‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 127 sur 277 · DÉPART DU DUC DE RICHELTEU · texte numérisé non relu

DÉPART DU DUC DE RICHELTEU

j'aurois voulu approcher de l'ennemi à Brakwede, autant je souhaite que cela n'arrive pas ici (i)... » Et de même il écrivait à Duverney : « Il faut que le général

arrive Croyez-moi, monsieur, c'est le bien delà

chose qui m'inspire. Je ferai en attendant tout ce que je pourrai, mais ce que je peux n'est rien contre ce que l'on veut. Quinze jours sont précieux : M. de Richelieu peut les gagner en venant par Dusseldorf (^). » M. de Richelieu, parti de Compiègne, le 18 juillet, venait par Strasbourg, parce qu'il avait voulu passer quelques jours cà Plombières, auprès de la duchesse de Lauraguais, son amie. Il avait été convenu entre ses complices et lui que le courrier qui devait porter au maréchal d'Estrées l'avis de son remplacement, serait dépêché le 24 ou 2o juillet. Le 26, de Strasbourg, il écrivait au marquis de Paulmy : « Je vous aurois été bien obligé de me marquer ce que le maréchal de Belle- Isle vous aura dit, et comment il aura trouvé cet événement (3). »

Le maréchal de Richelieu avait à Munich un de ses amis, le marquis Dumesnil, lieutenant général, qui était en mission auprès de l'Électeur de Bavière. Le marquis de Paulmy s'était fait fête de mander à Dumesnil la fameuse nouvelle, le 25 juillet, en môme temps qu'il faisait partir le courrier du maréchal d'Estrées. La joie de Dumesnil ne fut pas celle d'un esprit frivole. « Le rappel de M. le maréchal d'Estrées, écrivait-il gravement à Pàris-Duverney, sera une époque instructive pour ceux qui se présentent avec trop de confiance au

(i) 17 juillet [3i36, n» 119, li» bis].

(2) 17 juillet. Correspondance de Duverney et dcMaillcbois, n°2Q.

ÉMOTION DANS L'AKMt;E 243

terriltle fardeau du commandement d'une armée françoise, dont il est dangereux de compromettre la gloire et la réputation sibien méritées('t). » Comme cette lourde sentence tombait à propos ! C'était cinq jours après la bataille de llastenbeck, c'était le jour même oîi le comte de Gisors en donnait la nouvelle à Compiègne, le 31 juillet, que Dumesnil accablait de son dédain le maréchal d'Eslrées, Ce que c'est que d'être loin ! Ce moraliste attardé ne savait rien de la bataille, et déjà l'armée connaissait la disgrâce de son chef victorieux. Les dépèches de la cour y étaient arrivées le 30. Quelle journée pour le maréchal d'Estrées! Mais quelle journée aussi pour le comte de Maillebois ! L'armée frémissante, indignée, l'accusait hautement d'avoir voulu et préparé un revers ; les plus modérés lui reprochaient au moins d'avoir privé son général d'une victoire complète. Cependant ni les uns ni les autres ne savaient rien des intrigues qu'on vient de lire. Aujourd'hui le procès est instruit, qu'on le juge.

S'il est vrai que le comte de Maillebois se fût seulement propose de rendre la bataille indécise, et si tel était, dans son étrange conduite pendant la journée de Hastenbeck, le moindre de ses desseins, force lui était de reconnaître qu'il n'y avait pas même réussi. Jamais victoire complète n'avait eu des suites plus

(1) Dumesnil à Duvcrnoy, 31 juillet. — Correipondancc Duverney-Dunicsuil. [Mss. D. G.]

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