‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 275 sur 316 · DONSISENE ET NET ET LUN · texte numérisé non relu

DONSISENE ET NET ET LUN

pour lui exposer ses projets, certaines précautions. « Ces entreprises, dit-il, et les efforts extraordinaires que $S. M. a faits pour les exécuter, tendent uniquement à préparer les moyens de réduire les Iroquois »; sur les dispositions convenables contre ces sauvages, «le roi s’en remet absolument à l'expérience du gouverneur et à son affection pour son service ! ».

Selon les avis reçus, Frontenac passa tout l'été à fortifier Québec et préparer des troupes : tandis que les soldats travaillaient aux remparts, les bourgeois de la ville, exemptés de corvée, avaient accepté en échange de les nourrir; les habitants de la côte sud, moins privilégiés, durent payer de leurs personnes, et fournirent un homme par maison pendant quinze jours; des groupes de miliciens et de soldats ne cessaient de battre la campagne et quelques chefs iroquois, inquiets de cette activité, craignaient une nouvelle surprise et faisaient demander la paix à Frontenac. En Acadie de même, les hostilités n'étaient point ralenties entre les Abénaquis et les Anglais, qui perdaient nombre des leurs ?, Mais cette fois encore, la marine de guerre ne put remplir son rôle, et par les lenteurs de l’armement, puis par la lutte contre les vents contraires, l’entreprise projetée contre Boston échoua.

Les intentions royales données à Nesmond, commandant de l’escadre, sont datées du 21 avril 1697 : Ïa flotte, composée de onze vaisseaux et quatre brûlots, partira le plus tôt possible pour Plaisance; après avoir ravitaillé cette place, elle cherchera dans les mers voisines la flotte anglaise qui doit se rendre à Boston, et s’efforcera de la disperser; puis, prenant au passage, à Pentagoet, les quinze cents hommes de renfort, Canadiens et sauvages, qui s’y seront assemblés, elle fera voile sur Boston. Nesmond ne devra retourner en France qu'après avoir subi un échec d'importance; si, Boston prise, il lui restait du temps et des vivres, il pourrait attaquer New-York. Le roi lui marquait enfin qu'il préparait une escadre de cinq vaisseaux qui devait aller en juillet à

1. Mémoire du roi pour Frontenac et Champigny, avril 1697. Ar. col., O. d. R., 1696-97, 221 ss. — Champigny à la Cour, 26 août 1697. Id., C. G. Can., XV, 107.

2. Frontenac et Champigny à la Cour, 15 oct. 1697. Ar. col., G. G. Can., XVI, 20. — Villebon à la Cour, 1% oct. 4697. 1d., Acadie, IIT, 68.— La Potherie,

III, 292 ss.

la baie d'Hudson; en cas de besoin, Nesmond pourrait demander assistance à cette escadre. Afin de prévenir toutes contestations, le roi désignait expressément Frontenac pour commander toutes les troupes de la marine aussi bien que celles du Ganada; Nesmond, en son absence, serait généralissime, mais il s’attacherait alors à traiter avec égard les officiers des contingents canadiens, et spécialement leur chef, Vaudreuil !,

Tandis qu'à Québec et en Acadie on attendait à tout instant des ordres de marche, les vaisseaux de Nesmond étaient encore dans les ports de France : le 28 avril, le ministre écrivait à cet officier qu’il le croyait prêt à profiter du premier vent favorable; or, plus de quinze jours s’écoulèrent avant que Nesmond prit la mer; déjà les Anglais, avertis, réunissaient une flotte sur les côtes irlandaises pour l'envoyer en Amérique ?. Seuls, les vaisseaux destinés à la baie d'Hudson étaient partis à temps; Sérigny, frère de d'Iberville, devait commander cette escadre jusqu'à Terre-Neuve. Déjà en 1696, cet officier s'était présenté avec deux petits vaisseaux, à l’entrée de la baie *; mais il avait trouvé les Anglais rétablis dans tous leurs postes, même dans le fort Bourbon enlevé aux Français; trop faible pour les chasser, il avait regagné la France, pour organiser dans des conditions meilleures une nouvelle expédition. Il avait trouvé, pour recruter ses équipages, une partie des Canadiens pris l’année précédente par les Anglais au fort Bourbon et relàchés à leur arrivée en Europe; au milieu de mai 1697, après cinq semaines d'une navigation très dure, il était à Plaisance‘.

Les leitres du roi que Sérigny portait à son frère d’Iberville nommaient ce dernier au commandement de l’escadre et lui preserivaient, avant d’aller à la baie d'Hudson, de porter quelques secours au fort de Villebon sur la rivière Saint-Jean; mais lorsque les vaisseaux furent radoubés, il était trop tard pour faire ce détour, et l’on se dirigea en droiture vers la baie (8 juillet). Les glaces flottantes contrarièrent beaucoup le voyage; arrivé

1. Instructions de Nesmond, Ar. col., O. d. R., 1696-97, 201 ss.

2. Le ministre à Nesmond, 45 juin et ATjuillet 1697. Id.. id.,267, 271. D’après les documents des Arch. de la Marine (B?, vol. 125, p. 266, 310, 337, 340), Nesmond, retardé par des allées et venues de Brest à Belle-Ile et la Rochelle, partit seulement de ce dernier port entre le 13 etle 16 mai 1697.

3. Instructions pour Sérigny, 4 avril 1696. Ar., col., O. d. R., 4696-97, 52. û 4. La Potherie était embarqué comme commissaire à bord de cette escadre

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