août. Pap« Clermont, 1767, 1. I, a
SUR LE MORAL DE L'ARMÉE. 25o
camp SOUS les murs de Hanovre. 11 y voulut faire la revue de son armée. Au jour indiqué, le temps était détestable ; cependant le maréchal, chamarré d'or, souriant, gracieux, toujours le chapeau à la main, s'arrétant et parlant à chacun des commandants de bataillon, ne semblait pas se soucier des torrents de pluie qui noyaient sa magnificence. Évidemment cette représentation fit un grand effet; mais les yeux seuls furent éblouis; il n'y eut, dans cette brillante parade, rien qui touchât ni haussât les cœurs. Comment le maréchal n'y avait-il pas songé? « Le nouveau général, écrivait au maréchal de Belle^Isle un officier de cette armée, ne veut rien qu'aller en avant et donner, s'il se peut, une bataille qui fasse oublier l'autre. Les troupes, qui ont percé cet intérêt personnel, n'en sont pas aussi curieuses ; elles disent hautement qu*elles en ont assez d'une , et ne respirent que tranquillité*.» Triste symptôme!
« Le tableau de cette armée est encore le même à peu près, écrivait de son côté M. de Maillebois à Duverney ; la fermentation y règne toujours et les esprits sont encore trop divisés pour pouvoir espérer que tout rentre dans Tordre accoutumé cette campagne. Les princes ont pris parti. M. le duc d'Orléans va aux eaux d'Aix-la-Chapelle. Le maréchal d'Estrées a semé, avant son départ, beaucoup de discours qui ont fait un chemin très-rapide. L'infanterie est mécontente du peu de grâces qu'on lui laisse espérer* L'on m'a fait des tracasseries; le comte de La Marche'
1. Lettre adressée au maréchal de Belle-lsle, 26 août 1767 [3438]. Elle est f quoique non lignée, d'un correspondant habituel et autorisé.
2. Louia-Franfoia-Joseph de Bourbon Conti, ploa lard prince de Conli, à la mort de son père.
2;iC UEMOKDS DK M. DE MAILLEBOIS.
nommément a dit le diable de moi. Vous pensez bien, monsieur, qu'il est fort difficile de mener une armée qui a pris ce ton-là depuis longtemps et qui y est entretenue par des cabales et de petites intrigues sourdes. Je vous proteste cependant que ces inconvénients m'effrayent beaucoup moins pour mon compte qu'ils ne me touchent pour le bien de la chose... » Puis, toujours obsédé par le souvenir de Uastenbeck: « Qui pouvoit répondre, ajoutait-il, de la journée du 26, à laquelle le général même n'étoit pas décidé, le 25 à midi? Si, au contraire des arrangements pris, on avoit disposé le dépai^t et l'arrivée de M. de Richelieu pour se rendre en droiture à Tarmée, nous n aurions pas eu toutes les tribulations dont j'ai bien éprouvé ma part, mais dont je ne me repens pas, puisque je n'ai pas perdu \\u seul instant de vue l'honneur et l'avantîige du service du roi * . » Richelieu, Maillebois, Duverney, ces hommes avaient beau faire et se couvrir du bien public; ils ne pouvaient parvenir à se tromper eux-mêmes; leur conscience criait plus haut que leurs sophismes.
Le 21 août, tandis que partait le courrier qui portait à Duverney la lettre de Maillebois, le comte de Gisors arrivait au camp sous Hanovre. Quoiqu'il revînt brigadier et chevalier de Saint-Louis^, ce n'était pas sans chagrin quïl se sentait encore une fois si loin de sou père et de sa jeune femme, a Qu'il m'en coûte, avait-il écrit au premier, d'être séparé d'un père que j'adore et que je plains... La Westphalie paroît bien affreuse après le séjour que j'ai fait à Bizy entre vous et certaine petite