‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 231 sur 422 · SITUATION CRITIQUE DE FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

SITUATION CRITIQUE DE FRÉDÉRIC II

l'expression de Duvemey, étaient un bien mauvais symptôme. Jamais au contraire Frédéric II ne s'était trouvé dans une situation plus critique. Le 30 août, Lehwald, son lieutenant dans la Prusse royale, avait été battu par l'armée russe à Jœgerndof ; le 7 septembre, le prince de Bevern, son lieutenant en Lusace, avait reçu des Autrichiens une assez verte leçon prés de Gorlitz; le 8, le duc de Cumberland, lieutenant de son allié en Hanovre, avait capitulé devant les Français à Closter-Zeven. C'était assez pour que Frédéric n'inquiétât plus d'aussi près ni le maréchal de Richelieu, ni le prince de Soubise et l'armée des Cercles. Après s'être avancé sur la Saala et avoir forcé ses adversaires à rétrograder vers Eisenach, il s'était lui-même, sur les mauvaises nouvelles qu'il avait reçues, retiré à Buttstedt, puis à Leipsick, e i il demeurait étonné, solitaire, rêvant coups de théâtre, méditant une revanche à tout autre impossible, rêvant aussi, mais en vers seulement, un suicide héroïque. Le poète était satisfait, le guerrier ne demandait qu'à vivre. « II parott que le zèle se ranime contre le roi de Prusse et qu'on seroit fort aise d'avoir affiiire à lui. » C'était du maréchal de Richelieu que le comte de (iisors parlait ainsi à mots couverts. Le maréchal était-il au fond aussi désireux d'une telle rencontre? On en peut douter, mais il ne lui déplaisait pas qu'on y crût; il voulait surtout protester contre la partialité de la cour, qui lui imposait l'obligation d'envoyer à l'armée de Soubiseun détachement de la sienne. « Il veut, ajoutait M. de Gisors, mener ce renfort lui-même ou demander son rappel. . . D'après cela chacun politique à sa manière ; pour moi qui politique peu, je ne me suis occupé tous cesjours-ci que d'empêcher la maraude... J'approuve

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tout, De blâme personne, campe réçulîèrenienl. et fais

marcher le régiment par la pluie ave^: h m^me régularité que quand il fait beau... Vous gémirez cet hiver de tout ce que je vous dirai sur le dés«jrdre : en attendant^ gardez-moi le secret , parce que le moindre proj^os que vous tiendriez sur cela me feroit des ennemis*. » Il en avait, quelques soins qu'il prit de ne s'en pcânl faire. Il est vrai que, sans le vouloir davantage, il avait des amis maladroits. D'après un certain article de la Gazette d Amsterdam, c'était le régiment de Champagne qui avait gagné la bataille de Hastenbeck; par réaction, il se trouvait des gens qui disaient et écrivaient que le régiment de Champagne avait failli causer la perte de la bataille. Une lettre de cette sorte était arrivée jusqu'à madame de Pompadoiu*. Toul de suite averti par le maréchal de Belle-Isle, « ce que vous me confiez, lui répondit M. de Gisors, m'afflige sensiblement par rapport au chagrin que vous en aiu^ez eu, mais ne m'a nullement surpris. Quand je suis parti, le jour de la bataille, tout le nn»:ide me louoit, me félicitoit, m'embrassoit et portoit aux nues le régiment de Champagne. Quand je suis revenu, j'ai trouvé toute Tannée déchaînée contre lui, parce qu'on n'a pas observé la même discrétion que moi, et que la Gazette d'Amsterdam^ qu'on s'est imaginé avoir été dictée par nous, nous a beaucoup trop vantés. . . Il ne paroîtra jamais de ma part de ces factums où on ne sait plaider sa cause qu'aux dépens d'autrui, et je me contenterai, en attendant un plus ample détail de ma part, d'en appeler des calomnies à tout spectateur froid et impartial de notre manœuvre, encore plus

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