DUVERNEY ET FHEUEIUC II
je vois peut-être mil les choses, mais il me semble que cela ne devroit pas faire la moindre impression à M. le maréchal. Qu'il place la droite de ses quartiers à H.tlbersladt, on peut compter dès à présent que le roi de Prusse se retire. Celi supposé, parce ({ue cela ne peut pas être autrement, que M. de Soubise marche sur la
Saala, plaçant sa gauche à Bernbourg L'on dira
tout ce que l'on voudra; mais ou le roi de Prusse abandonneroit totalement la Silésie et la Saxe, ou il ne pourroit tout au plus chercher à vous attaquer qu'avec quarante mille hommes... Le roi de Prusse a beau être désespéré, il ne sauroit faire l'impossible... » Ah! si Duverney eût été à la place de Richelieu! En dix lignes et quatre manœuvres il démontrait clair comme le jour que le maréchal eût fait capituler le roi de Prusse comme le duc de Cumberland (1).
En attendant, l'armée de Hanovre dont les quartiers répartis sur l'Aller ne devaient pas s'étendre au delà de Zell, avait, cinq jours après la convention de Gloster- Zeven, reçu l'ordre de se porter tout entière à Brunswick et à Wolfenbûttel, afin de se rapprocher de M. de Soubise. Entre ces deux postes, le maréchal de Richelieu voulait avoir, avant la fin du mois, cent bataillons et cent escadrons pour le moins (!2). Quoique le temps fût devenu meilleur, cette marche de quarante-cinq lieues,
(1) Duverney à Dumesnil, 27 soplembrc. Correspondance, no 35.
(2) Lumesîiilà Duverney, 18 seplembro. Concspondauce, no34.
M. DE GISOUS A HANOVRE 277
h loiiiiues étapes, fatii^nia heaiicoiip los troupes, l'infanterie surtout qui niau(iuait de chaussures A).
En approchant de Hanovre, le comte de Gisors s'était promis (h' passiM* une journée dans cette ville. Ce n'était pas simplement une fantaisie de curieux (2); il y venait tirer vengeance d'une injure faite, il y avait tout à l'heure treize ans, à son père. Le 20 décembre 1744, le maréchal duc de Belle-Isle, prince du Saint-Empire, ambassadeur extraordinaire du roi de France, avait été tout à coup, dans le bourg d'Elbingerode, sous les yeux et avec l'aide du bailli, surpris et enlevé par une trou])e hanovrienne. Conduit sur-le-champ à Hanovre, il y avait trouvé un homme que naguère, ({iiand il éblouissait l'Allemagne de sa magnificence, il avait compté parmi ses courtisans les plus empressés à Francfort, le ministre de l'Électeur de Hanovre, le régent de l'Electoraf, le baron de Miinchhausen. C'était par les ordres de cet homme, violateur du droit des gens, qu'il avait été surpris à Elbingerode ; ce fut par ses ordres ({ue,
(1) Gisors à Belle-Islc, du camp de Stockcn (près de Hanovre),
17 septembre 1767. « Nos marches ont été très fortes et ont
renvoyé à l'hôpital tous les soldats qui nous éloient rentrés. Hier, ce qui ne m'é toit pas encore arrivé, j'avois 9 i hommes aux convalescents queje compte laissera Hanovre. H y en a beaucoup qui, si nous avons longtemjjs à marcher, demeureront en chemin parle défaut de souhcrs. Les trois paires que chaque soldat avoit en entrant en cami)agne sont usées; nous n'avons eu aucun séjour assez long pour que nos ouvriers de régiment aient pu en faire, et nous serons fort à plaindre si le maréchal ne trouve pas le moyen d'en fournir à ses troupes quarante mille paires » [3140, n" 16.]
(2) Du même au même, ifjld. « Hier au soir, j'ai été me
promener dans les jardins de Herrenhauscn qui sont fort tristes et où le goût anglois ne règne nullement. L'impression que cette promenade m'a faite a été de songer qu'il feroit beau être à Bizy dans ce moment-ci. »