‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 114 sur 277 · CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GUERRE

Vogué, accueilli par un feu très vif, se liâta (rinfornier le maréchal d'Eslrées du spectacle qu'il avait sous les yeux. Les troupes en marche reçurent l'ordre de s'arrêter et de camper auprès du village de Frincken, l'un de ceux que l'ennemi avait abandonnés le matin.

Vers midi, le maréchal, accompagné d'un seul aide de camp, passa dans une banjue sur la rive gauche du Weser et vint conférer avec le duc de Broglie, qui, par ses ordres, s'était depuis deux jours tellement rapproché du fleuve que son canon portait sans peine dans le camp des Hanovriens. Du point où était le maréchal, il voyait à droite le revers des collines occupées par l'ennemi, devant lui la plaine de Hastenbeck, à gauche Hamelen et ses défenses. La disposition de l'armée hanovrienne était bien celle qu'avait signalée le marquis de Vogiié, si ce n'est que la cavalerie, placée en potence, bordait le Weser en face du duc de Broglie (1). De retour à Frincken, le maréchaJ réunit de nouveau les lieutenants généraux de l'armée. A l'exception du duc de Broglie et de Chevert, tous les autres, même le comte de Maillebois, furent d'avis que, dans la position qu'avait choisie le duc de Gumberland, il était impossible de l'attaquer de front et qu'il n'y avait d'autre moyen d'en venir aux prises qu'en essayant de le tourner par sa gauche. Cependant, à peine le conseil se fut-il séparé que M. de Maillebois, sans se soucier de l'opinion qu'il venait de soutenir en public, voulut persuader au maréchal de livrer, quoi qu'il en pût résulter, la bataillera) . Le soir même, l'ennemi donnait au problème une

(1) Duc de Broglie à Paulmy, 28 juillet [3i3G, ir 137].

(2) Éclaircissements, etc., p. 12.

218 l'armée ennemie

solution inattendue. Quelque bonne que fût la position prise par le duc de Cumberland pour empêcher les Français de se déployer, son état-major lui fit remarquer que s'il ne réussissait pas h les refouler ou h les contenir, leur artillerie, placée sur les crêtes et plutôt protégée que gênée par les bois, pouvait sous un feu plongeant écraser ses lignes de bataille exposées tout à découvert dans la plaine (1). Il se rendit à ces observations ; l'ordre fut donné aussitôt de rétrograder vers Hamelen sur une ligne perpendiculaire au Weseret aux montagnes, et dont Hastenbeck couvrait le centre. Cette position d'ailleurs avait été d'avance étudiée par l'état-major banovrien, et des ouvrages défensifs y étaient déjà commencés. Le soir même, entre huit et neuf heures, un aide de camp du duc de Broglie crut apercevoir de l'autre côté du Weser certaines dispositions de retraite ; il en avertit sur-le-champ son général qui transmit l'avis au maréchal d'Estrées. Dans la nuit, à une heure du matin, le duc reçut l'ordre de passer le fleuve au point du jour, par des gués qu'il avait découverts au-dessous d'Ohsen-Hagen.

Le 2^, à cinq heures du matin, toute la réserve du duc de Broglie prenait pied sur la rive droite et se reliait aux détachements que le comte de Mailly et Chevert, celui-ci par des défilés que M. de Vogiié avait reconnus la veille, celui-là par la gorge de Lattforde, portaient au même instant dans la plaine. L'ennemi, sous la protection de son artillerie, achevait de prendre sa position défensive, et ce fut au bruit d'une violente •canonnade que les colonnes de l'armée française dé-

(1) Jourufil Juin vrirn, ill juillol.

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