‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 266 sur 422 · DÉFENSE DE L'INFANTERIE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE L'INFANTERIE

communiquer avec lui que par l'Elbe, la route de terre ayant été rompue par les Hanovriens. Trois régiments d'infanterie et deux de dragons établis dans des villages aux alentours faisaient, comme Champagne, le service d'avant-poste.

Ce fut à Winsen que le comte de Gisors reçut les premières nouvelles du trouble causé à la Cour par la surprise de Rosbach. Quelle douleur! La cavalerie avait bravement fait son devoir; mais l'infanterie!... Le roi, disaient toutes les correspondances, était indigné contre elle. Yis-à-vis de son père au moins, M. de Gisors voulut en prendre la défense. « A Dieu ne plaise que je la justifie, disait-il; mais il ne faut pas qu'on cache au roi la source de sa mauvaise manœuvre qui provient de l'avilissement dans lequel on l'a jetée par la misère, les nouveautés mal entendues qui ont dégoûté les anciens officiers, et la mauvaise composition qui s'y est introduite par la nécessité d'avoir des sujets riches de préférence à des gentilshommes. Le peu de confiance dans les généraux a achevé de tout perdre, et en vérité sur tout ce que j'ai vu et entendu de cette campagne, cette méfiance n'est pas mal fondée. Que le roi, se livrant aux accusations qu'on est intéressé à porter contre cette infanterie pour se justifier, n*aille pas la juger indigne de sa bienveillance ; au contraire, elle a besoin de tous ses soins et de ses bienfaits pour être rétablie. Surprise et par conséquent culbutée, elle devoit se rallier sans doute; quelque mauvaises que soient les dispositions générales , chaque régiment en particulier doit payer de bravoure et d'opiniâtreté dans une retraite forcée. Ils ont tort, j'en conviens, j'en rougis en bon camarade; mais en vérité, moucher père, que doitron espé-

rer de soldats de quinze à vingt ans, qui n'ont jamais essuyé de coups de fusil, auxquels pendant toute la paix on n'a cessé de faire l'éloge des Prussiens, tandis que d'un autre côté les anciens officiers de mauvaise humeur ne cessoient de travailler à détruire les principes prussiens qu'on leur donnoit? Mal instruits par conséquent, redoutant leur ennemi, ils partent cependant avec l'espoir de le tourner, de le surprendre, et sont eux-mêmes surpris. Les capitaines qui étoient au premier rang, selon l'ordre de la bataille, n'ont pas été suivis; déjeunes lieutenants dont c'étoit l'apprentissage, qui étoient de serre-file, avoient-ils la vigueur, l'autorité nécessaire pour contenir le soldat épouvanté dans ses rangs? Presque tous les chefs de corps pris, tués ou blessés, personne n'a pu railleries fuyards'...» Direction mauvaise, exécution pire encore, confusion, pêle-mêle succédant à des ordres contradictoires, M. de Gisors n'avait pas besoin d'aller chercher en Thuringe le triste exemple d'un projet mal conçu ; il en avait sous les yeux l'évident modèle ; et comme s'il ne suffisait pas qu'il en fût spectateur, il était de ceux qui, n'en pouvant mais, donnaient forcément le spectacle aux autres. Le maréchal de Richelieu était venu le 28 novembre à Winsen ; pendant qu'il visitait les avant-postes, il avait reçu du prince Ferdinand de Brunswick l'annonce officielle du choix que le roi d'Angleterre venait de, faire de sa personne pour commander son armée de Hanovre. Le même jour, le maréchal ordonnait de foire passer par l'Elbe dans Harbourg un renfort de cinq cent cinquante hommes, autant de prisonniers

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