‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 262 sur 277 · NOUVELLES ALARMANTES DE M. DE GISORS · texte numérisé non relu

NOUVELLES ALARMANTES DE M. DE GISORS

couché à minuit. C'est avoir fait bien des choses en peu de temps (1). »

Le 23 juin, à minuit, le comte de Clermont dépêchait de Neuss un courrier pour le maréchal de Belle- Isle ; il lui annonçait sommairement la perte de la bataille et la blessure de son fils (2). Ce même courrier emportait deux lettres adressées par le comte de Gisors à son père et à sa femme. La dernière n'a pas été conservée ; voici l'autre : « Mon très cher père, je vous écris avant que de me faire saigner ; je vous i)rie de n'être pas inquiet de ma blessure. Je ne l'ai reçue du moins qu'après avoir percé avec les carabiniers l'infanterie hanovrienne. Faites passer cette lettre à ma femme. Je vous aime et vous respecte de tout mon cœur (3).» Ni le comte de Clermont ni M. de Gisors n'avaient voulu dire toute la vérité au maréchal. « C'est avec bien de la douleur que je suis ol)lii;é de vous parler plus franc qu'à M. le maréchal sur le compte de M. de Gisors, mandait le prince au duc de Nivernais ; la blessure est jugée toute des plus graves (4). » La balle, après avoir fracassé la hanche gauche, avait pénétré dans le ventre ;

(1) Mcnioiro sur la campagac de 1758. Archives du dépôt de la Ouerre.

(2) [3i77, ir 107.J

(3) Le duc de Luynes cite ce texte d'après l'abbii Rome, attaché depuis louglcnips au niar(''chaldeBclle-Isle,el qui, ayant lu la lettre, l'avait retenue molà mot. 3/e'«o/rM(/u duc de Luynes, t. XVI, p. 482,

(4) 24 juin. — Pap. Clermont, 17:»8, t. IV, n» 108.

les chirurgiens ne la retrouvaient pas. « Dieu veuille, écrivait à M. de Créniille un onicier de l'état-major, Dieu veuille conserver sur la terre le vrai modèle d'un parfait militaire et l'exemple des plus rares vertus ! J'ai eu l'honneur de le voir; il m'a paru être résigné h la volonté du Seigneur, ayant demandé lui-même à parler à l'aumônier du régiment de Champagne, pour se réconcilier avec Dieu (1). »

La réserve du comte de Clermont, la tranquillité laconique du comte de Gisors ne firent point illusion au maréchal de Belle-Isle ; l'instinct paternel ne s'y trompa pas. (( J'allois faire partir un courrier hier, répondit-il, le 26, au prince, lorsque je reçus votre lettre du 23 qui m'a comblé de douleur à tous égards. Je ne dissimulerai pas toute celle que je ressens de la blessure dangereuse qu'a reçue mon fils ; c'est un adoucissement qu'il ait mérité votre approbation... Mais après avoir rendu le tribut que la nature exige et arrache, je suis peiné au delà de toute expression de la fatale nouvelle que Votre Altesse Sérénissime m'apprend... Le roi bien affligé, comme vous pouvez le juger, compte que Votre Altesse Sérénissime tiendra ferme à Ncuss. Je voudrois même reconnoitre en avant de mon camp une espèce de champ de bataille, et j'en sortirois pour y aller combattre l'ennemi quand il en seroit à portée. Ce qu'il y a de certain, c'est que vous ne pouvez plus reculer que vous ne mettiez à la fois les aflaires militaires et politi(jues dans le plus grand discrédit ; vous éteindrez toute la volonté et l'émulation de vos trouj)es, au lieu qu'en leur faisant connoître que votre résolution

(1) Domgermain à Crémillc, 21 juin 1758 [3477, n" 137].

492 PERTES DE l'aR.MÉE FRANÇAISE

est d'aller au-devant de rennemi pour le combattre et lui passer sur le ventre, s'il ose s'approcher à portée dans les plaines, je suis persuadé que tout le courage françois se réveillera et je doute même que M. le prince Ferdinand ose jamais s'y commettre (1). »

Les sentiments qui dictaient cette lettre au maréchal de Belle-Isle étaient les mêmes qui, dans la matinée du 24 juin, avaient animé à Neuss le quartier général. Dès que les troupes s'étaient trouvées ensemble audessus de Neuss, sur la rive droite de l'Erft, on s'était compté. Les }»ertes subies dans la journée du 23 s'élevaient à 4,200 hommes, dont 1,300 pour la cavalerie. La canonnade tue plus qu'elle ne blesse; pendant toute la bataille, l'artillerie, surtout l'artillerie hanovrienne, avait pris et gardé le principal rôle ; aussi, contre les proportions habituelles, le nombre des morts, dans les troupes françaises, dépassait-il de beaucoup celui des blessés (2). Ce triste compte achevé, l'infanterie présentait 42,000 officiers et soldats valides et tout prêts à se battre (3); la cavalerie, officiers non compris, 10,500 hommes; mais pour ceux-ci le nombre des chevaux était insuffisant; près de 1,300 avaient été tués, près de 400 blessés ; il n'en restait pas beaucoup plus de 10,000 en état de servir (4). Quant à l'artillerie, ses attelages avaient

(2) Les quinze bataillons du comte de Saint-Germain avaient eu 193 ofliciers et 2071 soldats lues ou blessés; le régiment de Royal- Roussiilon 1 i ofliciers, 107 cavaliers; le répiment d'A(|uilaine 18 officiers, 94 cavaliers hors de combat. Les carabiniers comptaient 13 orficiers lues et 43 blessés, 210 cavaliers tués et 1 13 blessés. Le corps avait perdu en outre 542 chevaux. Voir divers étals [3477, n» 11- 111 6/5-1 lo;. — Pap. CJermonI, 1758, t. IV, n»* 96-97-98.

(4) Pap. Clermonl. 1758, t. IV, n" 97.

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