‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 112 sur 422 · LE COMTE D'ESTREES A VIENNE · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ESTREES A VIENNE

pératrice et que S. M. se propose de porter jusqu'à trente mille hommes K Cet emplacement était la Wettera\ie, sur la rive droite du Rhin, entre le Mein et la Lahn. De cette façon le roi modifiait, sans les détruire» les obligations du traité de Versailles, en augmentant le secours qu'il avait promis à l'impératrice et en le lui donnant en Allemagne. De plus il y avait cet avantage que ce corps pouvait, dans un cas donné, rejoindre facilement la grande armée du bas Rhin. Approuvée par le conseil, la note du comte d'Argenson servit de texte pour un supplément d'instruction qu'on se h&ta d'expédier, le 2 novembre, au comte d'Estrées.

Il est certain que ce changement était nécessaire ; car en arrivant, le 10, à Vienne, le comte avait trouvé dans la disposition générale des esprits un sentiment de défiance contre la politique française. L'inaction des vingt -quatre mille hommes assemblés depuis le mois de septembre sur la rive gauche du Rhin, la présence prolongée du marquis de Yalory, ambassadeur de France, à Berlin, son tardif rappel, toutes ces circonstances avaient éveillé en Autriche , surtout parmi les militaires, le soupçon d'une secrète connivence entre la France et la Prusse^. Dans cet état de l'opinion » l'offre d'envoyer trente mille Français dans les Pays- Bas eût été regardée comme un piège. Déjà cependant le comte d'Estrées avait préparé une note en ce sens '

3. Lecomto d'Ëttrées à cl'Argenton, It novembre 1756 |3407]« 3. Projet «le dispositions générales pour faire agir une armée sur le bas Rhin. Pièce datée du 12 novembre et entièrement écrite de la main do M. de V«uU, q«i était attadié à la misaioo du comte d'Estrées [3407, no 220].

i40 EMBARRAS DU COMTE D'ESTRÉES.

et comme il en avait eu Tordre à Versailles, quand heureusement il reçut l'instruction supplémentaire du 2 novembre ; il eut la bonne idée de la communiquer en original au comte de Kaunitz, a ce qui lui a plu infiniment, écrivit-il à M. d'Argenson, Ta mis à portée de juger par lui-même de la sincérité des sentiments du roi pour Timpératrice, et ne peut que lui donner bonne opinion du zèle des ministres qui exécutent ses ordres * . » Si bien disposée que parût dès lors être la chancellerie autrichienne, elle avait des habitudes de dignité lente qui désespéraient le comte d'Estrées. Il y avait six semaines qu'il était à Vienne et rien n'était fait encore, a J'ai lieu d'espérer, mandait-il au comte d'Argenson, le 22 décembre, que tout sera terminé le IS janvier. Je sais combien le temps presse pour vos arrangements préliminaires, mais il n'a pas été possible d'aller plus vite, et si l'on trouve à Versailles que je vais doucement, on trouve peut-être ici que je vais bien vite.... J'ai actuellement tout dit, et j'ai lieu d'espérer que tout sera réglé à votre satisfaction. » Cinq jours après, tout était renversé. Le 27 décembre, le comte de Kaunitz réclamait formellement les vingt-quatre mille hommes promis par le traité de Versailles, et il ajoutait expressément qu'il les réclamait pour les joindre à l'armée de Bohême ^. Le comte d'Estrées avait beau se débattre, il avait beau dire et redire que la ferme volonté du roi était de porter sur le bas Rhin toutes ses forces afin d'agir contre le Hanovre, si la neutraUté offerte par l'impératrice à l'Électeur-roi était refusée, sinon de

1. Gomted'Estréesaa comte d'ArgensoD, 14 novembre 1756 [3407]. 3. Comte d'Eslréee à RoaiUé» 29 décembre 1756 [3407].

POLITIQUE DE L'AUTRICHE. Ui

marcher sur Magdebourg avec soixante-dix mille hommes, « dans les entretiens que j'ai eus avec les ministres, écrivait-il à M. Rouillé, il m*a paru que leur principal objet étoit la crainte que si la neutralité étoit refusée, l'impératrice ne reçût aucun secours direct de la part du roi, car son ministre regarde comme rien les cent mille hommes qui agiront contre Eanovre. Il faut que la cour de Vienne ait quelque intérêt secret et bien pressant d'attirer en Bohême les vingt-quatre mille hommes '. » Il n'y avait dans cette politique aucun mystère; il était fort naturel que, mettant son intérêt avant celui de la France, la cour de Vienne préférât vingt-quatre mille Français en Bohême, liant la France à sa fortune, à cent mille Français servant sur le Weser un intérêt qui était celui de la France d'abord, beaucoup moins celui de l'Autriche. Mais de même que cette crise était tout à coup venue, elle finit tout à coup. Au moment où le comte d'Estrées, à bout d'arguments, croyait son procès perdu contre un adversaire qui était juge et partie, ce fut l'adversaire qui céda, se réduisant à demander que le roi de France prit à sa charge l'entretien de quatre mille Bavarois et de six mille Wurtembergeois qui serviraient dans l'armée impériale^.

A Versailles on avait tellement partagé les craintes du comte d'Estrées qu'on accepta cette transaction comme l'expédient le plus avantageux du monde. Après une longue conférence avec le comte d'Argenson et l'abbé de Bernis, le maréchal de Belle-Isle se char-

1. Comte d'Estrées à d'Argenson, 6 janTier 1757 [3428]. 7. D'Estrées à Rouillé, 13 janvier 1767 [3428].

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