‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 34 sur 277 · LE ROI ET LES MINISTRES · texte numérisé non relu

LE ROI ET LES MINISTRES

riant et emprunté, parcourt le cercle, adresse à l'un ou à l'autre quelque parole banale, et s'assied ; c'est alors le tour du jeune prince de Galles et de son frère; quand ils ont achevé, le duc de Cumberland reprend la marche, après quoi tout le monde se retire. Telle est la cérémonie qui se renouvelle deux fois la semaine, les jours d'appartement.

Le comte de Gisors a vu à Versailles l'absolu pouvoir de madame de Pompadour; à Londres, la comtesse d'Yarmouth, qui est la favorite, n'a pas le moindre crédit ; c'est ce qui fait dire au jeune voyageur : « La maîtresse d'un roi, dans toute autre monarchie, partage sa puissance; ici, elle partage son impuissance (1). « Un soir, au bal de l'Opéra, George II, assis à côté de la comtesse, veut faire changer un air de contredanse qui lui déplaît ; mais n'étant pas chez lui, il n'est pas le maître, la liberté du public l'emporte sur la volonté du roi, et, pour faire danser un menuet au comte de Gisors, le monarque est obligé d'aller à l'autre bout de la salle, A Versailles, Louis XV prend et renvoie les ministres selon son bon plaisir; à Londres, George II est forcé de se séparer d'un ministre qui lui est dévoué, qu'il aime, le comte Granville, et de voir à sa place les deux frères Pelham qu'il n'aime pas. Il faut bien qu'il se soumette; il est mal satisfait, il murmure; cependant il se soumet de bonne foi ; quand les ministres lui font quelque proposition, son premier mot est : « Cela s'accorde-t-il avec la constitution (2) ? »

D'Angleterre en France, la condition de la royauté est donc toute disparate; il en est pareillement de celle

(1) Journal, 9 avril. — (2) Journal, 7 février.

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