BONNE CONDUITE DE M. DE GISORS
Cette lettre est du 22 septembre ; le lendemain, le colonel du régiment de Champagne donnait un exemple public et trop rare parmi les chefs de corps de ce qu'exigeait de zèle et de fermeté le maintien de la discipline.
Un désordre général avait eu lieu dans la ville de Wolfenbiiltel; le magasin de paille avait été pillé; par punition, les hommes avaient dû coucher dans le camp sur la terre nue. Tout le monde murmurait : M. de Gisors fit venir les sergents de Champagne; il leur dit qu'il s'occuperait toujours du bien-être de ses hommes, mais que le premier qui se plaindrait serait mis aux fers, l'esprit d'un régiment comme le leur devant être de supporter gaiement les peines du métier. « Cela fait, c'est M. de Gisors qui parle, j'ai envoyé chercher le lieutenant qui étoit à la paille; il m'a avoué que nos soldats, voyant que les autres pilloient et attendant depuis une heure le garde-magasin, avoient fini par suivre le mauvais exemple. Je lui ai demandé s'il avoit mis l'épée à la main et l'avoit passée au travers du corps de quelqu'un. N'en ayant rien fait, je l'ai envoyé aux arrêts et me suis rendu chez M. le maréchal qui, tandis que tout le monde se justifioit, a été bien sur[>ris que je vinsse m'accuser et m'a beaucoup loué de la justice que j'avois fiiite, me proposant pour exemple aux autres. De crainte que cela n'excitât jalousie, j'ai eu grand soin d'assurer que les autres officiers s'étoient mieux conduits que le mien qui étoit un jeune homme sans fermeté et sans expérience (1). »
(I) Gisors à Belle-Isle, 23 septembre [3140].