MADAME PITT
chait même au gouvernement par sa charge de payeur général de Tarmée; mais il affectait de se tenir à l'écart et d'être en bons termes avec Topposition. Cette affectation d'indépendance était encore plus marquée dans la conduite de madame Pitt. A cet égard, il y a un curieux témoignage du comte de Gisors. Un soir, après avoir accompagné la dame à l'Opéra, il était revenu souper en compagnie chez elle. Comme il témoignait le désir d'assister à une séance de la Chambre des lords : a C'est inutile, dit madame Pitt, il n'y a rien à voir; les lords en général ne font rien du tout. Il est vrai que la Chambre des communes ne fait guère plus de besogne, qu'elle laisse tout aller au gré du ministère et que les bills les plus contraires au bien public passent à peu près sans opposition. » — « Ce langage de la part de madame Pitt m'a paru singulier, ajoute le comte de Gisors; mais, un moment après, j'en ai su la cause; à propos de quelques plaisanteries qu'on lui faisoit en anglois et que je ne comprenois pas, elle m'a déclaré qu'on l'accusoit d'être jacobite et qu'elle Tétoit en effet... Elle a plaint le sort des seigneurs qui avoient perdu la vie dans le temps de la rébellion et exaltoit beaucoup le courage avec lequel ils avoient subi la mort... Milord Ilubbard se tuoit à me dire que madame Pitt étoit la seule jacobite qu'il y eût dans Londres, et elle soutenoit opiniâtrement qu'il y en avoit bien d'autres ; cela dura assez longtemps *. » Mais le plus curieux de la scène c'est l'attitude de M. Pitt qui écoute le débat sans y prendre aucune part. Deux jours après, à la fin d'un dîner, au moment des toasts, le duc de Grafton expli-