionnaires sera suffisante pour les faire écarter. Il a, semble-t-il, renoncé à l’idée de développer à l’ouest la Nouvelle-France; ses projets ont maintenant un autre but.
L'ordonnance du 21 mai 1696 était le dernier terme d’une série de dispositions restrictives de la liberté du commerce des pelleteries au Canada. Le ministre avait cédé aux sollicitations des fermiers, aux plaintes jalouses de l’intendant Champigny, enfin aux représentations des missionnaires. Il est bien clair que le régime des vingt-cinq congés n'avait jamais été strictement appliqué; mais, dans les débuts du second gouvernement de Fron-
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tenac, le ministre lui-même en était complice : en 1690, il recommandait de faire délivrer aux religieuses de Montréal six congés de traite pour assurer le service des malades de leur hôpital et l'entretien de leurs bâtiments ! ; c’est qu’un congé, à cette époque, était la seule gratification que le gouverneur püt allouer; d’après Champigny, les particuliers qui en obtenaient les revendaient couramment mille livres aux marchands ?; on aurait de la sorte, en 1690, assuré six mille livres aux religieuses de Montréal. En 1694, La Martinière, conseiller au Conseil Souverain, avait beaucoup perdu dans un incendie; il sollicitait un congé comme dédommagement *. On voit par là que la faculté laissée au gouverneur de délivrer des permissions de traite sans se borner exactement à vingt-cinq le mettait à même d'assister les particuliers ou les associations qui méritaient ses secours; pendant quelques années, personne ne s’est plaint; mais, à mesure que Frontenac donne plus d'extension à sa politique indigène, la Cour reçoit contre lui des dénonciations intéressées, que par malheur {e ministre n’eut pas la constance de dédaigner toujours.
La correspondance de 1695 est à cet égard très instructive; Frontenac avait dû récemment, faute de fonds venus de France, vendre des congés pour la réfection du château de Québec et pour l'amortissement d'anciennes dettes; le roi ne tombait-il pas dans
une véritable contradiction lorsque, condamnant cette pratique
et limitant formellement à vingt-cinq le nombre des congés, il n’envoyait pas d'argent pour payer les dépenses nécessaires ‘? Sans doute, il serait charitable de réserver le bénéfice de ces permissions aux pères des familles nombreuses et peu riches, mais le gouverneur général, si médiocrement entretenu sur les fonds publics, n'est-il pas lui aussi obligé à des frais qui dépassent souvent ses ressources? Est-il donc équitable de le blâmer quand, par la vente de congés, il pourvoit à des services d'utilité commune tels que la fortification de Québec?
Le ministre n'aurait probablement rien dit en 1695, pas plus. qu'en 1690, si les congés n'avaient alors été l’occasion de doléances.