‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 272 sur 277 · JUGEMENT DE DUVERNEY SUR LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE DUVERNEY SUR LE MARÉCHAL

lorsque le maréchal de Belle-Islc mourut, le 26 janvier 1761, ministre de la guerre et en possession, pour ainsi dire malgré lui, de ses grands biens. Le 18 février suivant, Pàris-Duverney, plus équitable à son égard que beaucoup d'autres, écrivait à M. de Chavigny, ambassadeur du roi en Suisse : Le maréchal de Belle- Isle a terminé une carrière brillante qui lui auroit peutêtre fait plus d'honneur, si, après la mort de son fils, il avoit remis au roi ses grands emplois. On lui a su peu de gré des sentiments patriotiques qui l'ont déterminé à rester dans le ministère après un événement dans lequel il perdoit tout. On a pris pour ambition ce qui pouvoitètre chez lui un sentiment beaucoup plus noble; on s'est lassé de son prétendu dévouement, et s'il avoit vécu deux mois de plus, peut-être n'auroit-ce été que pour se voir forcé à prendre un parti que la raison et son âge auroient dû lui faire prendre après l'affaire de Crefeld. On dit qu'il laisse de grandes richesses ; si cela est vrai, les gens qui le connoissent bien n'en seront que plus fondés à croire qu'il étoit indéfini en tout. Au surplus, il est certain qu'on ne peut pas arriver à de si grandes choses sans de grandes qualités (1). »

Le maréchal de Belle-Lsle était de l'Académie française ; il y eut pour successeur l'abbé Trublet, et ce fut le duc de Nivernais qui eut précisément à répondre au récipiendaire (2). 11 y a dans son discours un passage qui mérite d'être cité à la fin de ce livre, parce qu'il en est la meilleure conclusion et le résumé le plus exact. Le duc de Nivernais venait de montrer le maréchal de Belle-

(1) Correspondance Duverncy-Bclle-Isle, n» 103.

(2) Le lundi 13 avril 1761. Œuvres posthumes du duc de Nivernais, t. I", 2« partie, p. 68-69.

5i8 DISCOURS DU DUC DE NIVERNAIS

Isle « persuadé que les bienfaits de la patrie sont toujours sans proportion avec les services qu'on peut lui rendre, » et préoccupé de la dette qu'il avait contractée envers elle. « J'oserai dire ici, ajoutait l'orateur, qu'il l'avoit pleinement acquittée, cette dette immense, en donnant à la patrie, à la mère commune, un fils vraiment digne d'elle, en cultivant, en perfectionnant par une excellente éducation son excellent naturel, en l'envoyant chez les nations voisines concilier à la jeunesse françoise la bienveillance des étrangers, en le rendant susceptible de l'estime publique dans un âge qui n'a droit d'aspirer encore qu'à de l'indulgence. Ce fils si

cher étoit devenu mon fils Hélas ! je n'ai joui qu'un

instant de cette heureuse adoption. Arraché d'entre nos bras par une mort aussi prématurée qu'honorable, s'il est vrai que la durée de la vie doive se mesurer par son usage, il a vécu assez, puisqu'il a eu le temps d'acquérir du mérite, d'obtenir de l'estime, d'atteindre même jusqu'à la réputation : consolation suffisante pour l'amour-propre, peut-être pour la philosophie, mais bien foible pour le sentiment. Je ne reconnois que trop cette affligeante vérité qui me force au silence, et je sens qu'il est des plaies que le temps ne cicatrise pas assez pour qu'on puisse jamais les toucher sans les rouvrir. »

Avant-propos i

Introduction 1

I Le comte, la comtesse et le chevalier de Belle-

Isle 3

II Éducation du comte do Gisors 13

III Instruction du maréchal de Belle-Islc pour le

comte de Gisors, nommé colonel du régiment

de Champagne 27

IV Mariage du comte de Gisors avec mademoiselle

de Nivernais i'i

V Voyages du comte de Gisors. — Angleterre;

institutions politicjues :.. SO

VI Angleterre ; mœurs et coutumes 6-2

VII Angleterre ; personnages politiques 70

VIII Premier séjour en Prusse H;5

IX Voyage en Autriche et en Bohême 92

X Second voyage en Prusse. — Grande conversation avec Frédéric II 99

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