‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 414 sur 422 · HOMMAGE DE PARIS DUVERNEY · texte numérisé non relu

HOMMAGE DE PARIS DUVERNEY

ouvrage. Il rendit au maréchal de Belle-lsie le service de lui composer sa réponse * .

De tous les hommages rendus au maréchal de Belle- Isle et au comte de Gisors, à la douleur de Tun, à la mémoire de l'autre, le plus juste peut-être et le plus désintéressé ne venait pourtant pas de quelqu'un de leurs amis ; il venait au contraire d'un homme qui avait été bien des fois et qui était môme encore en opposition avec le maréchal de Belle-] sle. Voici cependant ce que Paris Duverney écrivait au marquis du Mesnil : « M. le maréchal n'a pas cessé de travailler, malgré la perte aflfreuse qu'il a faite. Je ne puis y penser sans en frémir. Falloit-il qu'une journée malheureuse pour tous fût marquée pour lui au coin du plus grand malheur qui pût lui arriver en particulier ! Quand M. de Gisors

1 . La minute de cette réponse se trouve , écrite de la main du duc de Nivernais, au verso do la lettre autographe de l'impératrice. En voici le texte : m Madame, je ne trouve point de termes pour exprimer à Votre Majesté Impériale à quel point je suis touché de la lettre dont elle a daigné m'honorer ; mais l'irréparable perte que j'ai faite et la douleur qui me pénètre pour le reste de ma vie, ne m'empÊchent pai de sentir tout le prix des bontés dont Votre Majesté me comble en cette occasion. J'ose dire. Madame, que mon malheureux fils est digne des regrets de Votre Majesté dont les rares et adorables qualités l'avoient pénétré d'un respect , d'une admiration et d'un attachement sans bornes pour votre personne sacrée. Ces sentiments, communs à tout ce qui a le bonheur d'approcher d'elle, étoient aussi vifs en lui quils peuvent l'être dans les personnes le plus 'particulièrement attachées à Votre Majesté, et il auroit. Madame, emplové tous les jours de sa vie à en donner des preuves par son zèle pour votre service. Pour moi , Madame, j'ai trop vécu, et cependant je remercie Dieu de m'avoir fait vivre assez pour voir la gloire du roi mon maître inséparable de celle de Votre Majesté. Je sacrifie le peu de santé qui me reste au service de l'un et de l'autre , et ma plus grande consolation dans le malheur qui m'accable est la jusUce que Votre Majesté veut bien rendre à mon lèle. Je suis, etc. »

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auroit ùU) k* sujet le plus médiocre, jf dis mènir ie plu^ mauvais, il étoit lils uuiqut- et lait des lors pour être refïretté ; mais c'éloii un sujet accompli. Feut-<»n survivre à une pareille douleur*?... »

La compassion de Paris Duverney était d'autant plus méritoire qu'il croyait avoir en ce moment- là même un motif sérieux et personnel d'irritation contre le maréchal de Delle-Isle. Le 23 juin, dans une conférence entre le maréchal, l'abbé de Demis, Crémille et Duverney, l'insuffisance du comte de Clermont avait été généralement reconnue, et par conséquent le choix d'un successeur mis en discussion. Le ministre de la guerre avait dit en propres termes que a la cour, la province et l'Europe entière sembloient désigner M. le maréchal d'Estrées ; » sur quoi Duverney, dont Topioion paraissait être attendue avec beaucoup d'intérêt par les autres, s'étant réduit à quelques paroles vaguement obligeantes pour le candidat de M. de Delle-Isle, la conversation s'était portée sur d'autres objets. Le 26, était arrivée la nouvelle de Crefeld; le 27, Duverney, mandé de nouveau à Versailles, avait trouvé les mêmes personnages réunis dans le cabinet du maréchal ; pressé par eux de ne pas reUirder plus longtemps le voyage qu'il avait promis de faire à 1 armée, il ve-

1. 4 juillet 1758. Correspondance DuTerney-Dumettil , n** 104.

CONTRE l.K MARECHAL I) ESTREES. :»07

nait de lixcr son départ au samedi 1" juillet, lorsque, dans quelques paroles de Tabbé de Bernis, il crut dé* mêler que le maréchal d'Ëstrées avait été, à Tinsu de lui, Duverney, mandé à Versailles. Presque aussitôt il se leva, fit un signe à Crémille, sortit avec lui du cabinet du ministre et lui déclai'a que si le commandement de Tarmée du bas lUiin était rendu au maréchal d'Estrées, le gouvernement ne devait plus compter sur son départ, a M. Duverney, c'est lui-même qui parle, revint le môme soir à Paris et eut pendant la nuit une vapeur si violente qu'à quatre heures du matin il écrivit à M. de Crémille qu'il ne devoit plus penser à aller à l'armée. » 11 revint cependant encore, le 29, à Versailles; on lui parla clairement cette fois ; l'abbé de Bernis lui dit expressément qu'il n'y avait que lui qui s'opposât à la nomination du maréchal d'Estrées. Duverney s'humilia beaucoup, répondit qu'il n'était pas dans le cas de s'opposer à de pareilles choses, mais ne fit pas la moindi'e concession favorable au désir évident des deux ministres. Tel était l'empire exercé par ce personnage qu'on n'osa point passer outre ; le maréchal d'Estrées, qui savait par une expérience chèrement acquise ce que valait la haine d'un pareil ennemi, sauva du moins sa dignité personnelle et tira d'une situation embarrassante Louis XV et son ministère, tenus en échec par le seul Paris Duverney, en alléguant le mauvais état de sa santé qui ne lui permettait pas de monter à cheval. Quel triomphe pour Duverney ! Il devait étouffer d'or-^ gueil, et cependîint, le croirait-on? son orgueil souffrait. Tout aulre témoignage que le sien paraîtrait peu vraisemblable ; il faut le citer lui-même : « M. Duverney a été blessé qu'on l'ait exposé à partir, malgré le projet

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