FREDERIC II ET LE COMTE DE GISORS
davantage. L'un des officiers envoya prévenir le général-major de Buddenbrook, premier aide de camp, qui fit répondre que la présentation donlil faisait son affaire allait avoir lieu presque tout de suite avant midi. M. de Gisors n'eut que le temps de se rendre au château, laissant au chevalier de Keralio le soin de fermer sa lettre au maréchal de Belle-Isle, en y ajoutant en postscriptum l'annonce de cette péripétie.
De retour à son auberge, il reprit la plume : a Je profite d'un instant que j'ai encore avant le départ de la poste pour vous rendre compte des bontés dont j'ai été comblé de la part du roi et des princes ses frères. En conséquence de ce que vous a mandé M. le chevalier de Keralio, je me suis rendu à onze heures et demie au château où M. de Buddenbrook, adjudant de Sa Majesté, m'a répété qu'il falloit absolument que je fusse présenté ce matin, et a bien voulu s'emparer de moi. Au bout d'une demi-heure, le roi a paru, sans me donner pour ainsi dire le temps de lui faire ma révérence, est venii à moi, m'a dit qu'il vous aimoit beaucoup et que tous les plaisirs qu'il pourroit me faire il me les feroit ; il m'a demandé ensuite des nouvelles de votre santé avec l'air d'y prendre intérêt. Je lui ai répondu que vous étiez un de ses plus respectueux admirateurs et lui ai demandé la permission de lui présenter vos respectueux hommages, contenus dans une lettre dont vous m'aviez chargé. Il l'a reçue avec beaucoup de grâce, m'a encore parlé de vous et ensuite s'est allé mettre à table où on m'a fait prendre place vis-à-vis de lui. Il m'a fait l'honneur de m'adresser la parole presque pendant tout le repas, parlant très-favorablement de tout ce qui pouvoit avoir rapport à vous