‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 73 sur 316 · Id. id · texte numérisé non relu

Id. id

4. Ar. col. M. 'S. M.,loc. cit. Dans un de ces documents, daté du 6 septembre,

Perrot parle en térmes très durs de ee «mon ennemi mortel, qui ne suit que les mouvements de sa passion » (p. 273).

Perrot fut embarqué sur l’escadre de 1674, qui emmena aussi Pabbé de Fénelon. |

Revenu à Montréal dès la fin de février, l'abbé de Fénelon avait tenté d'associer les habitants et la communauté de Saint-Sulpice à ses rancunes contre le gouverneur général qui l’avait éconduit; l'incident décisif fut un sermon préché par lui le jour de Pâques, et dont le sujet pourtant ne prêtait guère à des développements politiques; il s'agissait « de la nécessité pour le chrétien de mourir avec Jésus-Christ et de ressusciter avec lui ‘ ». Mais Fénelon sut en tirer parti quand même; ce prêtre, fort instruit, distingué de naissance et d'éducation, n’avait point ces qualités de discrétion et de tact, qui sont pourtant parmi les moins rares dans son ordre; comme le dit l'abbé Faillon, en excellent style sulpicien, «il manquait tout au moins de la prudence qui dirige exercice du zèle et lui fait prendre les tempéraments que les circonstances peuvent exiger ? ». Il parla donc, dans son sermon de Pâques, des magistrats revêtus de l'autorité temporelle et de la conduite qu'ils doivent tenir, s'ils sont vraiment animés de l'esprit de Jésus ressuscité : ces bons chrétiens ne maltraitent point les prêtres qui s'efforcent de réconcilier des adversaires, n’usent point de leur pouvoir pour accabler, à côté d'eux, d’autres personnes revêtues d’une autorité moindre, ne vexent point les peuples par des corvées injustes..…. Les allusions étaient par trop claires, et La Salle, qui se trouvait au fond de l’église, s'étant levé pour mieux suivre l’orateur, aperçut le célébrant lui-même qui haussait les épaules comme pour indiquer que Fénelon n’engageait que lui. La cérémonie terminée, comme les prêtres passaient à la sacristie, le curé de Montréal qui avait officié s’approcha de Fénelon et lui dit : « En vérité, Monsieur, vous êtes entré dans des détails qui m'ont fait bien de la peine »; et tout aussitôt l'abbé Dollier, supérieur de Saint-Sulpice, fit avertir La Salle et Lebert que la communauté n’était pour rien dans ce discours, et qu’ils voulussent bien en informer La Nauguère et Frontenac. Bien plus, l’abbé Dollier, dans une entrevue avec La Nauguère, aurait spontanément déclaré que, tant qu'il serait supérieur, Fénelon ne prêcherait plus à Montréal ; une lettre, désavouant le sermon,

1. Voir surtout les dépositions faites devant les commissaires du Conseil Souverain chargés de l’enquête à Montréal (Ar. col., M. $. M., II, 165 ss.). 2. III, 500.

fut même envoyée par les Pères du séminaire à Frontenac !. Il était difficile de donner à un confrère turbulent une leçon plus complète, et Frontenac d’autre part aurait dû se trouver satisfait.

Mais, si Fénelon manquait de mesure, il semble que La Salle, de son côté, n’ait cherché qu’à envenimer l'incident; à peine sorti du sermon, il fait une tournée de visites dans Montréal, pour que les maladresses de Fénelon soient bien constatées même par ceux qui n'y avaient point pris garde d’abord; Fénelon aggrave son cas en recueillant des signatures en faveur de Perrot; il s'assure, entre autres, celle de Louis Chevalier, syndic des habitants de Montréal. Bientôt la population est divisée en deux camps, Frontenac cite alors Fénelon devant le Conseil, et les deux commissaires déjà délégués à l'instruction de l'affaire Perrot, Tilly et Dupont sont aussi chargés de celle de Fénelon. Les prêtres du séminaire, interrogés, répondent avec beaucoup de réserve et de modération; tout en blâmant l'intervention inutile de La Salle, tout en déclarant que leur collègue n’avait point voulu provoquer une sédition, ils avouent que « dans la conjoncture présente, le discours leur avait paru fort déplacé ? ».

Cependant Fénelon était descendu à Québec : là, le 24 août 1674, il comparait devant le Conseil ?, présidé par Frontenac; dès le début, il proteste contre cette juridiction, assurant qu’il doit être livré aux juges ecclésiastiques et non aux tribunaux civils. Le grand vicaire de Bernières, remplaçant l’évêque absent, est invité à produire des conelusions par écrit; cependant le Conseil ne le presse pas, voulant « user de condescendance à cause de son caractère et de la charge qu'il exerce ». Fénelon profite de ce répit pour récuser un à un tous les magistrats du Conseil, à la réserve de trois; d'autre part, certains conseillers, comme Villeray, se montrent peu désireux de pousser l'affaire; plusieurs prêtres de Montréal, comme les abbés Remy et Francheville, refusent de déposer devant le Conseil Souverain, surtout contre un confrère; le premier aurait même tenu, sur le compte du gouverneur, des propos qu’il dut rétracter ensuite ‘; bref, les difficultés

4. Je suis ici la version particulièrement autorisée de l’abbé Faillon, HI, 497 ss.

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