‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 126 sur 277 · M. DR MAILLEDOIS MIS DANS LE SECRET · texte numérisé non relu

M. DR MAILLEDOIS MIS DANS LE SECRET

M. de Paiilmy, Crcniille et Diiverney aux préparatifs de l'armée du Mein. Quels coups d'œil ces gens-là devaient échanger pendant ces conférences, et comme, le maréchal sortit ils devaient s'amuser de son travail !

11 n'y avait que le comte de Maillebois qui ne fût pas encore de la conspiration, et cependant il méritait bien d'en être, car par ses lettres à Duverney, à M. de Paulmy, sans doute à madame de Pompadour, il avait plus que personne aidé Duverney à perdre le maréchal d'Estrées. N'était-il pas d'ailleurs l'ami du maréchal de Richelieu, n'allait-il pas être son guide et son confident à l'armée de Hanovre ? Duverney fit si bien que le marquis de Paulmy, qui avait hésité jus({ue-là à mettre son beau-frère dans la confidence, l'y mit enfin le 2 juillet. C'était au moment où M. de Maillebois désespéré venait de se plaindre à Duverney qu'il contrariât son goût et sa fortune en l'empêchant de rejoindre sur le Mein son cher maréchal de Piichelieu (1). A ses doléances Duverney répondit, le 5 juillet : « Il y a longtemps que, si j'avois osé, vous auriez été instruit de ce que vous savez actuellement. Je n'ai rien pu faire de mieux que de solliciter moi-même pour que l'on rompît le silence avec vous. Tous les détails que j'aurois à vous faire là-dessus sont aujourd'hui inutiles ;2). » Ce fut au camp de Bielefeld, et pendant que le maréchal d'Estrées était allé, sans lui, faire jeter les ponts sur le Weser, que le comte de Maillebois reçut ces importants avis; il eut le temps d'y rélléchir et de préparer sa conduite en conséquence.

Pour Duverney et ses complices, il ne restait plus

(1) Voir plus haut la lellrc de Maillebois à Duvernev, du 29 juin, p. 190-198.

(2) Correspondance de Duverney et de Maillebois, n° 23.

DÉNOLMENÏ DE l'i.NTRIGUE 241

qu'à régler, à l'égard des maréchaux de Belle-lsle et d'Estrées, le dénoùment de l'intrigue tramée, àTinsude l'un, contre l'autre. Ce fut encore Duverney qui se chargea de l'affaire. La cour de Vienne trouvant trop faible le corps d'armée destiné au prince de Soubise, avait réclamé un renfort de huit ou dix mille hommes. Ce renfort, Duverney était d'avis de le prendre sur les troupes destinées à la fausse armée du Mein, qui dès lors, se trouvant affaiblie et n'étant plus en état d'agir seule, ne pouvait évidemment qu'être adjointe à l'armée de Hanovre ; et comme des deux chefs de ces deux armées réunies le maréchal de Richelieu était le plus ancien, il était naturel qu'il prît le commandement audessus du mnréchal d'Estrées, ce qui était une manière honnête de rappeler celui-ci (1). Le stratagème de Duverney fut approuvé du roi et de madame de Pompadour, et M. de Paulmy rédigea, d'après ce canevas, la lettre qu'il s'agissait d'écrire au maréchal d'Estrées. Cependant le temps marchait et l'armée avait passé le Weser. Après avoir accusé la lenteur de son chef, Maillebois accusait la lenteur de ses amis. Le 17 juillet, il poussait des cris d'alarme. « L'armée est sans volonté, on a une méfiance et une opinion de cet homme-ci qui me fait trembler, écrivait-il à M. de Paulmy ; croyezmoi, mon cher frère, il n'y a pas de temps à perdre pour changer la face des choses. Quinze jours sont capables de tout gâter. Je croirois manifuer à ce que je dois au roi si je ne vous pressois pas de nous envoyer un autre chef; le plus tôt sera le plus salutaire. Autant

(1) Observations de M. Duverney, 16 juillet. Pap. Clerniont, 1737, t. I, no 108.

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