‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 2 sur 422 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

honneur à réducation de son fîls qu'il avait élevé comme on l'eût été à Sparte, et qu'il n'avait pas ménagé dans les divers voyages qu'il lui avait prescrits, surtout ceux du Nord , quoique assurément il l'aimât bien tendrement. Il est vrai que cette éducation avait trouvé un sujet unique, digne de la plus haute fortune d'oîi ses vertus auraient écarté Tenvîe, dont la mémoire doit durer par tout ce que l'on en devait attendre, et a qui l'on peut appliquer ce regret si beau et si touchant de Virgile :

a Tu Marcellus eris »

I C'est la courte vie de ce jeune homme, mort à " vingt-six ans, que nous offrons, d'abord comme un sujet d'étude morale, au lecteur. Mais la biographie ne va pas longtemps seule; l'histoire la rejoint à grands pas, s'empare du chemin, l'entraîne des lors et la confond dans sa suite, de sorte que l'étude morale élargie devient une étude historique, et le portrait d'un seul personnage le tableau d'une époque.

Les matériaux de ce travail étaient dispersés dans les Archives du Dépôt de la Guerre; en les rassemblant , on a eu le déplaisir d'y constater des lacunes et le chagrin plus vif encore de s'assurer que ces lacunes ne sont pas réparables. Un

AVANT-PROPOS. lll

chevalier de Mouhy, gui se donnait la qualité de premier gentilhomme de monseigneur le maréchal de Belle-Isle^ au fait, un parasite qui gagnait son pain en prenant soin des livres du maréchal et en le fournissant de nouvelles littéraires, se plaignait amèrement, après la mort de son adorable maître^ d'avoir été oublié par lui dans ses dispositions dernières et de se trouver, par cette inadvertance déplorable, réduit à l'aumône. Parmi les titres qu'il énumérait , aPm d'apitoyer l'un des exécuteurs testamentaires du maréchal de Belle- Isle, celui qu'il faisait sonner le plus haut, c'était d'avoir été le visiteur et le dépositaire des papiers du comte de Gisors et d'avoir eu soin de brûler toutes les correspondances. Le beau service ! Louis XIV disait du duc d'Orléans, son neveu, qu'il était un fanfaron de crime. C'était aussi à sa manière un fanfaron que ce chevalier de Mouhy ; il se vantait : il avait beaucoup, mais non pas tout brûlé ; si bien qu'en le mettant au pilori pour ce qu'il a dérobé à l'histoire, on est tenté de le laisser aller pour ce qu'il a négligé de détruire.

Ainsi ont péri la plupart des notes de voyage, et, sauf un petit nombre de pièces heureusement des plus considérables, tous les papiers du comte de Gisors pendant cette période si importante de sa vie. Cependant, grâce à la libérale obligeance

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