‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 4 sur 422 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

terreur ! L'existence la plus éclatante et la plus active resserrée tout à coup dans Fombre d'une captivité légendaire et terminée, au bout de vingt ans, par une mort à laquelle la foule ne veut pas croire, quel drame saisissant ! Si, pour les familles dont la fortune, sans fondements anciens ni solides, a été trop rapidement faite par un chef heureux, le difficile est, non pas de se maintenir, ce qui serait un prodige, mais seulement de ne pas déchoir trop \ite et de ménager le plus doucement possible le retour à la médiocrité de leur condition première, qu'est-ce donc pour celles dont le chef brusquement frappé tombe soudain? Entraînées dans sa ruine, elles disparaissent avec lui ; non-seulement elles ne reviendront plus à la lumière, mais leur souvenir, leur nom même s'efiacera de la mémoire des hommes. Telle est la menace, tel est l'avenir désespéré que l'impitoyable écrivain présente et présage aux ennemis de Fouquet,, à ses triomphants successeurs.

Qu'aurait-il dit toutefois si, prenant pour ère la chute même du surintendant, il avait pu voir, à quarante ans de là, un petit-fils de Fouquet admis dans les mousquetaires de Louis XIV, au demi-siècle, le roi, persécuteur de son grand-père, vivant encore, ce même jeune homme déjà mestre de eamp général des dragons et brigadier, puis, sous le règne suivant, à soixante-dix ans de distance, lieutenant général, à quatre-vingts ans, miaréchal de France, ambassadeur extraordinaire, arbitre de l'Allemagne, puissant jusqu'à disposer de la couronne impériale, enfin, dans la centième année, depuis longtemps prince du Saint-Empire, duc et pair de France, général illustre, mourant

INTRODUCTtON. 3

au bout âa siède rért^ comme à une date btale, riche de »x mOlifiiB et œmiatre de ]a guerre? Qu'aunit-â dit? n eût aouteau peutrétre qu'un coocovrâ de circonstances inouïes, qu'uo exemple à peu près unique dans l'histoire ne suflisait pas pour que sa théorie Eût atteinte, mais ii eût certaÎDement remarqué que cette résurrectioQ prodigieuse des Fouquet a'avait aboulr en déSnitive qu'à une nouvelle et plus déplorable catastrophe, puisque après tant de génie, d'efforts, de succès acquis et d'espérances fondées sur ks mérites d'un héritier qui était la perfection même, le restaurateur de cette race était demeuré, par la mort de ce précieux et unique rejeton, le dernier survivant des Fouquet. Avec le comte de Gisors et le maréchal de Belle-islo la descendance du surintendant était irrévor^lement éteinte.

Charles-Louis-Auguste Fouquet*, comte de lîelle- Isle, était né à Villefranche de Rouergue, le 22 septembre 1 684 ; il était l'atné de quatorze frères ou sœurs qu'il vit tous mourir avant lui. Son père, Louis Fouquet, marquis de Belle-Isle, troisième fils du surintendant, s'.était condamné par prudence et pour dérober i la méchanceté d'un public malveiUant aux disgraciés sa tache originelle, à vivre dans l'obscurité d'une pe-

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