‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 270 sur 316 · NO BP EN TE A ONE IN · texte numérisé non relu

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très vives ; Frontenac venait de relever le fort du lac Ontario; la foire des pelleteries de 1695 avaient été des plus animées, et l’on y avait vu des Sioux, sauvages inconnus jusqu'alors sur les bords du Saint-Laurent. Autant Frontenac est fier de ces succès, autant ses adversaires s’en inquiètent, sentant que le gouverneur, plus puissant, leur imposera plus lourdement que jamais sa collaboration prépondérante; l’évêque Saint-Vallier était alors en France, et, sous l'impression des débats récents qui avaient troublé le Canada, ne pouvait manquer de combattre à la Cour les idées du gouverneur contre lequel il s’était avancé. Champigny, de l’air d’un homme qui constate sans juger et veut surtout sauver sa situation personnelle, explique avec complaisance comment on dépasse le nombre réglementaire des vingt-cinq congés : on en distribue à profusion pour les Illinois, sous prétexte que

ce pays n’est pas compris dans le Canada proprement dit; mais,

avec un congé pour les Illinois, les traitants vont partout dans l’ouest, et les ordonnances royales sont ainsi éludées : Tonty, de cette manière, a poussé jusqu'aux Assinibouels, à plus de cinq cents lieues de Michillimackinac. D’autres fois, on charge des officiers de porter aux sauvages les présents du roi, c’est-à-dire qu'on les autorise à traiter, sans même leur délivrer de congé. « Tout cela ne sert qu'à augmenter la quantité des castors et faire une grande diversion des Français !. »

Augmenter la quantité des castors, tel était en effet le reproche principal que l’on adressait alors de Paris à la politique indigène de Frontenac; depuis quelques années surtout, les fermiers envoyaient à la Cour mémoire sur mémoire, et de fait leur situation empirait chaque jour : comme leur compagnie devait acheter tout le castor du Canada, les coureurs de bois, sûrs d’être payés d’après une échelle de prix fixés d'avance, multipliaient leurs expéditions, s’enfonçant toujours plus à l’ouest. Mais il arriva bientôt que la ferme n'eut plus le placement de tout le castor venu d'Amérique; en 1695, il lui en restait en magasin pour deux millions de livres; aussi parlait-elle d'abandonner complètement le commerce des castors; en attendant ses agents cherchaient des chicanes aux marchands canadiens pour ne pas accepter indifféremment toutes les pelleteries présentées à leurs bureaux pen-

4. Champigny à la Cour, 6 nov. 1695. Ar. col., C. G. Can., XL, 354-356.

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