INSUFFISANCE DE M. UE MORTAIGNE
pour adoucir sa disgrâce, était devenue nécessaire (1). Le mal élait fait ; ces tardives exécutions n'y portaient point remède.
C'était de la vaillance du comte de Clermont, animé par l'inspiration et guidé par l'expérience de M. de Mortaigne auquel, malgré ses boutades et ses velléités de révolte, le prince avait fini par se soumettre, qu'on attendait la réparation de ce premier désordre. 11 faut le dire tout de suite, on se préparait de cruels mécomptes ; non pas que le comte de Clermont ne fiît point vaillant et plein de cœur, ni que M. de Mortaigne n'eût point d'expérience ; mais c'était l'inspiration qui lui manquait. Il avait été un fort bon chef d'état-major, il était exact sur les règles et ferme sur la discipline; grâce à ces mérites, il venait de rendre au comte de Clermont et à l'armée de très grands services, mais les seuls qu'il fût en état de leur rendre. Il n'avait point les vues de haut et d'ensemble, le coup d'œil profond et rapide, la prompte et forte décision qui sont les spéciales et nécessaires qualités de ce personnage idéal, pour ainsi dire, tant il apparaît rarement au milieu de la foule humaine, qu'on appelle un général en chef. A cet égard le maréchal de Belle-Isle s'était complètement trompé et il avait, de la meilleure foi, mais le plus malheureusement du monde, trompé le roi et la cour, le comte de Clermont et l'armée tout entière.
Tandis que les quartiers de la gauche se tenaient rassemblés à Xanten, le prince avait appelé tout le reste de l'armée à Rheinberg; elle y était réunie et formée
(1) Le duc de Randan assista cependant à la bataille de Crefcld ; M. .de VUlemeur était parti la veille.
462 COMBAT d'alpen
le 7 juin ; mais déjà les hésitations commençaient. Le prince Ferdinand était bien inférieur en force au comte de Clermont, mais il savait ce qu'il voulait ; pressé de sortir de l'étroit espace où il s'était hardiment aventuré, mais où il aurait pu être écrasé par un adversaire plus habile, entre les rives voisines du Rhin et de la Meuse, il avait gagné, en marchant par sa droite le long de la Niers, un terrain plus large, choisissant toujours de bons postes, et menaçant même de couper la communication entre le camp de Xanten et celui de Rheinberg. Un faux mouvement de l'armée française sur Issum lui donna l'occasion de s'étendre par sa gauche et d'occuper, le 9 juin, les hauteurs d'Alpen qui commandaient la communication même et qu'il fallut lui reprendre. Le combat ne fut pas considérable, mais les troupes, au témoignage du comte de Clermont, s'y portèrent « comme au bal (1) ». Bien commandées, bien conduites, elles eussent fait des merveilles. Cependant, malgré le petit succès d'Alpen, il fallut par prudence rappeler à Rheinberg le corps trop isolé et aventuré à Xanten.
Le comte de Clermont avait un projet ; lui appartenait-il en propre, c'est-à-dire à lui et à Mortaigne, ou bien l'idée première était-elle venue du maréchal de Belle-Isle? « Je compte, avait écrit le maréchal au prince, que M. le prince Ferdinand ne tardera pas à être puni de son imprudente témérité et que Votre Altesse Sérénissime va mettre en œuvre tous les moyens pour le couper par la rive droite, tandis qu'elle l'acca-
(1) Clermont à madame de Pompadour, 10 juin. Pap. Clermont, 1758, t. IV. no 42.