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enfin, le 3 septembre, dans les eaux du fort Nelson, d'Iberville se trouva tout d’un coup, avec le seul Pélican, séparé du reste de sa flotte et menacé par trois Anglais, le Æampshire, le Daring et la Baie d'Hudson, portant ensemble cent vingt-quatre canons: il n’en avait que quarante-quatre, et son équipage, réduit par les maladies et les détachements à terre, n'était que de cent cinquante hommes, alors que le Æampshire, à lui seul, en avait cent de plus. Les Français pourtant attaquèrent, et les canonniers du Pélican firent si bien qu’ils coulèrent le Æampshire, eriblèrent de boulets le Daring qui prit la fuite, et n’eurent même plus besoin de mitrailler la Paie d'Hudson, qui se rendit. Après le combat, qui fut acharné, d'Iberville essaya de porter secours aux naufragés du Æampshire, échoué sur un rocher; mais la mer était si mauvaise, que l’on ne put descendre les canots, et le navire anglais périt corps et biens.
Peu de jours après, d'Iberviile rallia les autres vaisseaux de son escadre; eux aussi s'étaient vaillamment défendus contre les Anglais, mais un brigantin qui portait des provisions avait été écrasé dans les glaces, on n’avait sauvé que les hommes, à grand’peine. Le fort Nelson, investi par toutes les forces francaises, ne résista que deux jours; la capitulation accordait aux Anglais les honneurs de la guerre, mais abandonnait aux vainqueurs toutes les marchandises entassées dans le fort; il y avait près de vingt mille livres pesant de pelleteries‘ (12 septembre 1697). D'Iberville laissa son frère au fort Nelson pour garder sa conquête ; lui-même, avec les deux moins éprouvés de ses vaisseaux, repartit pour la France, où il arrivait au commencement de novembre. Ses victoires des deux dernières années, sa distinction et sa modestie personnelles lui valurent le meilleur accueil de la Cour; mais il eût été plus utile que le roi, pour consacrer cette série de succès, tranchât dans le sens des intérêts français les questions litigieuses des domaines d'Amérique, et n’abandonnât point aux discussions d’une conférence mixte les territoires sur lesquels d’Iberville venait de rétablir les droits de la France : car le fort Nelson s’appelait de nouveau fort Bourbon.
Pendant la campagne des Canadiens à la baie d'Hudson, Nes-
1. Relat. d’Iberville, 8 nov. 1697, — Mém. d'un fermier du domaine sur les prises, 1691. Ar. col., C. G. Can., XV, 189. — La Potherie, I, 56-114. LE COMTE DE FRONTENAC. 30
mond, encore retardé par les vents contraires, était enfin arrivé à Plaisance; mais déjà l'été s’avançait; les Abénaquis, fidèles au rendez-vous, s'étaient réunis à Pentagoet, puis ne voyant point venir l'escadre, s'étaient ensuite dispersés pour chasser et piller les habitations anglaises; Frontenac, qui était prêt à marcher, n'avait pas voulu sans ordres nouveaux envoyer des troupes en Acadie, ct Villebon déclarait que, malgré les récents échecs des Anglais, à Pemkuit et devant Naxoat, il se trouvait dans une situation des plus précaires, sans munitions, sans vivres, menacé d’un retour offensif des ennemis dès qu'ils apprendraient qu'il n'avait rien reçu du Canada ni de France. L'entreprise contre Boston était manquée.
Nesmond, sans avoir rien fait, revint en Europe à la fin de l’année; c'était un brave officier, dont la responsabilité ne parait pas engagée dans cet échec ! puisque, retardé par les lenteurs des bureaux de la marine, il avait ensuite trouvé toujours les vents contraires. Mais le ministre se trompait lorsqu'il croyait possible de régler de France, avec les moyens de communication trop imparfaits dont il disposait, l’action combinée d’une flotte de guerre et d’un contingent canadien. Frontenac, dans sa lettre d'octobre 1697, faisait ressortir avec raison les difficultés d’une telle entreprise; bien différente et plus utile, eût été l'attaque de New-York par une flotte française, tandis que les Canadiens s’empareraient d'Orange; car, pour un projet de ce genre, quelques jours de retard ou d'avance, de part ou d'autre, n'auraient pas compromis sans espoir le succès final ?. Le ministre recut assez mal cette leçon; dans un mémoire du 21 mai 1698, comme pour passer sa mauvaise humeur sur les administrateurs, il bläme une dépense de quatre mille livres engagée sans avis spécial pour les fortifications de Québec. Il fallait se servir des ressources existantes! En cas de récidive, les administrateurs seraient tenus de rembourser le trésor royal *! Il est difficile d’avoir la bouderie plus injuste.
Le traité de Ryswick, signé le 20 septembre 1697, marque en ce
A. Ilécrivait de Belle-Ile au ministre, dès son retour, le 30 septembre 1697. Arch. Mar., B2, vol. 127, p. 59.
2, Lettres de Frontenac, 15 oct. 4697; — de Champigny, 13 août; — de Villebon, 1* oct. Ar. col., C. G. Can., XV, 21, 120, et Ac., III, 68.