PROJET POUR LE PASSAGE DU RHIN 4G
blera par la rive gauche; il ne sauroit être en force des deux côtés, et si son pont étoit pris à revers, que deviendroit-il s'il n'a pas la Hollande pour retraite (1)? » Un courrier, parti le 4 juin de Wesel, était arrivé à Versailles le 6, à dix heures du soir ; la dépèche du maréchal, datée du 7, pouvait bien être arrivée le 9 à Rheinberg qui était en deçà de Wesel. Quoi qu'il en soit, le 9, le comte de Clermont écrivait au maréchal qu'il allait bien surprendre le prince Ferdinand, en allant passer le Rhin à Wesel (2) ; d'ailleurs il se bornait à cet avis, sans aucun détail. Le maréchal de Belle-Isle était assez riche d'idées pour ne point réclamer à propos de celle-ci, et assez patriote pour se livrer tout h la joie de la voir en bon chemin. « Le projet que Votre Altesse Sérénissime veut bien me confier, répondait-il au prince, me touche et me saisit; car si en effet elle réussit, tandis qu'elle est en présence avec le gros de son armée, à faire passer de l'autre côté du Rhin un corps choisi de douze ou quinze mille hommes qui aille couper la queue de leurs ponts à la rive droite, que deviendroit M. le prince Ferdinand, sans aucune communication avec l'Allemagne (3)? » Hélas ! il y avait déjà deux jours que le projet n'existait plus ; il avait à peine vécu vingtquatre heures. Le prince, ou plutôt Mortaigne qui rédigea l'explication, donna pour motif de ce brusque changement qu'en laissant sur la rive gauche du Rhin, pour manœuvrer sur la droite, Cologne en grand péril d'être enlevé par l'ennemi, on courrait soi-même beau-
Ci) 7 juin. Pap. Clermont, t. IV, n" 9.
(3) 12 juin. Pap. Clermont, 1758, t. IV, n° il.