SYMPATHIE GÉNÉRALE POUR M. DE GISORS
reux père qui mourra sûrement bientôt, malgré l'incroyable courage dont il est devant le monde (1). »
A de rares amis seulement le maréchal de Belle-Isle laissait entrevoir le déchirement de son âme. L'un des plus fidèles, M. de Vault, était alors chef d'état-major g''néral du prince de Soubise. A la fin d'une lettre que le ministre lui adressait à Hanau, le père ajoutait de sa main ces quelques lignes : « Je ne doute pas que vous ne partagiez toute ma douleur et toute mon inquiétude. Je ne comprends pas comment je puis y résister et faire ce que je fais, le cœur percé comme est le mien ('2). » M. de Crémille écrivait en même temps à M. de Vault : « Vous savez sans doute maintenant la blessure considérable que le pauvre comte de Gisors a reçue à l'affaire du 23 ; on n'en espère presque rien, et je frémis à l'arrivée de chaque courrier qui nous vient de l'armée. Quelle perte, mon cher de Vault, pour son malheureux père, pour nous tous qui sommes si attachés à l'un et à l'autre, et je puis bien dire pour l'État tout entier ! La douleur de la cour, de la ville et de l'armée est également à son comble. Pour moi, je ne me consolerai jamais de sa mort, si nous le perdons (3).» Placé par ses fonctions tout près du ministre, M. de Crémille était le témoin assidu, le confident et le consolateur, autant qu'il pouvait l'être, de sa profonde douleur. « Je n'ai pas besoin de vous parler de la situation personnelle de M. le maréchal, mandait-il à Duverney ; vous la voyez dans toute son étendue ; elle est telle qu'un ennemi, s'il pouvoit en avoir, ne pourroit s'em-
(1) Mercredi soir 2S juin. Pap. Clermont, 1758, t. IV, n" 116. (-2) -29 juin i3iT7, n» -238].
^3) -29 juin [3477, a» 239].