‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 11 sur 422 · NAISSANCE DU COMTE DE OISORS · texte numérisé non relu

NAISSANCE DU COMTE DE OISORS

traces de son malheur, on n*y voit que des embellissements ' . D

Ce fils de M. deBelle-Isle, Louis-Marie, comte deGisors, était né le 27 mars 1732. Deux ans après, la comtesse de Belle-Isle eut un second fils qui ne vécut que cinq ans, et dont la perte vivement ressentie acheva d*ébranler chez cette personne délicate une santé qu'un double chagrin de famille, en J735 la mort d'un frère qu'elle chérissait, et celle de son beau-père en 1738, avait fortement éprouvée. La faiblesse de sa poitrine exigeait déjà de tels ménagements qu'en 1737 les médecins lui avaient prescrit le lait de jument et, pendant plus d'un mois, le silence absolu. Elle ne devint plus mère ; celui qu'elle avait appelé son premier-né demeura fils unique.

Dès que l'enfant fut sorti des mains des femmes, son père voulut lui donner, par l'éducation physique, une constitution vigoureuse. Faible de naissance, le comte de Belle-Isle avait reçu le bienfait d'une éducation pareille, et quoiqu'il aim&t à se voir entouré de luxe et de magnificence, c'était pour le plaisir des yeux seulement ou mieux encore pour la jouissance d'autrui; car, pour lui-même,' il avait rigoureusement gardé la sobriété, la simplicité, on pourrait dire la rudesse de ses premières habitudes. Il imposa donc à son fils une règle de plus

t. Le comte de Gliori au maréchal de Belle-Isle, 3 avril 1757, [Archivas du Dépôt de la guerre, t. 3l30, n» 13.]

14 ÉDCCATIOX DU COMTE DE <HBOSS.

ee plus s<^vêr«î: il lui fit une loi d'èirt deboet tous les

joui'ï à quatre heures du matin et il lui défendit les \eill»>r tardi\efr. La marche, la courte, le cheval, les ar^rJe^, lou-f let exercices du corjj*^ devinrent de Lonnt heure familiers à l'enfant; c'e^t pourquoi It- président Hénault a dit qu'il avait été élevé comme à Sfiarte; mais, pour achever la comparaison, il aurait dû ayAïiftt nuKi l'éducation athénienne ne lui manqua pas davaut'i^^e. !>.' comte de Iklle-Ule n'avait pas entendu développer le corps de son fils aux dépens de son intr.'Ui^ence. Il voulut le rendre également familier avec leë b^'auti^î* morales des lettres ancienne-s et des lettres françaises : un homme de goût, de tact et de sens, lahbé dét Slange, fut chargé de l'éducation de son esprit ; le comte et la comtesse de Belle-Isle partagèrent avec le précepteur l 'éducation de son âme.

En 1740, la mort de l'empereur Charles VI mit subitement en relief la grande autorité que le comte de Belle-Isie avait insensiblement prise. On ne l'avait encore regardé que comme un militaire d'une rare distinction ; il parut tout d'un coup un homme d'État et un politique. Le cardinal de Fleury goûtait ses conseils et sougi'ait, d'après lui, à ruiner la maison d'Autiiche. Il s'agissait d'abord d'enlever à la cour de Vienne la couronne impériale; la guerre devait suivre. Nommé par le roi son ambassadeur auprès de la Diète élecl orale et maréchal de France *, le- comte de Ikile-Isle piu-tit pour l'Allemagne ; la comtesse l'y suivit afin de l'assister dans les réceptions magnifiques par

1. NoiiiiiKf iiinhaMaduiir le IG décembre I7i(), il reçut ses pouvoirs le 3i> JariTler 17 H ; le 1 1 février suivant, il fat compris dans une proluotion de scpl maréchaux de France.

VICISSITUDES Dtl SUaicHAL DB BBLLB-I3LE. 15

lesquelles il se proposait d'éblouir les Électeurs, les princes, tous -les nobles et notables attirés par les solennités de rélectioa impériale à Francfort. Pendant l'i^eDce de sa mère, le petit comte de (ïisors fut mis, sous la garde de l'abbé de Mange, au collège.

Le 24 jaD>ier I7i2, l'Électeur de Bavière fut élu empereur sous le nom de Charles Vil. Coup sur coup le maréchal de Belle-Isie fut fait duc par le rui de France, chevalier de la Toisou d'or par le roi d'Espagne, prince du Saint-Empire parle nouvel emperenr; enân, après les péripéties émouvantes de la campagne de Bohême, quand il eut sauvé et ramené par une retraite audacieuse et habile, en dépit de l'hiver et de l'eaoerai, l'année française longtemps assiégée' dans Prague, ses soldats et le public le saluèrent grand général. II est vrai que cette popularité n'empêcha pas qu'il ne tombât en disgrâce. ElErayé du mauvais tour que prenait la guerre, le cardiaal de Fleury avait publiquement désavoué le maréchal de Belle-I:>le qu'il eu déagnait comme le principal auteur. Le ordinal mort, le désaveu reàta ; les jaloux s'ea armèrent et le maréchal fut renvoyé dans son gouvernement des Trois-Évéchés.

Il en sortit au mois de déeembre 1744, à la suite du roi qui avait failli mourir dans son propre hAtel, à Metz. La faveur lui était revenue ; le roi Stanislas le Dommoit son lieutenaiU général au gouvernement dos duchés de Lwraine et de Bar ; après la prise de Fribourg, Louis W Le chargeait d'^er eo son nom concerter avec l'empereuretleroî de Prusse les c^érations de la campagne prochaine . Après avoir accompli à Itfonich la première partie de sa mission, le maréchal se rendait à Berlin, lorsque en passant, le 20 décem-

i6 CAPTIVITE Dr MARÉCHAL EN ANGLETERRE.

bre 1744, sur un territoire qu'il croyait ueutre et qui be trouva être hanovrien, il fut arrêté, conduit d'abord à Hanovre, pui^ transféré, comme prisc»nnier d*État, en Ang'leterre. Il y aurait fait, libre, un voyage pour son plaitir, quiJ n'y eût pas été mieux reçu et traité par Taristocratie anglaise. A Windsor, qui lui avaitété assigné comme résidence, les; personnages les plus considérables se succédai^'ut auprès de lui; quand enfin, le 13 août 1745. Je gouAeruemenl de George II lui eut rendu sa liberté, les nombreux amis qu'il s'était faits regretU-renl que sa captivité n'eût pas été prolongée davanta^'e.

L<-»ui& XV lui fit à son retour le meilleur accueil, et^ peu de temps après, le roi Stanislas ayant, à l'instigation et pour le service de son gendre, consenti à la levée d'un régiment d'infanterie, sous le nom de Royal-Barrois, une commission de colonel de ce nouveau coqi? fut délivrée, par l'accord des deux rois , le I !•' novembre 1743, au jeune fils du maréchal de BeUej Isle. Pour le moment au moins, cette faveur était purement nominale; tandis que Royal-Barrois, pendant lu campagne de 1746 en Flandre, figurait au siège de Charleroi et à la bataille de Raucoux, le jeune comte de (iisors travaillait sous l'œil paternel à se rendre digne l de le commander un jour.

A la suite d'opérations malheureuses pour les armes françaises en Italie, les Autrichiens, à la fin de la campagne de 1746, étaient entrés en Provence. Le 10 novembre, le maréchal de Belle-Isle y fut envoyé pour prendre le commandement en chef de l'armée que déjà le maréchal de Maillebois, n'ayant pas voulu a^endre l'arrivée de son successeur, avait remis par intérim au

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