VISITE DU COMTE DE GISORS
traité en prisonnier d'État, il eut à subir, avant d'être envoyé en Anglelerre, une dure captivité h Hanovre. Le baron de Miinchhausen et le bailli d'Elbingerode, ces deux hommes n'avaient-ils pas un terrible compte à rendre au tils du maréch:il de Belle-Isie? « J'ai envoyé dès le grand matin des officiers bloquer la maison de M. de Miinchhausen, écrivait M. de Gisors-à son père; à onze heures, je me suis présenté chez lui ; il n'y étoit pas. A quatre heures après midi, j'y suis retourné à la tête de cinquante officiers du régiment; il étoit encore à l'église. Déterminés à le voir, nous nous sommes établis à sa porte, et quand il est rentré, je l'ai happé à la descente de sa chaise. « Vous voyez, lui ai-je dit, le « fils d'un prisonnier envers qui, dans d'autres circon- « tances, vous en avez usé un peu durement. » Ce début a commencé à l'embarrasser; quand j'ai ajouté que c'étoit le fils du maréchal de Belle-Isle, il a changé de visage, et, se prosternant h votre nom, m'a fait entrer dans la salle d'assemblée. Tous nos messieurs étant entrés aussi, j'ai repris mon discours, lui observant qu'en même temps qu'on se doit à son maître pour l'exécution de ses ordres, on doit à l'amitié d"y mettre les nuances les plus honnêtes, et qu'il est des attentions qui, sans donner plus de liberté à un prisonnier, adoucissent son esclavage. Il s'est justifié tant qu'il a pu, me promettant de me faire un jour le récit des raisons qui l'avoient contraint d'agir d'une façon contraire à ses sentiments, m'a prié de vous présenter ses respects, de solliciter vos bontés pour lui et pour son pays, réclamïint celles que vous lui aviez marquées à Francfort. « Ce n'est pas mon père qui a jamais varié, ai-je ré- « pondu ; il en est incapable, et conserve même si peu