‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 252 sur 277 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Le 20 juin, la situation respective du comte de Clermontet du prince Ferdinand de Brunswick était celleci : ils se trouvaient face à face, à trois lieues environ l'un de l'autre, le général hanovrien sur la limite septentrionale de la plaine de Crefeld, entre Kempen et Hulst, le prince français campé au sud sous la protection du landwehr au delà duquel il avait, devant sa gauche, un détachement à Saint-Antonis, et devant sa droite, à Crefeld même, un corps de huit mille hommes que le comte de Saint-Germain y avait établi depuis le 14. La disposition de ces quatre points, Kempen, Hulst, Saint-Antonis et Crefeld, tous les quatre situés au nord du landwehr, était telle que l'espace compris

(1) 2fijiiin. P:ip. Clonnoiit, 17:i8, t. IV, n" ICI.

MOLVEMENT INDÉCIS 47S

entre eux représentait un losange irrégulier dont la grande diagonale courait du sud-est au nord-ouest, de Crefeld à Kempen.

Le 2â juin, du camp de Visclielen,le comte de Gisors écrivait à son père : « Tout le monde pense et a lieu de penser que le comte de Clermont a reçu des ordres positifs de la cour de se tenir sur la défensive. Partis de Neuss [le 18] avec le projet affiché d'atta(|iier l'ennemi, notre affliction étoit de trouver des marais i)eutêtre impraticables entre nous et une position que l'ennemi avoit prise à Tonisberg. Arrivant à cette bruyère-ci, nous apprenons que l'ennemi a porté un corps en deçà de ces marais à Hulst ; nous n'osons dès ce moment prendre le camp que nous voulions occuper entre Crefeld et Saint-Antonis, nous perdons une journée entière à pratiquer des débouchés sur le landwehr et donnons le temps à l'ennemi d'établir toute son armée, la droite à Kempen, la gauche à Hulst. Le lendemain [20 juin], d'après les observations qu'on fait du clocher de Crefeld et une légère escarmouche du corps de M. de Saint- Germain, nous trouvons qu'il seroit imprudent de déboucher au delà du landwehr. Nous trouvons même que le corps de M. de Saint-Germain qui touche à nos grandes gardes est aventuré au delà du landwehr; on le fait rentrer dans la nuit avec beaucoup de mystère et de timidité, laissant seulement cinq cents hommes aux ordres de M. le prince de Beauvau, avec ordre d'évacuer Crefeld à la première attaque. Quelques chasseurs paroissent (1), fusillent avec nos postes avancés ; M. le prince de Beauvau, d'après son ordre, se retire avec

(1) Le 21 au malin.

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toute la lenteur et la décence convenable, sans qu'on lui lue ni blesse un seul homme ; Son Altesse Sérénissime h qui il en rend compte, trouve qu'il a bien fait. Deux heures après, le prince est frappé de ce qu'on lui représente sur la honte de laisser occuper aux ennemis une ville à une demi-lieue de notre ligne, d'où ils observeront tous nos mouvements et nous inquiéteront sans cesse : on ordonne un nouveau détachement de cinq cents hommes pour reprendre le poste; 31. du Blaisel devoit le conduire ; ce détachement est contremandé. Une heure après, on en commande encore un autre aux ordres de M. de Voyer, lequel ne peut l'avoir assemblé qu'à quatre heures après midi, et fait ensuite des dispositions qui durent jusqu'à six, tandis que quatre cents officiers de l'armée, partis et approchés successivement par, curiosité, sont établis depuis trois heures dans la ville oîi ils se sont fait ouvrir une porte, tandis que les chasseurs sortoient par l'autre. J'y ai été aussi avec M. le comte de Lusace (1), suis monté au clocher et ai vu le camp des ennemis dans la même position que la veille. Les dragons de M. de Voyer ont été presque jusqu'à Ilulst sans rencontrer une troupe; quehjues chasseurs seulement ont tiré des haies sur un petit corps de garde de dragons avec lequel M. de Voyer avoil poussé presque jusqu'à leur camp. Les haies et les maisons qui bordent le chemin de Crefeld à Hulst ayant été fouillées, M. de Voyer les a garnies de volontaires jus(ju'à la moiiié distance, et a barré de même la plaine par ses troupes de dragons et de hussards. Ni les uns ni les

(i) Le prince Xavier de Saxe, fils de I"Électcur-roi de Pologne, et frère de la dauphine de Franco.

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autres n'ont été inquiétés jiisifirà ce moment; on les a relevés h midi, et on continuera de les relever tous les jours, tant que nous occuperons ce camp-ci où nous nous sommes arrangés aujourd'hui en défensive. La droite appuyée à des marais est fort bonne; le front hérissé de canons qui borde le landwehr est très respectable ; la gauche, quoi qu'on y fasse, sera mauvaise et tournable, y ayant une lieue d'ici à la Niers de pays très praticable.

«Au reste, mon cher père, quelque position que nous occupions, il faut quelqu'un qui sache nous remuer, et les troupes, remi)lies de volonté, n'ont sur cela aucune confiance. Tout le monde rioit aujourd'hui de ce que le prince avoit déjà annoncé son départ pour Villich (1), tandis que MM. de Contades et de 3Iortaigne avoient décidé qu'il demeureroit à Vischelen. Tous les officiers généraux exclus du conseil murmurent hautement ; il n'y a qu'un cri après le maréchal d'Estrées. Le désordre est plus grand que jamais ; chacun fourrage à son gré. 11 n'y a que la maraude que chaque corps empêche par esprit de sagesse personnel ; aussi l'abondance règne-t-elle dans le camp où tous les paysans arrivent de six lieues à la ronde... Affligé, pénétré de tout ce que je vois d'humiliant pour la nation, ennemi des tracasseries, plein de respect pour M. le comte de Clermont, je me tiens à mes carabiniers ou me promène h l'entour du camp et fuis le quartier général. C'est à regret que je vous dis ces tristes vérités, mais il est impossible que le roi ait une armée au mois

(1) Villich était un village situé derrière la gauche, comme Vischelen était derrière la droite.

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