IJO OPINION DU DUC DE NIVERNAIS
en voyant quelle attention le premier personnage parait donner à ce jeune homme, et dans celui-ci quelle intelligence semble animer toute son attitude , on Tétudie à son tour et Ton ne s'étonne pas de le voir à côté du roi victorieux, comme Télève à côté du maître.
Le maréchal de Belle-Isle avait trente-deux années de plus que le duc de Nivernais ; en donnant sa fille au comte de Gisors , le duc était devenu lui-môme un membre de la famille, et il aimait à se dire plaisamment le fils aîné du maréchal ; de même la fille aînée, c'était la duchesse de Nivernais, a Notre père qui êtes à 51e tz, écrivait le 20 juillet 1754 le duc au maréchal, je vous présente mes tendres hommages. . . J'ai écrit hier à votre véritable et charmant fils une lettre de trois grandes pages où je le prépare aux voyages du Nord dont je lui détaille tous les agréments et les utilités. Je crois que les perspectives sous lesquelles je lui montre cet allongement de voyage ne lui déplairont pas, et peut-être môme ne lui seront-elles pas inutiles. C'est tout ce que je désire en vérité que de pouvoir lui être bon à quelque chose dans le courant de ma vie, et vous devez, monsieur le maréchal, en être bien complètement persuadé. Je ne vous parle point des nouvelles publiques.. . Cela me paroît bien froid après les objets dont je viens de vous entretenir; j'aime mieux vous supplier de nous mettre tous, père, mère et enfant, aux pieds de madame la maréchale, où nous lui demandons sa sainte bénédiction. Vous qui n'êtes qu'adorable et non pas saint ,
SUR LES VOYAGES DU NORD. Mi
je me borne à vous supplier, monsieur le maréchal, de m'honorer toujours de votre estime et de votre amitié * . » Presque en même temps, le chiirgé des affaires du roi en Saxe^ écrivait de Dresde au maréchal : a J'ai fort exhorté M. le comte de Gisors à pousser son voyage du Nord jusqu'à Varsovie. Une diète polonoise a quelque chose d'assez singulier pour mériter qu'un voyageur se donne la peine de faire cinquante milles pour être au fait d'un gouvernement qu'on ne peut se représenter sans l'avoir vu '. • Le jeune comte avait grande envie de faire cette pointe en Pologne et mêmes ces voyages du Nord, c'est-à-dire en Suède et en Danemark, dont lui parlait son beau-père. Pour ceux-ci, le maréchal de Belle-Isle hésita d'abord, parce que l'hiver approchait et qu'il craignait d'envoyer son fils dans les plus froides régions de l'Europe en affronter les plus grandes rigueurs. Le duc de Nivernais avait autant de lettres que le docteur Maty : a Quelque chose qui arrive , répondait-il aux objections du maréchal, je dirai comme Pope, que cela est bien. Si notre enfant ne va pas dans le Nord, je le reverrai plus tôt et j'en serai enchanté pour moi; s'il y va, je le reverrai plus tard, mais plus instruit, et j'en serai très-aise pour lui. Ainsi je ne puis tomber que sur mes pieds et m'en remettre à la providence de Dieu, à la vôtre et à celle de madame la maréchale ^ »