‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 205 sur 422 · Du quartier général d'Ohsen-Hagen , le 30 juillet · texte numérisé non relu

Du quartier général d'Ohsen-Hagen , le 30 juillet

« Sire,

• Voire Majesté veut bien me dire qu'elle me conserve dans ses bonnes grâces ; ces paroles sont bien consolantes pour moi, et j'ose l'assurer que je mérite cette marque de bonté de sa part. Je l'ai servie , depuis quarante ans , arec un zèle et une application infatigables. Ce qui a paru de loin comme une inaction peut être regardé de près comme une marciie précipitée , et je justiflerois aisément que dans la campagne il n'y a pas eu six jours d'employés inutilement.

« Si ma santé qui est extrêmement dérangée n'exigeoit pas un peu de repos, je resterois volontiers aux ordres de M. le maréchal de Riciielieu. Les succès que j'ai préparés à vos armées victorieuses auroient agréablement flatté mon amour-propre; mais les maux que je ressens depuis près de deux ans dans les nerfs étant considérablement augmentés par les fatigues que j'ai essuyées depuis trois mois, je me ▼ois forcé de profiter de la liberté que Votre Majesté veut bien me donner, et j'irai prendre les eaux d'Aix-la-Cliapellc.

« Mon Inviolable attachement pour votre personne égalera toujours le très-profond respect avec lequel je suis, etc. > [34 3G, n» t81.]

2. Le maréchal de Richelieu arriva dans la soirée du 3 août h l'armée; l'entrevue eut lieu le lendemain.

3. Note autographe du marquis de l^aulmy pour M. le Daupiiin et les ministres, n Les choses se sont passées avec beaucoup de politesse, et ils assurent l'un et l'autre qu'ils sont contents de leur entrevue. M. le maréchal d'Eslrées part le 7 pour les eaux d'Aix-la-Chapelle. » [343G, n« Î22.]

DU MAUKCHAL D'ESïUKES. 253

réchal d'Estrées rie fournit à Richelieu le prétexte d'une violence subie; la magnanimité de Tun laissa l'autre se débattre avec les reproches de son esprit troublé, a Si j'étois arrivé dix jours plus tôt, mon cher Duvemey, écrivait-il le 4 août, j'aurois eu bien du mauvais sang de moins; ce n'est pas votre faute ni la mienne, et c'est cependant la faute de tout le monde, et surtout de moi qui n\ii pas bien vu dans cette rencontre. Mais, en vérité, le pauvre maréchal d'Estrées m'a parlé avec tant de franchise et a eu de si bonnes façons avec moi que je ne puis en Être fâché*. )>

Après avoir donné trois jours à son successeur pour le mettre au courant des affaires, le maréchal d'Estrées quitta l'armée le-7 août, et prit le chemin d'Aix-la-Chapelle où il devait faire quelque séjour avant de rentrer en France. Il partit ému des adieux que lui fit l'armée; car l'expression du sentiment militaire eut un lel éclat qu'en dépit d'eux-mêmes ses ennemis ne pouvaient s'empôcher d'en rendre témoignage. «Notre ancien général, que l'on auroit troqué contre un vivandier il y a quinze jours, écrivait l'un d'eux à Duvemey, est aujourd'hui le héros et presque l'idole de l'armée. Le peuple '^ s'est apitoyé sur sa situation, et les princes qui en avoient tenu des propos épouvantables, semblent aujourd'hui , par leurs attentions pour lui, reprocher à la cour l'injustice la plus criante. Voilà, monsieur, la situation des choses, au moment de l'arrivée de M. le maréchal de RicheUeu. Il a cru d'ailleurs pouvoir

1. Correspondance du inuréclial de Richelieu avec PùiU Duvcrne;. Londres, 1789, t. I, p. 74*

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