‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 181 sur 277 · M. DE GISORS DONNE DES BALS · texte numérisé non relu

M. DE GISORS DONNE DES BALS

raisonnements qui vraisemblablement n'ont pas le sens commun ; je n'en hasarde aucun dans la crainte de me tromper. Nos colonels sont un peu plus tristes qu'ils n'étoient et n'osent même plus parler de ce charmant courrier qui devoit arriver le 18. Ils vont, en attendant, jouer la comédie. Mercredi, MM, de Fronsac, Ghimay, d'Ayen, etc., jouent la Méf7'omame ; c'est se chatouiller pour se faire rire (1). »

En attendant, de son côté, M. de Gisors donnait le bal aux dames d'Osnabruck. « Depuis dix ans on n'y avoit dansé, écrivait-il à son père ; on n'y connoissoit pour tout plaisir que de jouer constamment au quadrille, au piquet ou à trecette, depuis cinq jusqu'à huit heures du soir. Les premiers jours de mon arrivée, à peine les demoiselles osoient-elle hasarder un mot de François ; j'ai parlé allemand, toutes parlent françois à l'heure qu'il est. Gonnoissant la répugnance des mères pour la danse et la timidité des filles dont aucune n'a appris à danser, d'abord j'ai donné des sérénades; sous prétexte que nos musiciens avoient froid dans la rue, je les ai fait monter sur l'escalier ; de l'escalier à la chambre il y a bien près ; quand les violons ont été une fois entrés, je n'ai plus rien ménagé. Les mères que j'ai eu grand soin de fêter, après avoir dansé de graves menuets, ont permis des contredanses. D'abord nos demoiselles ont sautillé de fort mauvaise grâce, n'osant lever les yeux ; insensiblement cela s'est échauffé ; le plaisir est un bon maître ; avant neuf heures du soir toutes dansoient à ravir et commençoient à regarder fleurs cavaliers.

(1) Chevalier de Puységur à Gisors, 13 janvier 1758 [3500, ii" 53].

AUX DAMES d'oSNABRUCK 345

«Deux bals impromptu ainsi donnés à l'assemblée chez M. le Grand-Vencur, joints à toutes les attentions que je n'ai cessé d'avoir pour toutes les personnes qualifiées de la ville que j'ai dispensées de logement, m'ont tellement captivé leur amitié que demain toutes les dames viendront danser chez mqi, dont la plupart sont femmes, filles et sœurs de généraux ou colonels hanovriens. 11 y a aussi quelques Prussiennes qui, sans vanité, me trouvent fort aimable, parce que je ne cesse de leur parler de mon voyage en Prusse. Par la raison qu'Alsace s'étoit logé avant nous d'autorité chez le clergé, on imaginoit qu'il n'y auroit pas d'exemption pour les protestants de la part d'un régiment catholique romain ; j'ai eu grand soin de dissiper ce préjugé et de tenir des propos propres à détruire toutes les fables qu'on répand en Allemagne sur l'esprit de religion que nous n'avons garde de porter en Allemagne, tandis qu'il en reste si peu en France. Ce n'est pas là la manière dont je le leur dis, mais je crois qu'ils sont ici bien désabusés.

« Mon objet principal, dans tous les mouvements que je me suis donnés pour égayer ce séjour-ci, a été de répandre nos jeunes gens dans la bonne compagnie, et de les détourner en même temps des tripots que l'ennui fait établir. Vous seriez, je crois, ravi de voir la propreté avec laquelle j'exige qu'ils soient tous vêtus dans la règle exacte de l'uniforme, et qu'on ne quitte pas ses chapeaux en dansant, je vous jure. Les après-diners étant consacrés aux plaisirs, je veux que le matin on visite sa compagnie, qu'on fasse l'exercice, qu'on le commande, et qu'une fois la semaine on rende compte au capitaine, ensuite à moi, des réparations faites à la

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