‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 253 sur 277 · FAIBLESSE DE LA GAUCHE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DE LA GAUCHE

d'octobre, si les choses demeurent sur le pied où elles sont aujourd'hui. Je ne dois pas finir cette lettre sans vous faire l'éloge de la conduite de M. de Contades qui se porte à tout avec zèle, seconde M. de Mortaigne autant qu'il est en lui, mais évite le rôle de chef du conseil (i). »

Le comte de Gisors avait parfaitement vu, compris et résumé en trois mots la situation de l'armée française : une droite excellente, un centre respectable, une gauche très mauvaise. De ce côté, tout à découvert, il n'y avait aucune précaution défensive, pas une redoute, ni le plus mince épaulement. Le landwehr, à partir de là, s'infléchissait vers le nord-ouest, dans une direction qui se rapprochait de l'ennemi posté à Kempen, et lui permettait par conséquent de le franchir le plus facilement du monde. Contre une manœuvre si dangereuse, et la sagacité du comte de Gisors nous permet d'ajouter si probable, toute la prévoyance de M. de Mortaigne s'était réduite à placer dans le bourg d'Anradt, en deçà du landwehr et à près d'une lieue de la gauclie française, la légion royale qui était l'ancien corps des volontaires royaux. Anradt était au milieu d'une petite plaine entourée de bois qui lui dérobaient d'un côté la vue du land.vehr, et de l'autre formaient, entre cette plaine et celle oîi était campée l'armée française, un épais rideau dont un général avisé se serait fait une bonne ligne de défense, mais qu'on avait négligé de peur de trop s'étendre.

Le 22 au soir, voici quelle était la disposition des troupes françaises : six brigades d'intanterie bordaient le landwehr depuis les marais qui couvraient la droite

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DISPOSITION DE l'aHMKE KIIAX.'.MSE 479

jusqu'à la censé de Huikesmey; à la distance d'une demilieue environ sur la gauche, quatre bataillons, délacliés de la seconde ligne qui ne comptait plus dès lors (|ue trois brigades d'infanterie, occupaient la censé de Stocke et gardaient un cliemin qui, à cet endroit, traversait le landwehr ; cette brigade isolée formait donc l'extrême gauche de l'armée. Cin([ larges trouées avaient été pratiquées dans le landwehr et flanquées de puissantes batteries sous la protection desquelles l'infanterie et la cavalerie, rangée sur deux lignes en arrière, pouvaient, au premier ordre, déboucher facilement dans la plaine de Crcfeld. Derrière la droite, les grenadiers de France et les grenadiers royaux; derrière le centre, la brigade de Navarre; derrière la gauche, les brigades de la Marine et de Touraine, les régiments de Brancas et de Lockman, les carabiniers et les dragons étaient placés en réserve. La légion royale à Anradt, sur le prolongement de la gauche, un détachement d'infanterie et de cavalerie sur le chemin de Saint-Antonis, et le corps de M. de Voyer, à Crefeld, faisaient le service des avantpostes (1). Le 21, entre le départ du prince de Beauvau et l'arrivée du marquis de Voyer, le prince Ferdinand, comme les esprits sensés l'avaient prévu, était venu visiter Crefeld, et, du haut du clocher où il était resté longtemps, il avait examiné à loisir les positions de l'armée française (2). Dès le soir même, il avait commencé h dégarnir sa gauche, qui était h Ilulst, au profit de sa

(I) Cornillonà Bollc-Islo, 22 juin. — BuUclin du 2:i Juin [3i77, nos 96-1 il)]. — Lettre écrite de l'armée, du 27 juin. I»;!]). Clermonl. iToH, t. VII, n» 159. — Mortaigne h Belle-Isle, -20 Juillet [;il79, n" 106].

(-2j Rapport du 22 juin. Pap. Clermont, 1758, t. VII, n» 139.

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