INQUIÉTUDE DU DUC DE MIUEPOIX
jours. Je manile à mon fils de s'arrêter à Prague pour y recevoir vos ordres (1). »
M. de Gisors ne s'y arrêta pas même tout un jour ; arrivé le 21 juillet au soir, il en repartit le 22 pour être à Vienne le 24. Ce moment du voyage intéressait, il' vaut mieux, dire préoccupait singulièrement sa famille et ses amis (2). Marie-Thérèse avait-t-elle pu oublier qu'après Frédéric II c'était le maréchal de Belle-lslequi avait mis le plus d'acharnement à la dépouiller de son héritage, qu'il s'y était voué de corps et d'àme, par les négociations et par les armes, enfin qu'il n'avait atteint le comble de l'illustration qu'en lui disputant jusqu'aux dernières extrémités la capitale de son royaume de Bohême? Un jour, à Londres, le duc de Mirepoix, qui connaissait bien le personnel et les sentiments de la cour impériale, avait témoigné au comte de Gisors beaucoup d'inquiétude sur l'accueil qui lui serait fait à Vienne; il y prévoyait plus que de la froideur, le mot de désagrément lui échappa même, et il le justifia en disant que cette cour était vindicative, que le maréchal de Belle-Isle y était détesté et que l'empereur ne manquait jamais l'occasion de dire des choses désobligeantes, choquantes même, aux gens qui lui déplaisaient. Le duc de Mirepoix ajouta qu'il n'avait pas osé en écrire au maréchal, mais qu'il allait certainement s'en ouvrir avec le duc de Nivernais (3). Cependant les craintes et les prédictions de l'ambassadeur furent jugées excessives, surtout par la duchesse de Nivernais qui, de toute la famille, avait le plus de confiance
(i) 13 mars 1731 [3396, n° 408].
(-2) Cardinal de Tencin à Beile-Isle, 20 juillet [3391, n» 338].
(3) Journal, 6 avril.