‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 193 sur 277 · CONSEILS DE PARIS-DUVERNEY · texte numérisé non relu

CONSEILS DE PARIS-DUVERNEY

n'eût plus aujourd'hui la même force, il ne faudroit pas balancer à y substituer la crainte. » Passant des troupes aux officiers mécontents, « pourquoi, continuait Duverney, Son Altesse Sérénissime ne se serviroit-elle pas à leur égard d'un moyen qui a réussi tant de fois à de grands capitaines? « Le roi, pourroit-on leur dire, ne « veut pas être servi par force ni par violence. S. M. « trouvera dans la noblesse de son royaume assez de « sujets empressés h. servir sa gloire et l'État. Elle m'a •( ordonné de donner des passe-ports à tous ceux qui « voudroient se retirer ; ainsi le chemin leur est ouvert ; « ils n'ont qu'à s'adresser à moi. Mais en même temps, « le roi exige qu'ils ne parlent dans son armée ni de « démission ni de retraite, à peine, contre ceux qui par « de pareils propos pourroient inspirer quelque dégoût « aux autres, d'être cassés à la tète de leur régiment, « et j'y tiendrai la main(l). »

Pour ajouter à l'effet d'un tel discours, le comte de Glermont allait apporter aux officiers d'infanterie un supplément de solde, aux troupes une augmentation sur la ration de pain. On renforçait la tète de son armée en remplaçant un certain nombre d'officiers généraux par ce qu'on avait de meilleur : on lui donnait immédiatement le comte de Saint-Germain, et on lui promettait de lui renvoyer deux de ceux qu'avait rebutés la coterie du maréchal de Richelieu, le marquis de Contades et Chevert. Pour Chevert, honorablement pauvre, le comte de Glermont, de concert avec le maréchal de Belle-Isle, se faisait honneur de réclamer

(1) Mémoire particulier de M. Pàris-Duverney pour S. A. S. M.li3 comte de Clcrmonl, ii:j janvier 1758. Pap. Glermont, 1758, t I, a» 7.

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la grand'croix de Saint-Louis avec une pension de douze mille livres. « C'est, disait-il, un oflicier delà première distinction, du premier talent et de la première valeur; il a l'amitié, l'estime et la confiance de toute l'infanterie, et la manière dont on pense à son égard n'est pas fondée seulement sur la science militaire qu'on lui connoit, mais sur nombre d'actions qui ont roulé sur lui et auxquelles il a toujours réussi... C'est celui-là qui a de la théorie et de la pratique (1). » Madame de Pompadour lui promit tout ce qu'il voulut.

Ainsi nanti de bons conseils, de secours efficaces et de belles promesses (2), le comte de Clermont partit pour Hanovre le l^"" février 17o8; il n'y arriva que le 14, ayant eu à régler différents détails à Strasbourg et à Gassel. Le maréchal de Richelieu ne lui avait pas fait l'honneur de l'attendre. Envers un égal, ce prompt départ eût été d'une singulière inconvenance; à l'égard d'un prince du sang, c'était une impertinence formelle. XJuant à l'intérêt public qui semblait exiger de M. de Richelieu qu'il mît son successeur au courant des affaires, M. de Richelieu s'en souciait moins encore;

(1) Clermont à madame de Pompadour, i<"'' février 1758. — Au maréchal de Belle-Isle, i" mars. Papiers de Clermont, 1758, t. I, n» 12; t. II, n° 42.

(2) Toutes les promesses ne furent pas exactement tenues. Le prince avait demandé pour 31. de Bréliant, LriLtadier et colonel du régiment de Picardie, un des meilleurs ofticiers d'infanterie au gré des bons juives, le grade de maréchal de camp; il ne put l'obtenir. Voici ce que le comte de Clermont écrivait, le 27 février, de Hanovre, au maréchal de Belle-Isle : <i On fait une lésine sur ce que j'ai demandé pour M. de Cheverl ; on ne m'accorde pas ce que je souhaite pour Bréhant; ma foi, monsieur le maréchal, si cela va comme cela, je défierois Dieu le Père de rendre bonne cette arméc-ci. »

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d'ailleurs il était en règle, car, par une dernière faiblesse, le ministre de la guerre l'avait autorisé à partir. Le comte de Maillebois n'était plus à la tête de l'étatmajor général ; en apprenant la disgrâce de son chef, il s'était démis de ses fonctions. M. de Crémille, que la cour avait désigné pour les remplir, n'était plus en état d'en supporter les incessantes fatigues; le titre de maréchal général des logis, avec le détail de l'état-major, fut donné par le comte de Clermont au marquis de Monteynard, et M. de Crémille resta le principal conseiller du prince. L'administration de l'armée avait également changé de chef; dès la fin de l'anné i7o7, M. de Lucé avait été remplacé comme intendant par M. Gayot, commissaire ordonnateur à Strasbourg et protégé de Pàris-Duverney.

Le premier soin du comte de Clermont avait dû être de se faire présenter l'état des troupes dont il venait prendre le commandement. Suivant les dispositions du quartier d'hiver, cent vingt-neuf bataillons, sans compter les troupes légères, et cent cinquante escadrons étaient à ses ordres. Voici quelle était, au V février, la situation de l'infanterie : officiers et soldats présents, 62,360; en congé, 2,607; aux hôpitaux, 14,102 (1). Le nombre des malades, près d'un cinquième de l'effectif, était d'autant plus inquiétant que les chances de mortalité, dans des hôpitaux malsains et mal tenus, étaient plus considérables. La première visite du prince

(1) Papiers de Clermont, 1758, 1. 1, n"' 63-6i. — Les pertes de la campatîne de 1757 se délaillaienl ainsi : morts aux hôpitaux, (),^16; déserteurs, 3,051 ; prisonniers, 2,389; à quoi il faut ajouter par approximation 3,000 hommes pour le chiffre des tués à l'ennemi. Ce détail n'est que pour l'infanterie; celui de la cavalerie manque.

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