‹ Le Comte de Gisors, 1732-1758Chapitre 76 sur 277 · VIE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

VIE DE FAMILLE

fils, le premier épanchenient de leur commune douleur, rimagination se le représente. L'accablement du maréchal était extrême; les soins touchants de son fils et de sa belle-fille avaient peine à distraire son morne chagrin; le duc et la duchesse de Nivernais se dévouèrent à lui; de leur part ce n'était plus un jeu aimable; ils étaient réellement devenus pour ce vieillard de soixantedix ans un fils et une fille ; l'hôtel de Belle-Isle fut désormais leur demeure (1). Cette vie de famille, plus intime, plus étroite, resserra les liens qui unissaient le duc de Nivernais à son gendre. 11 avait déjà composé, il composa encore pour lui des morceaux de philosophie morale qui sont comptés parmi ses meilleurs écrits : une Instruction paternelle sur l'état de courtisan, trois Lettres sur l'usage de l'espi^it dans la société, dans la solitude et dans les affaires, une Lettre morale sur la manière de se coiuluire avec ses ejinemis (^2). Que manquait-il désormais à l'éducation du comte de Gisors? « Pour renfermer bien des choses dans une seule parole, lui écrivait le baron de Bernstorf, je vous trouve tel que je vous souhaite. Les plaisirs n'étouffent point vos sentiments ; vous n'oubliez ni vos pertes, ni vos regrets, ni vos devoirs, et le tumulte de la cour et de Paris ne prend rien sur vos réflexions. Continuez, monsieur, d'être supérieur à ce qui a énervé, abattu, anéanti tant d'hommes; soyez toujours ce fils, cet époux, cet ami que vous êtes; faites voira un siècle qui semble l'ignorer, que l'on peut être très-sage, très-appliqué, et en même temps infiniment aimable. Soyez l'exemple du bonheur

(1) Mémoires du duc de Luynes, t. XIV, p. 113.

(2) Œuvres de Mancini-Nivernais, t. III. — Mélanges de Littérature, t. I, Paris, 1796.

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qui suit la vertu, et pardonnez côtte tirade à la tendresse qui me l'a arrachée (1). »

Il y avait encore deux voyages (2) qu'aurait voulu faire le comte de Gisors, l'un en Italie, l'autre dans la France même. Parmiles jeunes gens qu'il avait connus en Angleterre, un surtout, Charles Lennox, duc de Ricbmond, un arrière-petit-tîls de Charles II (3), avait attiré son attention et conquis son amitié. Ils s'étaient depuis retrouvés à Prague et ils étaient restés en correspondance. « Le voyage que vous projetez en France, lui écrivait de Milan le duc de Richmond, vous sera, je suis sûr, bien utile. On ne doit connoître le dehors que pour mieux juger du dedans. Le voyage d'Italie vous plaira certainement. Tout ce que le pays produit est très-beau et digne de votre curiosité, à l'exception des habitants. Il n'y a ni société, ni bonne foi, ni même savoir que parmi quelques pédants, et l'on n'y pense qu'aux jeux et aux intrigues, ce qui ne sera pas, je crois, beaucoup de votre goiit (4). Du reste, il y a des exceptions partout ; je pourrois vous nommer de très-aimables gens, mais ils sont rares. En fait de militaire, chaque pas est un champ de bataille, moyennant quoi et le plaisir que je

(1) 29 juillet IToo [3406, n" 347].

(2) « Les voyages que M. de Gisors vient de liiirc coûteront à M. do Bclle-Isle entre 90 et 100,000 livres. » Mémoires du duc de LuTjnes, t. XIV, p. loO.

(3) II descendait d'un lils de Charles II et de la duchesse de Portsmouth. Né en 173Î), ce duc de Richmond n'est mort iiu'en 1806.

(4) Il lui avait déjà écrit à son arrivée en Italie, de Venise, le 26 décembre 1734 : « Pour les femmes, (luoiqu'on les dise très aimables, je ne compte pas faire le cicisLeo, c'est-à-dire être atlaché à un cotillon pendant les vingt-quatre heures pour ce qui n'en vaut pas la peine au bout du compte. Entin, je veux voir l'Ilalie et non pas les Ilahens. » [3390, \fi 481. !

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