LEÇON DE FRÉDÉRIC
Ri le maréchal de Neipperg avait eu raison d'observer que le roi de Prusse ne s'était jamais abandonné à la poursuite de Tennemi battu, par égard pour le bon ordre de ses troupes dont il aurait craint par-dessus tout de déranger l'ensemble. « Mon cher, répondit le roi, le maréchal me fait beaucoup d'honneur; je ne m'éloigne pas du système qu'il me suppose, mais la vraie raison pour laquelle je n'ai pas suivi les ennemis, c'est que je ne me suis jamais trouvé des provisions assez abondantes pour marcher en avant. D'ailleurs la première bataille que j'ai donnée est celle de Mollwitz^ Il régnoit dans nos troupes beaucoup de volonté, un grand fonds de discipline, mais peu avoient fait la guerre. J'étois absolument novice, et le maréchal de Schv^erin, le seul en état de me bien guider, étoit alors brouillé [avec moi] ; sans lui j'étois perdu ; lui seul a réparé les fautes et gagné la bataille. Nous étions cette fois trop heureux de n'être pas battus pour pousser au delà notre ambition. A Czaslau, je suivis, autant que je pus, les ennemis avec mon infanterie sans vouloir la débander. A la vérité, si ma cavalerie n'eût pas été dans le désordre que je vous ai dépeint tantôt, je l'eusse poussée en avant, mais les têtes n'étoient pas assez rassises pour leur confier une pareille besogne.
a 11 faut, monsieur, que je joigne toujours l'esprit de conservation à celui de conquête et que je ne hasarde jamais rien, n'étant pas, comme la France, en état de supporter de grandes pertes. Des places fortes en Flandre, le Rhin du côté de l'Alsace, les Alpes d'un autre, enfin les ressources infinies que fournitrintérieur