MIMSTBE DE LA GUERRE
d'un secrétaire d'État. Cependant ne fallait-il pas qu'il fût secrétaire d'État pour être effectivement ministre de la guerre? On chercha des précédents ; h défaut de maréchaux de France, on trouva des cardinaux qui avaient été secrétaires d'État, le cardinal de Richelieu et le cardinal Dubois, par exemple. Le maréchal balançait encore ; les ducs et pairs, en n'approuvant point sa délicatesse, levèrent ses derniers scrupules. Le 21 mars, le comte de Gisors, qui venait de le quitter depuis quelques jours pour rejoindre l'armée, lui écrivait des environs de Munster : « Je savoisdéjà, avant de partir, combien tous les ducs et pairs désiroient que vous prissiez la charge de secrétaire d'État, et je suis charmé que vous vous y soyez déterminé. Puisque vous avez, par condescendance pour le roi, accepté le titre de ministre de la guerre, il faut que vous en ayez toute l'autorité et que rien dans ce dé|)artemcnt ne s'exécute que par vous. M. de Maurepas est, je crois, celui qui vous éclairera le mieux sur les moyens de diminuer le nombre des signatures qui sont au nom du roi et en commandement ; ce sont celles dont j'ai toujours pensé que vous ne pouviez vous dispenser et qui ne vous prendront pas une demiheure par jour (1). »
Enfin le maréchal de Belle-Isle était de fait et de droit ministre de la guf^rre, et madame, de Pompadour
(1) [3473, n» li9]. — Quoique les provisions de secrétaire d'État, au nom du niaréclial de Belle-Isle, portent la maniuc du 3 mars 1758, cette lettre du comte de Gisors prouverait qu'elles ont été antidatées et que les hésitations du maréchal de Belle-Isle avaient duré tout au moins jusqu'au départ de son fils, c'est-à-dire jusqu'au 15 ou 16 mars au plus tôt. Ce n'est qu'à la date du 18 que le duc de Luynes, dans ses Mémoires, parle de l'acceptation de la charge de secrétaire d'État par le maréchal de Belle-Isle.