‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 421 sur 422 · L'é<4iange de Bellc-Isle · texte numérisé non relu

L'é<4iange de Bellc-Isle

2. Une Qjinule de cette lettre , avec des corrections de la main ilu maréchal, se trouve à la fin du t. 3549, n» 208. D. G.

JUGEMENT DE DUVERNEY SUR LE MARECHAL. ol7

lorsque le maréchal de Belle-Isle mourut, le 26 janvier 1761, ministre de la guerre et en possession, pour ainsi dire malgré lui, de ses grands biens. Le 18 février suivant, Paris Duverney, plus équitable à son égard que beaucoup d'autres, écrivait à jM. de Chavigny, ambassadeur du roi en Suisse : « Le maréchal de Belle- Isle a terminé une canière brillante qui lui auroit peutêtre fait plus d'honneur, si, après la mort de son fils, il avoit remis au roi ses grands emplois. On lui a su peu de gré des sentiments patriotiques qui l'ont déterminé à rester dans le ministère après un événement dans lequel il perdoit tout. On a pris pour ambition ce qui pouvoit être chez lui un sentiment beaucoup plus noble ; on s'est lassé de son prétendu dévouement, et s'il avoit vécu deux mois de plus, peut-être n'auroit-ce été que pour se voir forcé à prendre un parti que la raison et son âge auroient dû lui faire prendre après l'affaire de Crefeld. On dit qu'il laisse de grandes richesses; si cela est vrai, les gens qui le connoissent bien n'en seront que plus fondés à croire qu'il étoit indéfini en tout. Au surplus, il est certain qu'on ne peut pas arriver à de si grandes choses sans de grandes qualités *. »

Le maréchal de Belle-Isle était de l'Académie française ; il y eut pour successeur l'abbé Trublet, et ce fut le duc de Nivernais qui eut précisément à répondre au récipiendaire '*. 11 y a dans son discours un passage qui mérite d'être cité à la fin de ce livre, parce qu'il en est la meilleure conclusion et le résumé le plus exact. Le duc de Nivernais venait de montrer le maréchal de Belle-

1. Correspondance Duvcrne^-Belle-Ule , ii(> 103. 3 . Le lundi 1 3 avril 1 7 G 1 . Œuvres posthumes du duc de ^'iventais, l. I«r, 2« parUe, p. 08-00.

518 DISCOURS DU Dl-C DE NIVERNAIS.

Isle a persuadé que les bieufaits de la patrie sunt toujours sans proportion avec les ser>ices qu'on peut lui rendre, » et préoccupé de la dette qu'il avait contractée envers elle, a J'oserai dire ici, ajoutait l'orateur, qu'il i'avoit pleinement acquittée, cette dette immense, eu donnant à la patrie, à la mire commune, un tils \Taiment digne d'elle, en cultivant, en perfectionnant par une excellente éducation son excellent naturel, en IViivoyant chez les nations voisines concilier à la jeunesse Françoise la bienveillance des étrancrers, en le rendant susceptible de l'estime publique dans un âge qui u a droit d'aspirer encore qu'à de l'indulgence. Ce tils si

cher étoit devenu mon fils ilélas ! je n'ai joui qu'uu

instant de cette heureuse adoption. Arraché d'entre nos bras par une mort aussi prématurée qu'honorable, ^'il est vrai que la durée de la vi^ doive se mesurer p;u* son usage, il a vécu assez, puisqu'il a eu le temps d'acquiv rir du mérite, d'obtenir de l'estime, d'atteindre inéme jusqu'à la réputition : consolation suffisimte pour lamour-propre, peut-être pour la philosophie, mais bien foible pour le sentiment. Je ne reconnois que trop cette affligeante vérité qui me force au silence, et je sens qu'il est des plaies qu(; le temps ne cicatrise pas assez pour qu'on puisse jamai^ les touchi-r sans les rouvrir, j»

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