juin. Pap. Clermont, 1758, t. 111, n
INSUFFISANCE DE M. DE MORTAIGNE. 4Gl
adoucir sa disgrâce, était devenue nécessaire*. Le mal était fait; ces tardives exécutions n'y portaient point remède.
C'était de la vaillance du comte de Clermont, animé par rinspiration et guidé par l'expérience de M. de Mortaigne auquel, malgré ses boutades et ses velléités de révolte, le prince avait fini par se soumettre, qu'on attendait la réparation de ce premier désordre. Il faut le dire tout de suite, on se préparait de cruels mécomptes; non pas que le comte de Clermont ne fût point vaillant et plein de cœur, ni que M. de Mortaigne n'eût point d'expérience ; mais c'était l'inspiration qui lui manquait. Il avait été un fort bon chef d'état-major, il était exact sur les règles et ferme sur la discipline ; grâce à ces mérites, il venait de rendre au comte de Clermont et à l'armée de très-grands services, mais les seuls qu'il fût en état de leur rendre. Il n'avait point les vues de haut et d'ensemble, le coup d'œil profond et rapide, la prompte et forte décision qui sont les spéciales et nécessaires qualités de ce personnage idéal, pour ainsi dire, tant il apparaît rarement au milieu de la foule humaine, qu'on appelle un général en chef. A cet égard le maréchal de Belle-Isle s'était complètement trompé et il avait, de la meilleure foi, mais le plus malheureusement du monde, trompé le roi et la cour, le comte de Clermont et l'armée tout entière.
Tandis que les quartiers de la gauche se tenaient rassemblés à Xanten, le prince avait appelé tout le reste de l'armée à Rheinberg ; elle y était réunie et formée le
1 . Le duc de Randan assUta cependant à la bataille de Crereld ; M. de Villemeur était parti la veille.
7 jtito: mais déji les hésitation^ ■••>mm<^c^ent . Lr prince Ftr(iiD.ind était bien iDférienren force an fomti? de riTiïHfDt, mais il savait ce qu'il voulait; pre^st^ dt ïortir d-; l'étn^it espaiv oii il s'était hardiment avMituré. maL- 011 il anriit pu être écrasé par uu adiersaire pluï' hahil»-, entre les rives voisines du Hhiu et de la Meuse, il avait cairné, en man-haot par sa droiii? le loDfr de la Niers. lin terrain plus larse, choisissant toujours de bons p^>:tes, et menarant m-'me de couper la l'ominunif ation entre le camp de Xanten et celui de Rht inberg. l'n fauï mouvment de Tarmêe TraDvaiïe sur Issum lui donna l'ofcasion de s'étendre par sa jraucbe et d'occuper, le fJ juin, les haut>-urs d'Alpen qui commandaient la rummunicatioD même et qu'il fiUut lui reprendre. Le combat ne fut pas considérable, mais les troupi's, au témoignage du romtf de Clermonl, s'y portèrent o comme au b.il'. n Rien conmiandées, bien conduites, elles eussent fait des m'Tv..ilIes. Cependant, malgré le petit succès d'AIpeii. il fdlut par prudence rappeler à Rheinberg le Cûipî trop isolé et aienturê à X a 11 [en.
Lt; comie de riermont avait un projet; lui appartonail-il en pnipre, c'est-à-dire à lui et à Mortaigne, ou bien l'idée première était-elle \enue du maréchal de Bellc-!sie? a Je comjite, avait écrit le maréchal au prince, que M. le prince Ferdin;md ne tardera pas à Cire puni de son imprudente témérité et que Votre Altesse Sérénitsimc va mettre en œuvre tous les moyens pour le couper par la rive droite, tandis qu'elle t'acca-
I. Clcnijoiil a tnailaniv de Pompadour, 10 juin. Pat CIcnooDl, I71ig, t. )V, n. i!.
PROJET POUR LE PASSAGE DU RHIN. t«3
blera par la rive gauche; il ne sauroit ôtre en force des deux c<Més, et si son pont étoit pris à revers, que deviendroit-il s'il n'a pas la Hollande pour retraite*?» Un courrier, parti le 4 juin de Wesel, était arrivé à Versailles le 6, à dix heures du soir; la dépêche du maréchal, datée du 7, pouvait bien être arrivée le 9 à Rheinberg qui était en deçà de Wesel. Ouoi qu'il en soit, le 9, le comte de (Uermont écrivait au maréchal qu'il allait bien surprendre le prince Ferdinand, en allant passer le Rhin à Wesel* ; d'ailleurs il se bornait à cet avis, sans aucun détail. Le maréchal de Belle-Isle était assez riche d'idées pour ne point réclamer à propos de celle-ci, et assez patriote pour se livrer tout à la joie de la voir en bon chemin. « Le projet que Votre Altesse Sérénissime veul bien me confier, répondait-il au prince, me touche et me saisit; car 'si en effet elle réussit, tandis qu'elle est en présence avec le gros de sou armée, à faire passer de l'autre côté du Rhin un corps choisi de douze ou quinze mille hommes qui aille couper la queue de leurs ponts à la rive droite, que deviendroit >L le prince Ferdinand, sans aucune communication avec l'Allemagne'? » Ilélas! il y avait déjà deux jours que le projet n'existait plus; il avait à peine vécu vingtquatre heiures. Le prince, ou plutôt Murtmgne qui rédigea l'explication, donna pour motif de ce bnisque changement qu'en laissant sur la rive gauche du Rhin, pour manœuvrer sur la droite, Cologne en grand péril d'être enlevé par l'ennemi, on courrait soi-même beau-