‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 56 sur 277 · EN FAVEUR DU COMTE DE GISORS · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DU COMTE DE GISORS

présenté. Je raccompagne aux exercices que le roi de Prusse arrivé ici [à Berlin] depuis mercredi dernier [23], fait faire journellement à trente bataillons et à seize escadrons qui sont assemblés dans cette ville. M. le comte de Gisors les voit avec plaisir et admiration, et a la permission d'accompagner S. M. prussienne au camp de Stargard qui commencera le 2 du mois prochain . Je ne puis assez vous dire, monseigneur, combien il se distingue ici par sa politesse, par la douceur de son caractère et par la sagesse de sa réserve, et je vois avec plaisir que les bontés dont on l'honore à la cour et les politesses qu'on lui fait à la ville sont encore moins rendues à sa naissance qu'à son mérite personnel. » Puis le 30 mai : « M. le comte de Gisors est parti ce matin pour Stargard où il attendra le roi de Prusse qui doit passer ici demain pour se rendre au camp qu'il fait assembler en Poméranie. Ce prince a accordé à ce jeune voyageur une distinction des plus flatteuses en l'admettant à sa table, ce qui jusqu'à présent n'étoit arrivé à aucun étranger, pas même au prince de Hohenzollernquiétoitdela maison de Prusse... M. le comte de Gisors doit repasser ici, le 6 ou le 7 du mois prochain, y séjourner quelques jours et se rendre ensuite par Hambourg dans le Holstein (i). »

Un témoignage aussi important que celui du ministre de France à Berlin, puisqu'il devait passer sous les yeux du roi, ne pouvait manquer d'être communiqué par M. de Saint-Contest au maréchal de Belle-Isle; ses amis de Berlin ne le laissaient pas d'ailleurs manquer de nouvelles. Après le maréchal Keith, c'était le comte

[\) Extraits communiqués par les Archives des affaires étrangères.

90 SUCCÈS nu comte de gisors

de Podewils qui lui écrivait, par exemple : « Je puis vous dire sans flatterie, monsieur, que M. le comte de Gisors a trouvé ici une approbation générale depuis le sceptre jusqu'à la houlette pour ainsi dire, et on le propose à notre jeunesse distinguée comme un modèle d'une excellente éducation et du succès le plus heureux dont elle a été suivie. Dieu vous le conserve, monsieur! il soutiendra sûrement avec dignité l'honneur et l'estime de votre nom (1). » Outre les éloges qui lui arrivaient directement, le maréchal en recevait d'autres par ricochet en quelque sorte. Ainsi, le marquis de Valory, ancien ambassadeur du roi de France à Berlin, lui mandait d'Étampes : « Je ne compte pas vous apprendre rien de nouveau, monseigneur, en vous annonçant les succès de M, le comte de Gisors dans les pays étrangers... Mais je ne puis me refuser la satisfaction de vous envoyer copie d'une lettre du prince Henri de Prusse (2) écrite au sieur Darget, ci-devant mon secrétaire, depuis celui des commandements du roi de Prusse, et maintenant de l'École militaire. J'y ajouterai que j'en ai reçu une de la princesse de Camas, grande-gouvernante de la reine, qui m'en fait les plus grands éloges tant de sa part que de celle des reines. Je dirois encore que cette femme est une des meilleures connoisseuses en mérite qu'il y ait, si je ne l'avois pas pour amie intime. Quoi qu'il en soit, monseigneur, il résulte que vous avez un fils digne de vous, c'est tout dire, et que vous le mettez cà l'épreuve la plus sûre en le Hiisant voyager. Plût à Dieu qu'il fût un échantillon de notre jeunesse

(1) 7 juin [3396, n» 419].

(2) Nous n'avons point cette copie.

TÉMOrOACI-: DE FRÉDÉRIC 01

françoise ! 3Iais qn'elle est loin de ce mérite dans les pays étrangers (1; ! »

Adressés au maréchal de Belle-Isle en personne, le témoignage du maréchal Kelth et celui du comte de Podewils sembleront peut-être, à des esprits défiants, entachés de complaisance; celui du chevalier de La Touche, adressé au ministre des affaires étrangères, ceux du prince Henri à Darget et de la comtesse de Camas au marquis de Valory sont déjà moins suspects; en voici un que les plus difficiles admettront sans doute : c'est celui de Frédéric II lui-même. Le seul reproche qu'il trouvait à faire au comte de Gisors, c'est que le jeune homme se couchait trop tard et se levait trop matin. « Je suis trop ami de son père, ajoutait-il, pour n'y pas mettre ordre au plus tôt et ne pas m'iutéresser à la conservation de sa santé. » Ce n'était là qu'un trait en passant et parmi bien d'autres affaires dont il entretenait son ministre en France, le frère du maréchal Keith,celui([u'on appelait milord maréchal (!2).Lei 8 juin^ Frédéric étant venu à Baireuth, y avait fait dîner et souper avec lui le ministre du roi de France auprès de la Diète de l'Empire, M, Folard. « Le comte de Gisors, lui avait-il dit publiquement, fait honneur à son éducation ; il fera un jour et de bonne heure bien son chemin s'il continue à s'appliquer. Je l'aime et l'estime beaucoup; je le reverrai avec grand plaisir en Silésie-oii il m'a promis de venir me retrouver (3). » Enfin, ce qui vaut mieux encore, c'est ce passage d'une lettre de Frédéric à l'abbé de Prades^ tout à l'honneur du comte de Gisoi's,

(1) 13 juin [3396, n" i^l].

(2) Mémoires du duc- de Luynes, t. XIII, p. 277,

(3) Folai-fl à BcUc-Islo, 19 juin i7oi [3396, ir 420].

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