tfi COttTE 0E GtïGâÉ
B^étant retiré 4iscrètement lorsque le roi tint gd ratsseok près de Madame, tint son regard fixé sur eux, dans Te^ir de deviner, aux mouveilients de leur physionomie, ceux qœ les agitaient secrètement.
A mesure que le front de la princesse devenait plus serein, Armand croyait entendre ce que disait le roi pour sa justification, et cette raison commune à tous les infidèles, qui consiste à faire croire que le nouvel amour dont on s'effraie est une ruse pour mieux cacher Fancien. En ohmvaut ainsi Teffet des paroles du roi, le comte s'avouait arec douleur qu'elles effaçaient complètement la faible impression que les siennes avaient pu produire dans l'esprit de Madame.
— N'importe, pensa-Wl, elle sait que je l'aime, et si elle l'oublie en ce motiient, l'inconstance du roi le lui rappellera bientôt.
Et n'espérant que dans cette inconstance, il continua son manège auprès de mademoiselle de la Vallière.
La coquetterie du roi envers la plus modeste de toutes i^ filles d'honneur de la cour avait éveillé Tambition des autres. Mademoiselle de la Motte-Houdancourt, protégée et conseillée par la comtesse de Soissons, montra un tel désir de plaire au roi, qu'il n'y fut pas tout à fait insensible. Il en résulta de certains rendez-vous nocturnes qui^ engagèrent la duchesse de Navailles à faire poser des grilles pour empêcher toute communication par les toits des chambres des gentilshommes à celles des filles d'honneur. S'il avait régné quelque incertitude sur la personne que cette mesure contrariait le plus, la disgrâce où toniba la duchesse de Navailles l'aurait bientôt fait cesser.
Louis XIV, trop jeune pour se contraindre, fit appeler le duc de Navailles, et se plaignit vivement à lui des ordres que donûait sa femme dans les châteaux royaux, et de la peine qu'elle prenait de mettre sous les verrôtis la vertu des filles d'honneur , sorte de précaution très-âcaûdaleu&e, qui les compromettait bien plus que leurs prét<>udue8 faiblesses. Cette aventure fat à peine connue du comte le Guiche, qu'il courut aussitôt la raconter à mademoiselle de la Vallière. Elle s'en désola. Alors Armand lui fît entendre que le roi ne se livrait à cette distraction, que découragé par la résistance qu'il trouvait pès d'elle. C'était la vérité
d plu» 4aflgeEeîwe qu'elle pût entendre. Elle voiflut s'eu 30avaiûcre; et jce désir la mena bientôt à devepip h mnie la plue maUiQur.ei;i3e et la plus enviée de toute la
Vue d^ rares bonnet fortunes de l'aosiQur malheureux et, «ans contredit, de Toir 8€(Q rival publiqu^sient ridicul<a. ie plaisir, L^uis XIY le donna au comte de Guiobe, qui eu ouit dans toute sa plénitude.
Le jour où le ballet des Saisons fut dausé à Fontainebiew [evaat toute la cour et le nouvel ambassadeur de SuMe, 3 comte de Tôt, Armand profita de l'intervalle d'une eunée à l'autre pour complim^oiler Madame sur le bon goût e son costume, ei. sur tout ce qu'il ajoutait h l'éçiat de sa eauté.
— Mais il me semble, r^^dit modestement la princesse, ue les autres costumes sont aussi jolis ; le vâtre, quoique lès-simple, est charmant. Gomment trouve^-^vous c^ui du
oi? ,
— Mon respect me défend de le dire, madame.
1— C'est assez donijer votre avis, reprit-elle en riant — 11 est certain que 3i Sa Majesté avait daigné me charger e lui choisir un rôle et un costume, je ne l'aurais pas baillé autrement. Cette robe de Cérès lui va divinement, et j voudrais savoir ce qu'en pense le comte de Tôt ; il doit tre, ainsi que tous les ambassadeurs, bien sensible à cette olitesse délicate quia porté le roi à paraître devant eux en éesse de l'Abondance plutôt qu'en Mars.
— Youlez-vous bim voujs taire, dit Madame, avec une au- ►rité bienveillante ; si l'ou vous entendait, on pourrait X)ire...
— Qu'il voiis plaît, ivoilà tout ; et l'on aurait raison, car la préférence de Votn^ Altesse résiste à l'aspect de cette
lascanide, et à tout ce que l'état du premier rôle y ajoute 5 burlesque, elle est ijnpçrtwM^Ie ;et sera étemelle, la'cntpé? de t6am m\ ito h <$f)s ,ii^0e:$4Qns ; mm qU^
iSO l'E COMTE DE GUIGKE.
■étaient trop seîîsées, et trop justement malignes pour ne -nas frapper l*esprit de Madame ; cependant elle les aurait fort mai accaeillics, si la féconde Gérés ne s'était pas beaucoup trop occupée de la nymphe la Vallière. Mais dans la fumiliarité qu'efigendre la danse théâtrale, le roi, après avoir. Tol tige d'une nymphe à l'autre, s'arrêtait toujoui-s près de la môme, et BKidame ne pouvait plus se faiie d'illusion sur la nature du sentiment qui attirait sans cesse la déesse de la moisson près de la plus naïve des nymphes de Diane.
La première censée d'un cœur qui s'ouvre à la jalousie, est toujours d'mfliger le même supplice qui le torture ; aussi Madame fut-elle, pendant cette soirée, fort coquette envers le comte de Guiche. Sans se ftiire illusion sur ce qui lui valait tant de charmantes agaceries, le pauvre heureux en perdit la tête. Jamais on ne l'avait vu plus gai, plus aimable ; on en conclut qu'il avait fait de grands progrès sur le cœur de Madame. Lui-même, trompé par de si flatteuses apparences, par de si douces paroles, ne pensa qu'à se ménager l'occasion d'en entendre souvent de semblables. Il feignit un mal de poitrine d,ont son docteur fut dupe au point dé lui ordonner de parler fort peu et à voix basse, ce qui l'autorisait à s'entretenir avec Madame, sans être entendu des personnes qui l'entouraient ; cette ruse, qui exigeait une attention continuelle et un silence difficile à garder, amusa d'abord Madame et finit par l'intéresser. Elle en témoigna une reconnaissance qui parut fort tendre.
Alors l'attention la plus malveillante seporta sur le comte de Guiche; la crainte de le voir profiter du dépit de Madame arma contre lui toute la cour et principalement la reinemère qui sollicita son exil. On l'accusa d'oser donner de l'ombrage à Monsieur, à ce prince qui le comblait d'amitics ; on lui fit un crime d'abuser du droit que lui donnait sa faveur aux et Tuilereis et au Palais-Royal pour y entrer à toute heure ; l'affection subite que témoigna Madame pour la sœur du comte de Guiche, nouvellement mariée au duc de Valenlinois, prince de Monaco, confirma le public d« cour dans ridée du triomphe du frère de la duchesse.
La reine-mère, qui haïssait également le frère et la sœur persuada au roi q'uil devait, à l'honneur de Monsieur, d'éloigner M. de Guiche de Ja cour, et le comte reçut l'inyi-
LE COMTE DE GUIGHE. m
tation ou plutôt Tordre de se rendre immédiatement dans ses terres. •
Cet ordre, qu'il aurait bien voulu mériter, ne Taffligéfe pas autant qu*on Tespésait : Madame sayait seule à quel point Tarrêt était injuste, et c'était rendre Armand intéres- * sant aux yeux de la priQcesse que de le punir d'un» crime qu'il n'avait point commis.
Certain de la voir sensible à la disgrâce qu'elle lui attirait, il se rendit chez Madame muni de la lettre offlcielle qui le condamnait à l'exil, et réclama l'honneur de la saluer avant . son départ. Il la trouva avec la duchesse de Vîjentinois qui s'exhala en imprécations contre la reine mère, et devina sans peine la part que la Vieille Majesté avait dans cet acte de rigueur. Pendant que la duchesse exprimait, dans sa colère, les mêmes sentiments qu'inspirait à la jeune princesse le despotisme rigoureux de sa belle-mère, Armand gardait le silence, et, les yeux fixés sur le charmant visage de Ma^ dame, il semblait se repaître de cette ravissante image pour l'emporter plus vive dans son cœur. Ce regard magnétique^ cette attitude à la fois digne et résignée, cet adieu muet, jetaient la princesse dans un trouble dont elle tenta* de sortir ens'écriant : •
— C'est une infamie, une méchanceté directe envers moi ; c'est laisser supposer à toute la France, que dis-je, à l'Europe entière, que j'ai encouragé un sentiment, une conduite réprébenpibles, et vous n'êtes là-dedans qu'un prétexte pour me persécuter.
— J^en ai peur, dit le comte en soupirant.
— Mai», qu'on ne s'y trompe pas, reprit-elle avec véhémence, si j'ai supporté patiemment jusqu'à ce jour les sermons de la duchesse de Navailles et les avis menaçants de la reine-mère colportés par la vieille favorite (I), c'est qu'au fond ils se contentaient d'être ennuyeux. Mais à présent que les procédés deviennent offensants, je dois les ressentir cqmme il convient, et en montrer toute mon indignation.
— Votre Altesse a mille fois raison, dit la duchesse de Yalentinois. C'est parce qu'on l'a déjà contrariée trop soiiyent impunément qu'on croit pouvoir régner dans sa cour
(1) Madame de Kottevlle.
en chasser t^s les geas qiû.raausjdAt.: etaeb ^ous pré texte qu'elle en est adorée : en vérité c* st vouloir la r^ duire à une sditude insupportable. Le roi ne iWiurait pe> mettre un abu^ semblablq, et je suis certaine qu'un mot de vous, Madame, suffira pow* éclairer le roi sur les CQi\jectur«5, .les caquçts auxqu^l8 donnerait lieu x^jBte^yl, Qt^emoii frère ne partira pas.
— Psgr griLCQ, madamQ, n'écoutez point ma sœur. Son amitié, son ressentiment l'aveuglent sur votre intérêt, e^ >si j'osais, je dirais sur le mien; car la. moindre résistance à rautorité de la reine e» cette circonstance redoublerait ^ tii^imjosité, jet Dieu sait ce qu'on en doit attendre. A la imaitfère dont elle traite les geps qu'elle t amnistie, on peut ce fidre une idée de ce qu'elle ré^rve à ceux qu'elle déteste. 4'ai le malheur d'être^ ce nombre, et le souveoir du sort 4e M. de Fargues engage à la prud^m^. C^nda^i, je braverais sa malveillance si e^e s^'arr^tait k moi; imsâs elle ne .craint pas de s'âdrQSâer plus haut; ^ sila priaacesse daigne 'm'en croire, lelle ^e. ^ei^^ioa^r^ p^& à|la vengeance de cette ex.QeUent|e dévote.
-^ Mais que yortroa rpepser 4e .voire départ «i^bit? demanda Madame ; que répondre à ceux qui en vpudront 8a-
.^ir la cause? '
-- Que vous J'ignorez, madam^ç.
-r. Ah! vrîiiment, sécria la duch^sae^ Voili»iMi bejmmïSr ,]tère. le parie que l'ej^l 4e mon fr0r^ ost ^éjà la nouvâle de tout Paris : la reine-mère n'est pas fep^o^ à l'avoir obtenu sans s'en van^.
rr- liaison de pjluç po^rler^^ihir ^Mia QC^i^r 4U^^^ si du .moi9s l'emportais, lui regret» dit le.iHHato d'iui sicc^al pi^ ^étfé,
r- Ypus qui f^t^ la jc^e 4e ii(^ca$iar, iit itodanM « .âlud^ut la pensée d'Arp^pcLi vous m pmi^i^: dmter tfj 'itre fort regretté, et je m m^ V9s cmuneoit Mourut ^ra pour èuppoi^ter v^tr^ ahsepAcu Jl ert telteonent w> coutume à votre gaieté, à votre esprit. J'ai bien .^vie él
Jfengage^ à ^Hioiter ixk.m la ÀvpQatîoii âa cet ordre toigne,.
>r It'on feite3 mn^ wddm, je joa.Bausiisarédamwli protection de Monsieur dans cette occasion, je suis trop honnête homme.
—f Songez âduc que cet exil me frappe plus que voubJ «—le ne lui en demande pas tant, madame ; mais il vous fplâl^y et cela ma console ; vous m'avea habitué à me conater de sijpeu!
— Pauvre Armand! s'écria la ducheice de Valentinoifii, îloigner db nous au m/oment où le prochain voyage du L sdlait nous donner quelque loisir. H faut absolument ire commuer sa peine. Qu'il reste quelque temps à la cnpagne, à dix ou douze heures de Paris, chez madame
Chalais, par exemple.
— Non! dit vivement Ma:dame et d-un ton qui fît batte cœur d'Armand; car madame de Chalais cachait mal
n amour pour lui. Non, répéta .la princesse, en cherchant réprimer le mouvement qui Pavait portée, malgré elle, à tourner le comte de Guiche de ce projet. Ce serait comomettre madame de Chalais, indisposer la reine et le roi ntre elle... on- me forceraità ne plus la recevoir. ...et cela B brouillerait avec le duc de Marmoutiers (1). Toutes ces mauvaises raisons, données pour cacher la -aie, remplissaient Pâme d'Armand dJun espoir inconûu ; mais il n'avait éprouvé rien de comparable à ce que cette eur produisait sur son âme.
Bile ne veut pas que je soîS:p]^ès d'une femme qui m^'aime, însa^t-Q ; que de choses dans .cette djêfënseLAlors, s'ef* rçant de dissimuler sa joie au moment d^ne séparatiau wdoureuse, il pria la duchesse, de Valentinois de Paban- »nner à son malheureux sort. Seulement, il conjura la 'emière de permettre à Pautre de lui écrire exactement i qui se passerait à la cour ide la princesse, car pour celle a roi, ajouta-t-il en regardant Madame, elle ne m'intéresse ae relativement. 11 est facile de prévoir que mademoiselle 3 la Vallière jie feya point d'iuQdélité au roi, et que* cet nour-là durera tant qu'il s'en fera un plaisir, et elle ua onordfi. L'emporter sur Je paradis^ c'est un beau ^uceè^» [>nt le roi lui-même peut être filer; et jamaù le nôtre n'ea lUira aussi longtemps que je le souhaite. Pourquoi tout te imide Ji'en est-il pas aussi heureux que moi?
— Vous conviendrez qu'il faudrait avoir de la sensibilité djDeate pour s'en afOiger, dit Madame avec.une indiftë*
(1) Père de madanys^di Qialaic.
rence affectée, et qu'un hommage tombé si bas perd beaucoup de sa valeur; mais ce qui n'est pjis tolérable, c'est d'être le manteau qu'on choisit pour couvrir une si misérable intrigue, et je suis bien décidée à ne pas servir plus longtemps de prétexte à...
En cet instant mademoiselle de Montalais (1) entra précipitamment pour annoncer le roi, qui causait dans la galerie avec le comte de Brienne en se dirigeant vers l'appartement de Madame.
— Sortez par ici, dit mademoiselle de Montalais au comte &a lui montrant la porte qui conduisait aux chambres des femmes de la princesse.
— Pourquoi priver le roi de mes remercîments, dit le comte en riant? Je serais charmé de lui laisser voir ce que m'inspirent ses bienfaits, et à moins que son Altesse ne me l'ordonne...
— Oui, sortez, je le veux, dit la princesse fort troublée,..; il ne faut pas qu'il vous trouve ici...
— Ah! ces derniers moments qu'il me vole lui assurent ma. haine, s'écria le comte d'une voix étouffée par la colère.
— Ingrat, il n'a jamais tant fait pour vous, dit la princesse en tendant sa belle main au comte qui la pressa sur ses lèvres tremblantes. Et il s'enfuit le cœur plein de regrets et d'ivresse.
Le roi venait apprendre à Madame les motifs qui l'avaient contraint à sacrifier le comte de Guiche à la volonté delà reine-mère et à la jalousie de Monsieur; il prétendait avoir trouvé ce dernier tellement exaspéré par les bruits que répandaient les ennemis du comte, qu'il était prudent d'ôter pendant quelque temps au prince la possibilité de rencontrer le comte de Guiche.
— Armand est impétueux, ajouta le roi, trop franc dar-
(1) Fille d'honneur et confidente ôe X&damo.
LE €OMTË DE GUIGHE. 185
îs manières, ironique dans ses discours, j'en sais quelque lose, . et je crois qu'en cette circonstance ma mère lui a indu service en sollicitant son éloignement de la cour. 3 fait est qu'il laissait trop voir le plaisir qu'on trouve à )us aimer.
— On s'en lasse si vite, dit Madame d'un ton amer, qu'on irait pu attendre quelques jours avant de sévir contre un ime qui ne m'est pas prouvé. En vérité, je ne conçois pas le Votre Majesté ait mis tant de complaisance à seconder s méchants projets de la reine mère contre M. de Guiche,
que vous n'ayez pas reconnu, Sire, dans les plaintes , s soupçons de Monsieur, toute la peine qu'elle preûd )ur perdre le malheureux qu'elle déteste. Gependamt 1 ne pouvait le disgracier sans laisser croire que j'avais icouragé ses sentiments, et cette considération aurait ï...
— Croyez qu'il a fallu des motifs graves et qui vous inressent particulièrement pour me porter à cet acte sévère, iterrompit le roi d'un ton sentencieux, et ne m'obligez is à yous en dire plus que je ne le dois.
Alors voulant détourner la conversation, il parla de son -ochain départ pour Nantes, et des fêtes que le surintenmt préparait à Vaux pour l'y recevoir.
On sait à quel point la magnificence de ces fêtes, qui ^passaient en luxe toutes celles de Fontainebleau, déplut Louis XJV, et de quelle manière il paya cette hospitalité îsplendissante.
Le lieu d'exil du comte de Guiche n'ayant point été désiaé; Armand profita de cet oubli pour aller s'établir dans u quartier retiré de Paris, où il serait du moins à portée es nouvelles qui l'intéressaient; il avait déjà fait l'expéience de la facilité de cacher sa vie au milieu des agitaions de cette grande ville, où chacun est si occupé de soi u'on n'a pas le loisir de s'inquiéter des autres. Il confia eulement le secret de sa retraite à trois amis, dont deux perfides, proportion fort commune à la cour.
Le marquis de Wardes, premier en titre, avait toujours sur le cœur l'avantage remporté sur lui par le comte de Guiche auprès de Marguerite, et il nourrissait un désir de s'en venger, que le porta jusqu'à sacrifier sa liaison avec la belle comtesse de Soissons, en affichant une passion
LK CDmB DE 6UlCff&;
effrénée peur Madame. Le moyen était ingénien:^ en ce qu'il permettait airmarqms de médire^ san^ pitié' de son ami, tant la rivalité rend tOHt excnsable.
Le second aihi, qni avait' dû ^onser mademoiselle de Gramont, avant qu'on la donnât au prince dQ Monaco, et qui en était resté amoureux fou en dépit du^ mariage, se constituait ami du frère pour rester radorateurdejia sœur. Xl'était le marquis de Péguilin, d^uis dujB de. liaunm, jeune seigneur, cadet de famille et par cons^ent santt fortune.
Cousin du comte de Guichè et jaloux de ses succès ea tous genres, il passait sa vie à le flatter et à le desservir.
D'une ambition qui Ta conduit à la dis^âce, M. dè^ Lanom ne croyait pas qu'on pût parvenir à rien sans fa protection et l'amitié de l'homme le plus à la mode à là cour. Aussi son dévouement pour Armand avait-il été sincère touf le temps que dura la faveur du comte. Mais* anjourdliui que le roi se montrait envieux de ses succès, et Monsieur jaloux de l'amour qu'il lui soupçonnait pour Madame, il n'y avait nul profit à rester sou ami, à moins de se rento utile en» eenservunt assez de sa confiance pour pouvoir traMr ses seerets; Cette idée diatoGqoe maintint H. de Lauzun dans ses baMtudes^ d^mitié envers' sor cousin.
M. de Manieamp, le seul qui aîmât^ véritablement M. ifi Gincbe, était œlm qui avait le moins de crédit sur son esprit; tant il est vrai qu'on n'est séduit que par ce qm trompe. Lorsqvelas de se renfermer- dans son faàboui^, Armand cberchait' l» société, fl tilteit sous le capuchon dhim frère-4ai voif ses sanis' de Porfr-Royal ; là, mettant son ins** tructicHi à: profit, it traitait avec eux les sujets les* plus graves; imts, suivant Nicole et Armand dans le potager, il s'emparait, de leur bêche et plantait avec eux les l^uanr destinés à les nourrir.
Qui avpftit soupçonné le brillant comte de Guicïre àsns cet asile austère? Qui l'aurait reconnu au milieu de ces spirituels religieux qui disaient : Si llermifese est triste, les ermites ne le sont pas (t), et dont les jors se parta-' geaient en études profondes et en travaux grossiers? Mais
i) BUtoir» &a Port-RoyiilJ
ht CWMfE «E GÛtCHÉ. tfft
le caradtère français Se prête plus que tout autre à ces aoutttfttèsvlè cofllte deôttiche lui-même ^ail utt modèle en' Œ^genïiB^ et satalt se rettdrè ^lemeffft dîgue de Tamitié de Pascal et des coufidefices du dtic de LauîJtiii.
Mad^ôiselle de Moiïtalais avait promis an comte de Guiche 'de le léftirau côuratit des ététnements de la cour. C'était uue fflte spirituelle, très^nomauescïue, à qui le besoin d'agir itispirait souvent les idées les plus foliés; lé hasard nepou-^ vait placer près d'une» jeune prineesse une confidente plus dangereuse, car elle aimait Tinfrigue pour Tunique plaisir d'intriguer, sans arrière-pensée dhntérêt, et avec tout le courage, la persévérance qui accompagnent ordinairement les sentiments nobles; Taud^ce, Timprudence, dont elle faisait preuve cbaque jour, la faisaient souvent blâmer par Madame, mais jamais suspecter. Comment se méfier d'une Eflnie dont la perte est inliéreïïte'à la non-^féussîte du conseil qu'elle vous donne !
Avec ce caractère on s'appttqcteâ côHnaUre celui de la personne qui est l'arbitre de votte sort,, et mademoiselle as Montalais sut bientôt ce qu'on pouvait exerter d'empire ^rl'espïlt coquet et le coeur affectueux de Madame; elle pressentit que, justement offensée de la subite inconstance dtrroi, et^pttts encore du moyen empldyê ponr dotmer lo change stffoe mnxvel amour, la princesse ne résisterait pas attpkîsirde prouver au roi, à la cour et à elle-même, (Qu'elle avait assez de charmes pour captiver l'homme lephis beau, fe plus spirituel de tous ceux dont on se disputait l'hommage. Mademoiselle de Montalais pensa que sa maîtresse, poussée par le dépit à bien- traiter le comte de Gtiiche, s'attacherait à lui plus qu'elle ne le voudrait; que là' séduction qui lui avait déjà valu tant de succès, ne le servirait pas moijfâ auprès de la femme quil adorait, et (jne partaiger les intérêts d'Armand, c'était s'assurer la place qu'elle ambitionnait auprès de Madame.
Uàe correspondance suivie s'établit entre mademoiselle de Montalais et le comte, dans laquelle celui-ci donnait un libre cours à sa passion, et l'exprimait avec tant d'élocpence, que mademoiselle de Montalais ne pouvait s'ern^ pêcher d'en citer parfois de certains passages qui inspiraient 'à'Mftdaâie Penvie de lire le reste. Ce fut d'abord un simple mouvement de curiosité, une douce habitude de se
repaître chaque jour du plaisir d'être louée, d'être aimée à son goût, puis un besoin impérieux de s'émouvoir au récit des souffrances dont elle était la cause. On n'est pas impunément la divinité d'un homme aimable.
Après avoir lu ces lettres où les événements du jour, et même les actions du roi étaient jugés avec autant de raison qu'il y avait de délire dans la peinture de la passion, Madame restait sous une impression très-favorable au comte de Guiche, et le regret de ne pouvoir causer avec celui qui écrivait si bien, la rendait d'avance très-disposée à tromper l'exil par quelque ruse innocente.
C'était surtout pour le gronder qu'elle voulait le voir, car l'arrestation de Fouquet, et la disgrâce de tous les amis de ce ministre, fournissaient à M. de Guiche une série d'épigrammes contre la franchise royale et l'abus du pouvoir dont la moindre suffisait pour en confiner éternellement l'auteur à la Bastille.
Mademoiselle de Monlalais ne manqua pas d'encourager Madame dans son projet d'user de son ascendant sur le jeune comte pour lui ordonner la prudence, et se servit de ce grand mot pour lui proposer la démarche la plus imprudente qu'elle pût tenter. 11 ne s'agissait de rien moins que d'introduire en plein jour aux Tuileries le comte de Guiche, sous les habits d'une vieille femme, diseuse de bonne aventure. En hasardant cette proposition folle, qu'elle justifiait par le crédit dont jouissaient alors ces sorcières décrépites, mademoiselle de Monlalais savait flatter l'esprit romanesque de Madame.
En effet, pensant que le burlesque de ce déguisement en devait prouver l'innocence, elle s'amuse de ce projet en femme sans expérience, et qui n'y voit qu'une niche de pensionnaire (1). On pense bien qu'Armand ne devait pas être plus raisonnable, et qu'il sauta de joie à l'invitation
(1) Monlalais, nne des filles d'honneur de Madame, était la confidente du comte de Guiche. Ils se mirent dans la tête qu'il fallait qu'il vit la princesse en particulier. Madame, qui avait de la timidité pour parler sérieusement, n'en avait pas pour ces sortes de choses. EUo n*en voyait pas les conséquences, elle y trouvait de la plaisanterie de roman.
{Mémoires et anecdoies de Louis X!V et do Louis XY, t.1, |. 199.}
LE COMTE DE GUIGHE. iS9
e se rendre ainsi affublé chez la princesse. Hais c'était squer de se montrer ridicule devant son idole ; il préféra re affreux et se défigura si bien qu'il n'y avait pas loyen de reconnaître un seul trait de lui sous le masque dé qu'il s'était fait. Cependant tout en se sacrifiant à la ainte de compromettre celle qui s'exposait à de vifs re- •oches pour le recevoir il s'était arrangé de façon à pou- )ir se débarrasser tout à coup de son masque et de ses [ppes de vieille, et à paraître vêtu de la veste enrubanée un jeune page du temps de Louis XIII.
Quand l'élégance et le goût se joignent à la ruse et au lystère, rien ne manque à l'attrait d'une intrigue amouîuse. On se laisse pour ainsi dire entraîner par l'amuselent à la tendresse. C'est ce qui arriva à Madame : sans irtager la passion du comte de Guiche, comme elle en ait toujours flattée et souvent émue, elle y répondait, irec une reconnaissance si gracieuse, si tendre, qu'on pouadt s'y iromper.
Et quelle femme serait restée insensible à tant d'esprit, 'agrément, unis à tant de grandeur d'âme? Comment ne as être fière de voir celui qui aime risquer si gaiement sa trtune et sa vie, pour prix d'un regard, de la moindre iveur!
Au jour fixé. pour la visite de la sorcière. Madame se dit idisposée, et dans le fait, le trouble où la jetait cette imrudence lui avait donné un mouvement de fièvre qui obligeait à garder sa chambre ; elle était étendue sur un inapé et entourée de ses femmes lorsque mademoiselle e Montalais vint l'avertir que la vieille sybiile était arrivée t qu'elle attendait dans le cabinet à côté le ordres des on Altesse.
— Faites-la entrer, dit laprincesse d'une voix mal assurée, i veux la consulter... sur l'avenir de mon frère... Hélas! amt d'événements cruels ont déjà affligé ma famille... u'on doit me pardonner cette faiblesse... Ne vous en mo- [uez pas trop, ajouta-t-elle en s'adressant à la marquise Le Lafayette et à mademoiselle de la Trémouille, qui se evaient pour se retirer discrètement, et qui passèrent 'instant d'après à côté de la sorcière sans soupçonner ^U8 cette cornette recouverte d'un capuchon noir et sous cette casaque d'indienne à grands ramages, le charmant
Tisage el; la taille élégante .duplu3 séduisant^des scrgn^m de la coTir.
Jeter par terre sa coiffe de vieille, son accoutfemeBt burlesque, se précipiter aux pieds de Madame, s'emparer de sa belle main, la courrir de baisers, voilà ce que fît en entrant le comte de Guiche. Sans se demander si le respect, les convenances permettaient tant d'audace, la pria* cesse, étourdie et troublée par cette impétuosité, ne pensai pas à retirer sa main; mais de Tautre-eHe faisait signe à mademoiselle de Mbntalais de- ne pas s'éloigner et, coi* mançant à s'effrayer de la joie délirante d^Annand, Mldamedit:
— Soyez raisonnable, ne méfaits point repeirtir d'avoir consenti à vous recevoir: Soi^ey que si Pon pouvait se douter de cette conçlaisance, on nfen» ferait^un crime, et prouvez-moi que j'ai eu raison de m 3 fier à votre honnear.
— Que faut-il faire pour vous convaincre de ma soumission à la moii^dre de vos volontés? demanda le comte diï ton le plus humble. Faut41 vous taire à jamaismon amonrf Venger le vôtre? Tuerie roi? dites un motet je coursa l'instant accomplir vos ordres. Heure^ix de vous obéir, dé vous donner ma vie pour prix de ce moment, où je vous vois, où vous m'écoutez, x)ù je voudrais mourir, là, sous lé charme de votre divin regard...
— Non vraiment; reprit Madame en cherchant à dissimuler son émotion sous une conversation légère; un si beau dévouement est trop rare pour risquer de le perdre; je vous défends de braver la sévérité du roi envers voM, bien que je la trouve fort injuste. Je vous défends surtoil d'en médire, comme vous le faites sans cesse : croyez-votf que les amis auxquels vous avez confié vos boas mots sur l'affaire du surintendant vous en ont gardé le secret? E de Wârdes en. amusait l'autre soir tous les mécontents delà cour.
LE COMTE DE GUIGHE. tOl
-* Que m'importe, si ces plaisanteries amusaient aussi Votre Altesse.
— Ah! le plaisir de faire applaudir votre esprit tous console des ennuis de l'exil! peu vous importe de Vîvi'ft loin de nous. Vous ne sauriez faire le moindre sacrifice d'amour-propre au désir de revenir à la cour? dit Madame avec dépit.
— Ah ! pardon, pardon, s'écria le comte, de n'avoir pas^ osé croire qu'on y remarquait mon absence ! Que pourmis-je tenter pour y revenir!... Si j'écrivais au roi... si je m'humiliais an point de le supplier...
— Ce sCTait inutile en ce moment, interromi^t la prin% cesse; contentez -vous de vous faire oubJ^ pendant quelque temps.
•— ' De tout le monde? demanda le comte d'un air moitiér boudeur et moitié suppliant...
— Non... mais de ceux dont vous v^ns êtes attiré la colère. L'ordre qu'a reçu votre sœurd'aher rejoiMreson mari à Monaco, vous prouve assez à quel point la reinemère est animée contre vous; car c'est uniquement poup sm>iv platdé votre cavse que la princesse de Monaco est tombée en disgrâce, et qu'on me sépare de l'amie que je' pcéfôre ; attendez donc que cette mauvaise humeur soit passée pour soUiciler votre retour, et comptez sur nous) pour le hâter le plus possible. Mais voici l'heure où Monsieur revient du Louvre; votre pressée ici me fait ta?em* hier, partez.
-^ Quoi ! si tôt? dit ArmaM en soupirant.
— Quand je pense aux dangers que nom courons touff: deux en ce moment, reprit la princesse avec effroi, jfe ne . oompr^ds pas comment j'ai pu consentir à...
— Ah! point de regrets, interrompit le comte; jamais vous ne donnerez' tant de bonheur à si peu de frais; car il n» saurait voue coût^ la moindre inquiétude; voyea^ ces- charmants haMts, grâce à ce bel accoutrement, je passerais à^ côté de Monsieur sans en être reconnu.
— Certainement, dit mademoiselle de Montalais, puisque flMulemoiselle de Menneville l'a arrêté avant d'entrer ici pour lui demander quand elle se marierait, et qu'il lui a fait vingt contes à ce sujet sans qu'elle crût ne pas entenfte les arrêts d'une véritable Bohémienne. S Totte Altesse
savait comme il était amusant en lai prédisant un avenir tout doré (1).
— C'est avec ces gentillesses-là qu'il se fera connaître; allons, recoiffez-le vite, dit la princesse à mademoiselle de Montalais.
— C'est dommage, car il est bien joli comme cela, reprit la confidente, jamais je ne pourrai cacher tous ces beaux cheveux bouclés sous cette vieille cornette.
-^ Ils y étaient pourtant, dit Madame.
— N'importe, je couperai les boucles qui dépasseront, continua mademoiselle de Montalais, en s'emparant de la tête d'Armand et en cherchant à le déguiser avec une maladresse marquée.
— Ce bonnet lui découvre trop le front, dit Madame en cédant à son impatience ; je le reconnaîtrais d'une lieue; et, portant la main au* papillon de la cornette, elle en couvrit les yeux du comte, non pas sans que cette blanciie main ait comprimé les blonds cheveux sous la vieille coiffe, et plus d'une Çois effleuré la joue d'Armand, en voulant la cacher.
Avec quelle voluptueuse docilité il se laissait tirer les cheveux, égratigner la peau par les épingles, par les fils de laiton qui soutenaient l'édifice de sa coiffure! Que de caresses furtives et presque involontaires glissaient à travers les soins que réclamait le déguisement ! Gomme Armand se consolait d'être enlaidi par une main si chère! comme il profitait bien de tous les avantages de sa situation! Déjà la rosette de ruban bleu qui attachait la mantille de Madame a passé sous la veste du comte; sa petite écharpe en dentelle a disparu de même, et si la toilette de la vieille se fût prolongée à son gré, la princesse se serait trouvée, sans s'en apercevoir, à moitié déshabillée.
Les rires enfantins qui accompagnaient ces folies leur donnaient, en dépit d'Armand, un air d'innocence qui le désolait; mais plus de sérieux aurait trahi ses espérances : en amour comme en politique, il faut savoir jouer avec ce qui brûle. C'était la gaieté de ce rendez-vous qui en assurait un second. Comment se refuser le retour d'un plaisir qui n'a coûté ni regrets, ni remords !
(1) Elle passait pour aimer l'argent et pour en avoir reçu d'Ul miiustre galant.
Encouragé par cette idée, le comte redoubla d'extravagances, se bornant à faire rire celle qu'il aurait voulu intéresser, et se fiant à la finesse féminine pour démêler tout ce qu'il y avait de véritable passion sous ce bavardage amusant.
— Le voilà maintenant en état de braver tous les espions de la reiné-mùre, dit mademoiselle de Montalais en attachant la cape qui achevait la transformation du comte.
— C'est fort bien, dit Madame; mais ces espions-là ont déjà dénoncé la visite de la sorcière, et je suis sûre que le roi va me demander ce qu'elle m'a prédit. Que lui repondrai-je?
— Qu'il sera le plus grand roi du monde s'il me laisse tranquille, dit le comte en riant.
— A l'impertinence de l'oracle, il aurait bientôt deviné la sibylle, reprit Madame, et j'espère trouver quelque chose de mieux à lui répondre.
— Oui, dites-lui qu'on vous a prédit l'éternelle adoration d'un homme qui sait mieux aimer que lui, et qui donnerait, sa vie avec joie pour obtenir un peu de la haine que le roi vous inspire.
A peine Armand achevait ses mots, que mademoiselle de Montalais s'empara de son bras pour l'entraîner hors de la chambre, où la reine d'Angleterre entra presque aussitôt. 11 traversa sans obstacles les appartements de la princesse et se trouva dans la cour des Tuileries au moment même où le peuple se rangeait pour laisser passer le carrosse du roi.
Il parut piquant au comte de Guiche d'aller se mêler aux curieux qui se précipitaient pour voir sa Majesté descendre de voiture, et de se faire bousculer par ces mêmes gardes qui lui obéissaient d'ordinaire avec tant de respect.
— Retirez-vous donc, la vieille, dit l'officier qui était à la portière.
— J'voulons voir not'bon roi, crie la sorcière en «'approchant du caresse.
— Emportez-la; elle va se faire écraser, répète à voix haute l'officier, et Armand feignant de ne pas entendre, s'obstinait à crier : Vive notre grand roi! Que le bon Dieu le bénisse !
Ces cris parviennent au roi, il est touché de l'acharné-
194 LE GOltTE DE GUIGHE.
ment de cette pauvre vieille à se laisser piétiner par les chevaux, rudoyer par les gardes, et cela pour que ses acclamatioBS, ses bénédictions arrivent jusqu'à lui. Il prend sa bourse et la lui jette, en lui ordonnant de se retirer.
Qu'on juge de la joie du comte de Guiche ! Cette bourse, qui contient simplement quelques louis, il la reconnaît, il Ta vu faire par Madame. Ces soies si brillantes ont été maniées par elle; chacune de ces mailles est l'œuvre de ses jolis doigts; cette relique qui lui tombe des mains d'un rivad, et qu'il aurait payée de sa fortune, avec quelle émotion il la presse sur son cœur ! Giommo il a hâte de regagner sa retraite, pour y cacher ce trésor inespéré, pour y méditer sur les souvenirs d'une journée (pii devait tant influer sur le reste de sa vie.
— Connais-tu quelque vieille femme pauvre bien ms^ heureuse demanda le comte de Ouiche à Etienne, lorsqu'il le vit entrer le lendemain dans sa chambre.
— Non, monsieur le comte; mais cela peut se rencontra. — • Eh bien, il faut que tu m*en trouves une le plus tôt
possible.
— Oserais-je demander à monsieur ce qu'il en veut faire?
— J'en veux faire une heureuse pauvresse. Il m'est tonde du ciel une petite somme destinée à cette bonne action.
— Ne serait4l pas égal à monsieur le comte de la faire tourner au profit d'une jeune fille, par exemple à la dot de Martine, la gentille bouquetière?
— • Qui t'intéresse, à ce qu'il paraît. Non, celle-là est assez riche de ta protection; et d'ailleurs je n'ai pas le choix. Ces louis sont l'aumône d'un prince à une vieille femme, on ne peut les changer d'adresse.
— Si c'est ainsi, monsieur le comte en verra bientôt arriver une digne de sa pitié; il yen a toujours là-bas un trou*
f)eau sur les marches de l'église, et je tâcherai de deviner a plus à plaindre^
LE GOH^E DET GUICffE* 19S
Alors Etienne eourt à la boutique en plein T^it de Mar* tbx&L II voit la vieille tante de la jeime bcmquetière oecupée à assembler des fleurs pour les mettre en bmiquets^ 11 lui fait quitter Bes «abats et lui dât de le^vre cliez un» monsieur qui Yeot lui faire du b^.
La vieille pense que c'est un amateur de fleurs, et prend sa plus belle botte de roses pour la lui vendre. Etienne s'en empare en disant qae son maître les paie bien, mais ne peut en supporter Todeur, Il fait la leçon à- la vieille; à tout ce que lui dira le comte, elle répondra :
— Que le ciel vous le rende, monseigneur.
Puis elle partagera avec Martine tout ce qu'on Jui donnera. ^
L'espoir d'un gros profit rend la vieille très-docile; elle joue d'autant mieux son rôle de pauvresse, qu'elle est m^ sée, laide et déguenillée; elle reçoit l'or du? roi avec une Feconnaissance très-naturelle, va commander au cabaret prochain un repas joyeux, où Ton doit bodre aux amours d'Etienne et de Martine ; et le comte est dupe à son tour.
Heureusement pour Ai^mand, il était nécessaire aux plaisirs de Louis XIV. Les fêtes de la cour se ressentaient beaitcoup de l'îdwence de cdui dont l'esprit gracieux et la gaieté piquante savaient tout animer. Personne ne voulait se charger de sei» rôles dans les ballets mytlK>logiques qu'ai* mait tant le roi. On était trop certain d'entendre chacun 8'^rier :
-^ Quelle différence de ce monsieur-là avec l'élégant comte de Gulche!
Le maréchal de Gramont, dont la sévérité apparente cachait line grande faiblesse pour son fils aine, ne laissait échapper aucune occasion de rappeler au roi les services d'Armand, et de lui faire sentir que c'était pousser la ri» gueur jusqu'à l'injustice que de prolonger ainsi son exil, sous prétexte d'un crime imaginaire.
Le roi, cédant aux insinuations du maréchal, et surtout à la crainte de perdre son appui dans un moment où il était urgent d'animer le zèle des-plùs braves défeos^jurs^: de la France^ lui dit à son lever :
— Maréchal, il est des circonstances où le mérite d'un ton officier doit l'emporter sur les torts d'un jeune fou. Ce qjoi vient de se passer à Londres peut nous force-* à rom-
pre la paix (1) et je veux rassembler près de moi ceux qui font le mieux la guerre. C'est vous dire que je rappelle le comte de Guiche.
— Il mérite cet honneur, sire, répondit le maréchal.
Et il s'empressa de dépêcher un courrier au château de B.... où il croyait son fils réfugié. Un domestique du comte de Guiche ayant reçu la dépêche, s'engagea à la rendre au plus tôt à son maître, et vint à toute bride à Paris.
Armand paya cette bonne nouvelle, et profita du temps qu'il était censé passer en route pour se commander l'habit le plus riche, le plus élégant, où le nœud de ruban bleu volé à la mantille de Madame ne pût se distinguer des autres nœud« qui ornaient l'habit que parce qu'il était un peu chiffonné. L'écharpe de dentelle devait se retrouver en cravate à rabat; et la bourse où le chiffre du roi était tracé en fil d'or par la main de Madame, devait faire son apparition au jeu de la reine, à l'instant où le lansquenet serait le plus animé.
Les plaisirs d'une époque sont ordinairement l'objet du dédain de celles qui lui succèdent, et nous avons peine à dénoncer à la haute philosophie de nos amoureux du jour la joie délirante du comte de Guiche à l'idée de reparaître dans cette brillante cour, présidée par la femme qu'il aimait, et4e s'y montrer à elle paré des souvenirs qui devaient lui rappeler la charmante imprudence qui la liait à lui par la complicité du mystère. C'était s'enivrer à peu de frais, dirat-on? Oui, mais c'était multiplier les émotions les plus ravissantes ; celles qu'on éprouve à faire ou à écouter un aveu. Chacun de ces riens, dont Tamour seul fait quelque chose, n'est-il pas l'expression muette de la passion qu'on éprouve, ou qu^on inspire ; et se lasse-t-on jamais de lire dans quelque langage que ce soit, ce mot sacré : je vous aime?
(1) L'ambassadeur d'Espagne, M. de Balteville, ayant voulu prendre le pas sur notre ambassadeur, le comte d'Estrades, avait fait couper par ses gens les traits des chevaux de l'ambassadeur de France pour faire passer son carrosse devant le sien.
— J'aurai raison de celte affaire, ou je déclarerai la guerre au roi d'Espagne, s'éteit écrié Louis XIY en apprenant cette injure, et je l'obligerai à céder à mes ambassadeurs la préséance daus toutes les ooars de l'Europe...
Le roi obtint ce qu'il vo.ilut de l'Espagne.
(Mémoires de Brienne, t. II, p. 2SJÈ,)
LE COMTF> DR CfUlCHË. \'^
Sans avoir la présomption de croire que son retour produirait un grand effet sur Tesprit de Madame, Armand pensa qu'il était convenable de Ten prévenir, et se fit un prétexte de ce soin pour écrire à la princesse une lettre où la passion se laissait voir à travers le respect. Cette lettre, adressée à mademoiselle de Montalais, après avoir été lue et relue par la princesse, la détermina à se rendre le soir même chez la reine, où le comte de Guiche devait accompagner le roi.
L'événement le plus important n'aurait pas été attendu avec plus d'impatience que l'entrée du comte d^ Guiche dans le salon de la reine. Chacun guettait le moment où, les premières salutations accomplies, les premiers^ compliments terminés, le comte s'approcherait de Madame; mais il était en garde contre cette observation maligne; et cachant son trouhle sous l'apparence d'une rancune que le respect seul empêchait d'éclater, il confirma les curieux dans 2a pensée que Madame avait elle-même sollicité l'exil dont il sortait.
La princesse, moins habile dans l'art de se contraindre, ne put s'empêcher de sourire en reconnaissant ses dentelles et ses rubans sur la poitrine et sur l'habit du comte; ce sourire, interprété par les una. comme une marque de dédain, parut aux autres un signe de pardon fort encourageant, et l'on pensa avec raison que ce roman interrompu par l'exil pourrait fort bien se continuer en dépit de tous les obstacles.
Cependant Madame fut la seule à ne point complimenter M. de Guiche sur son retour; ils ne se parlèrent point delà soirée, ce qui valut au comte quelques mots bienveillans de la part de Monsieur, et de la part de la reine une invitation à s'approcher de la table de jeu; ces démarches si insignifiantes par elles-mêmes prenaient un grand intérêt par les motifs qu'on leur supposait.
^- La présence du comte de Guiche produisait le même effet que la rentrée en scène du héros d'un drame : on le suivait dans tous ses rapports avec les autres personnages, on écoutait son dialogue avec une attentiop soutenue, et le plaisir de le voir, de l'entendre agissait en dépit de la malignité de ses envieux, on l'applaudissait à son insu par l'empressement qu'on lui témoignait.
198 Ll COMTB DÉ (^CIGHË.
Le roî lui-môine, semblait autoriser par son exemple les bonnes grâces dont on comblait le comte de Quiche. Sa Ibjesté avait aperçtii en entrant che2 la reine, mademoi- 8€ile de* la Vallière dont la princesse s'était fait accompagner et cette présence Pavait mis de très-bonne humeur.
— Allon», dit le roi en s'asseyant à la table de jeu, tentons le sort; j'espère qu'il me sera'favorable, ajouta-t-il en regardant mademoiselle de la Vallière, c'est de Guiche qui va tenir la banque ; il a eu le temps de faire des écon(H mies.
— Et de les dépenser, sire, dit en sotiriant le comte; mais je ne veux pas me rattrapper aux dépens de Votre Majesté. Si je jouais aujourd'hui contre eRe,jela ruinerais.
— Vous avez donc une grande confiance en votre bon-
— C'est justement parce qu'il me nianqtie pasrtout, sire, que je dois le trouver au jeu. Et c'est par la même raison que votre Majesté doit perdre.
— Gela est très-flatteur; mais à ce compte, j'ai plus de chances de gain que vous croyez. Essayons.
— Je préviens Votre Majesté que je suis muni d'un talisman dont la vertu est infaillible.
— De qui le tenez- vous?
— D'une grande puissance : du hasard.
— C'est te dieu, du Lansquenet; nous alloisis' voir s'il le pit>tége, lendit le roi eu s'adressant à la reine et à Madame, assises près de lui.
— Vous l'ordotmèz, Sire,- et vous ne me punirez pas de mon:d)éia»ance?
— Nonv nous en profiterons, voilà tout.
— Bh bicny que le sort s'accomplisse ! dit le comte en vidant' sa bourse sur la table et en prenant les cartes.
. 'Cette afction toute simple ne fut pas remarquée. Le roi ne reconnut point sa bourse, et l'attention de tous les joueurs seporta sur le coup, que gagna le comte de Guiche, et sur la revanche qu'il offrit avec cette confiance gui attire le suecè». Probablement l'intérêt du jeu aurait empêché l'effet de la bourse, si l'^vie irrésistible d'exciter la surprise de todame, d'occuper sa pensée par un fait inexplicable, n'ei^ entraîné kcwoBoà à la plus audaM>ieuse imprudence.
— Vous le voyez dit-i) en montrant sa bourse, tout eéd0
irlft vettikûB mon talIsBiaii! il (luit c(t» ce soit Fœuvre de guelqu'enphanteresse, ajouta-t-ii en regardant Madame, qm rougit aussitôt.
—-Voyons donc cette, merveflle! dit le roi; mais je ne me trompe pas... voilà mon chiffre !... c'est ma bourse; c'est celle que j'ai jeté hier àf cetffe vieille pauvresse ; comment se t^oUve-t-elle entre vos mains?
^ Rien n'est si simple, répondit Armand ; je l'ai achetée ie la. vieille femme qui l'a reçue; elle m'a prédit qu'elle me porterait ftoaheur. a Elle vient de celui qui apnte le bon Bieu, peut faire le plus dé bien, m'a-t-elle dit, et vous ne la l^aierez jamais ce qii*elle vaut »
Madame écoutait ces^mots^, les yeux baissés et dans un ^uble extrême, fille avait deviné comment cette bourse avait pa tonSb»» entre les mains d^Armand, et mourait de peur que cette folie ne fût devinée par ceux qui se méâai^t des récits^da comte.
— C'est un singulier hasard, dit le roi d'un ton ironique, ^ en rendant la bourse à M. de Guiche; puis se tournant Ters !i^3me : je vous en demande pardon, ajouta-t-il, la pitié mh entraîné; j^aurais dû jeter l'argent et garder là jolie bonrse ; mais cette pauvresse s'obstinait à se faire écraser, et je n'ai pensé qu'à la forcer de quitter à tout prix 4fis roues de mon carrosse.
— Cette vieille femme-là était bien imprudente, dit Ma-^ tone d-un ton de reproche.
— On ne saurait blâmer ce qui réussit, reprit le comte. C'est à cette audace que la sordère doit sa fortune; le roi, une bonne action de plus; et moi un talismira dont vous prouvez déjà les miracles. Gomment reprocher un tort qui piofite à tout le monde ?
7- Voyons si la chance vous sera pkis favorable, dit le roi en jassant les cartes au comte de Brienue, car de Guiche paraît si sûr de son bonheur aujourd'hui, que jç m'eneffeaie.
— Pour lui ! ajouta M. de Wardes en glissant ce mot dans l'oreille de la comtesse de Soissons.
En effet, Armand était si heureux, de se retrouver près de Madame, qu'il en perdait la tète; et ce qui lui fait honneur, c'est qu'on ne soupçonna pas son délire d'avoir pour cause la fin de sa disgrâce ni sa fortune au jeu^ tant Vzmr
ÎOO LE COMTE DE GUIGHE. ^
bition, Tintérêt, la vanité ont des joies qui ne ressemblent pas à celles du cœur!
Les concessions faites au monde redoublent souvent son exigence comme le mystère redouble la curiosité. En voyant le comte deGuiche se contenter du plaisir de rencontrer. Madame, fort rarement, chez la reine, et ne plus se montrer chez la princesse, on en conclut qu'il avait d'autres moyens de pénétrer jusqu'à elle, et Ton chercha à les découvrir.
On voulut connaître aussi jusqu'à quel point la froideur qu'il affectait en sa présence, et lorsqu'on parlait d'eUe, pouvait être sincère. Les plus malins imaginèrent de dire un soir, chez Mademoiselle, au Luxembourg, que l'on ne s'alarmait point assez de l'état languissant où se trouvait Madame, et que le docteur Vallot leur avait déclaré qu'elle n'avait plus que très-peu de temps à vivre. A ce coup imprévu, le comte de Guiche pâlit, chancelle. M. de Wardes, qui le voit prêt à succomber à son émotion l'entraîne hors du saloD, hors du palais même, le pousse dans son carrosse, y monte après lui, et le pauvre Armand tombe dans ses bras presque inanimé, et disant d'une voix mourante :
— Je me croyais plus de courage !
Ils ont voulu t'éprouver, reprend M. de Wardes ; Madame n'est point en danger-, la sentence dj Vallot a été inventée pour avoir ton secret, et tu as donné dans le piège. C'était bien la peine de tant te cacher de moi pour aller te livrer .à eux; mais j'espère m'ètre emparé de toi assez à temps pour les empêcher de voir tout l'effet de leur ruse infernale.
' — Non je suis perdu, s'écriait Armand, ils savent que je l'adore, ils savent que je suis sans force contre l'idée de sa souffrance; qu'à la seule supposition dé sa mort j'ai la lâcheté de la compromettre par ma douleur; ils vont me croire le plus heureux des hommes, et me punir en conséquence. Eh bien, je te le jure, sixr l'honneur, elle me
rmet de raimer voilà fout. Mais cette unique faveur est i vie, et je fecùs ma raison s'égarer par la crainte de per- 3 ce toiinnent délicieux ; ah ! prends pitié de moi, n'abuse s du secret dont ce moment te rend maître.
— Plût au ciel que j'en fusse le seul dépositaire, répondit ' marquis, mais mademoiselle de Montalais est dans votre nfidence, et je me trompe fort ou elle s*en servira pour râper celle de son amie mademoiselle de la Vallière, et, mme de raison, toutes deux se sacrifieront à la curiosité
roi.
— ciel! que faire pour empêcher Madame d'apprendre r le roi que je me suis laissé ainsi surprendre? Je vais i écrire ma faute, mon malheur, je veux être le premier à 'accuser près d'elle.
Le marquis approuvant cette idée, Armand prit une plume traça à la hâte tout ce que la crainte, le regret, la pas- )n enfin peuvent dicter de plus touchant et de moins rainnable. Mademoiselle de .Monlalais se chargea de remettre lettre secrètement à Madame.
On devait tirer le soir une loterie chez la reine-mère. Le >mte de Guiche y était invité ; il y verrait Madame,^ et denerait bien vite l'effet de sa lettre ; il craignait avec rain d'avoir peint son amour trop vivement ; sa prudence L aurait voulu effacer bien des mots *, mais il n'était plus mps, et le comte attendait avec cette résignation héroïque li ne l'abandonnait jamais dans le danger prévu, les maries du ressentiment de la princesse, lorsqu'un sourire [armant vint calmer son inquiétude et la changer en espénce. 11 n'aurait peut-être pas été plus maître de sa joie l'il ne l'avait été la veille de son désespoir, si une réixion désagréable ne s'y était mêlée.
Le roi, en voyant entrer Madame accompagnée de uiadeoiselle de la Vallière, s'était contenté dé dire quelques • ots polis à la première pour ^Uer plutôt rendre ^ea. hom- , âges à la seconde. C'était la première fois que le roi brait toutes les convenances en ne se donnant plus la peine ! dissimuler sa préférence. Madattne s'en montra fort ofnsée. Ce fut bien pis- lorsque le roi, ayant gagné le gros, t de la loterie, vint offrir à mademQ^elle de la Vallière 3 deux superbes bracelets, dont se composait le lot, que ut le monde croyait destiné & Madame, Dans le djSpit
^0g LE ^CQMTE BB GUIOHE.
Îu'elle en conçut, la princesse se tourBavfrfitttûâemokellB e Montalais, et lui donna un ordre que sa fille . d^hoïmenr seule entendit; puis, jetant les yeux sur M. de Qmiche, Mar dame espéra lire sur son visage la même indignatioaqae hii inspirait laJaémarche- du' roi; mats elle n'y tit qa'xme tristesse profonde née de la preuve qu'ilne démit le peu qu'il obtenait du cœur delà princesse qu'à rinconslance du roi.
.Le lendemain, un billet de mademoiselle de Montalais eagagea le comte à passer chez elle dans la soirée. À une heure indiquée, elle devait venir le recevoir et le conduire par un petit passage jusqu^^ son apparlemeiU. U lût exact au rendez- vous, et, arrivé dans lacâamhre de mademoisdie de Montalais, il la suppliait de lui dire œ qui lui valait cette secrète entrevue, lorsque la portière en tapisserie, qoi réparait Falcôve du cabinet de toilette se souleva doucement et laissa voir, dans le plus gracfeux négligé, la plus séduisante princesse de France.
Armand, encore sous le poids de l'impression de la veille, résiste au désir de se jeter aux pieds de la princesse; il attend dans un respectueux silence, l'ordre qu'elle va lui donner, et se pr^are à lui obéir quelle que soit sayolonté^ mais non pas sans se plaindre du rôle auquel on le r^ait La princesse lui fait signe de lui approcher vol fauteuil; elle s'y assied, et commande d'un «r «oknnel au con^e^de s'asseoir sur un si^e près d'elle.
À cet accueil si différent de celui qu'on avait fait à la neille sorcière, Armand s'attend à quelque confidence p^ nible. En effet, la princesse, d'un ton moitié sévèpe et moitié affectueux, dit :
•i- Je devrais avant tout vous parler de ma colore, m'indigner de ce que vous osez m'écrire; rinais cette letti:e va vous attirer tant de malheurs que je ne me seos pas le courjige de vous la reprocher.
«- Sicile vous a déplu, dit le comtet^rien ne peut ajouter À mon malheur.
.^ fléi^l je ne l'ai trouvée que trop flatteuse! sanis 1» plaisir que je prenais à la relire, MoofiÂeiu* ne l'aurait pas suppdso entre mes mains, je ne vous aidais pas livré nûdgré moi à sa fureur, à sa vengeance *, mais poisse le mai eat fait, songez aux moyens de vous Beostnire aux crneli Ualltanents qui vous menacent.
^Vbnsieatm petft^en Touloir qu'à, an ^ tAitle c^mte reccalifle, etjeJa lui abandonne de bon cœur, si vous y tenez psss pluâ que mot Mais ti ma mort devait vous ûter un regret,ije la leur Jecais payer cher.; il n'est pas I suppiiœ que je ue pui/sse endurer gaiement 4 vous eu affrez un peu, (^ je d^eila puissance de mes enoeniÂs I me taire jamais autant dis mal qu'an mot de vous peut e causer de joie; ofdon$iej& de moi, ajQUta-t^^il en se m^ nt aux pieds de Madame, que dois-^jeiaire?
-*yous rassurer,. r^t k pnnceBse en lui tendant la aia; j*ai voulu savoir jusqu'à. quel pqiut la certitude #. trdre sa fortune,* sa liberté, isa vie, ^pouvait intimida iV our d'uabpmme qu'cm prétend être «i vaiu, si ambitieux léger, et j'ai acquis la conviction que le mérite d'aimff nm\xsi pouvaJ(ts^pparteniriaiU'pb)fi aimable! ^ Quoi ! Ab>n9ieur n'a J^ien lu, et vou^ me tnmipiez pour >us convaincre de mon dévouement» En avie^-vous besoin? i sa^ez-vous paa que la Baison, les dangers, la mort, votre différence môme ne peuvent plus rien sur le sentiment û me dévore, qu'il se nourrit de tout ce qui devrait le ler, et que là seulement sebcnrn^ votre autorité?
— Il faut pourtant dissimuler. ca.bea^ sentiment, ditMaiime; ou von^ me perdr^.avecv<%U3. M.de Wardessaitque lus, êtes venu ici secrètement» il en a f arlé à naadame de issons; son intimité atoc vous M j^rmet de deviner s sentiments, vQ^juaindres^pei^^ées, il en^ahuse,. il v^u^ )mpe, il faut rompre vos rapports rav<9C^l|Û.
— Ce serait lui apprendre que vous l'exigez, madame, et précaution serait pire que l'imprudence; mais nous pouns nous couper la gorge sur le premier prétexte venu.
— Je vous le défends, Si^i^a.!^ princesse avec terreur ; quer d'être blessé par lui, m'exposer à voir toute la cour e de ma douleur!...
— Serait-il vrai, grand flieal ^'éçria le comte dans nn lire inexprimable ; ma vie yaus serait cbère ! .« Oh îreditçgraoi, que j'en meure de joie, ik.f* à yqs pie^ !
Bu ce moment maden^)iselle 4e ^i^t^ç apconrut €(t t: . •
— Nous somme? perdus1Launois(l)^ que j^ placé enem-
(i) Yalet de chambre de Madame.
(m LE COMTE DE GUICUE.
buscade vient de voir Monsieur dans le corridor ; on nous aura dénoncés !
Presque en même temps Launois entra, dit au comte qu'il n'y avait aucun moyen de s'esquiver par ranticham bre, que les gens de Monsieur s'y trouvaient, et qu'il se tint cacbé derrière la porte. Alors faisant signe à Madame de rester tranquille, il tente un coup hardi, se jette audevant du prince et le heurte avec tant de violence que le sang jaillit du nez de Monsieur.
Aussitôt mademoiselle de Montalais et Madame accourent avec des mouchoirs, en couvrent le visage du prince. Pendant ce temps le comte de Guiche s'évade, gagne l'escalier, et Launois se confond en excuses auprès de Monsieur, en lui répétant :
— Monseigneur, je vous demande pardon et grâce, je ne vous croyais pas si près; je voulais courir vite pour ouvrir la porte à Votre Altesse (1).
Monsieur, touché des regrets de Launois, prit la peine de l'en consoler.
Mademoiselle de Montalais feignit d'être malade pour expliquer la présence de Madame chez elle. La frayeur avait tellement altéré son visage qu'on pouvait la croire réellement très-souffrante. Monsieur parut croire au prétexte et reconduisit Madame dans son appartement en la laissantpar quelques phrases où l'ironie se mêlait à la bienveillance, dans cette incertitude cruelle qui venge si souvent les dupes des trompeurs.
On n'est jamais moins indulgent que lorsqu'on a un reproche à se faire. Madame, que ses entretiens secrets avec le comte de Guiche auraient dû rendre moins sévère pouf la faiblesse de mademoiselle de la Vallière, se montra au contraire sans pitié pour ce qu'elle appelait son manège
(1) Fragmeuts historiques de madame la duchesse d'Orléanii
p.aoa.
ntîmental. Elle affecta de ne pas la mener chez les reines, TaccaLla de tant de marques de mépris, que la pauvre le d'honneur, supposant que toute la cour partageait les luvais sentiments que lui témoignait la princesse, se termina à sacrifier l'amour du roi au désir de conserver stime générale et la sienne propre.
Auprès une nuit de combats entre le devoir et la passion, e va se réfugier dans un couvent à Chaillot.
Le duc de Saint-Aignan, qui faisait surveiller toutes les tions de mademoiselle de la Vallière, apprend qu'elle t partie au point du jour pour aller se mettre sous la Dtection des religieuses de Sainte-Marie. Il se rend aussitôt ez le roi, y trouve l'ambassadeur d'Espagne qui prenait Qgé de Sa Majesté.
Le duc n'osant interrompre la conversation du roi sur \ grands intérêts qui se traitaient alors entre l'Espagne la France, et voulant pourtant instruire &a Majesté d'un énement qu'il savait devoir l'intéresser beaucoup, se mit faire causer tout bas le marquis de Sourdis, et à lui pondre tout haut :
— Oui, mademoiselle de la Vallière entre en religion. A ce mot, le roi tourne brusquement la tête.
— Que dites- vous? demande-t-il au duc.
— Je dis, sire, que mademoiselle de la Vallière est allée retirer au couvent de Chaillot pour y prendre le voile.
Fort heureusement, l'ambassadeur et sa suite étaient pédiés ; car dans le trouble où cette nouvelle jeta le roi, ordonna qu'on lui apprêtât un carrosse, et n'ayant pas la .tience d'attendre qu'il fût attelé, il monta sur le cheval un de ses gardes, puis partit avec la rapidité d'un jeune >n auquel on ravit sa proie.
La reine, qui le vit partir, lui dit avec amertume qu'il était guère maître de lui.
—Ah! reprit-il furieux, si je ne le suis de moi, madame,^ le serai de ceux qui m'outragent (1).
On sait comment Tamour de Louis XIV triompha des solutions pieuses de mademoiselle delà Vallière; mais,
qu'on aura peine à se figurer, c'est la sensation que *>duisit l'entrée du roi dans la chambre de Madame, au
*S) Bujsy-Rabutin, tom II, page 19.
f05 LB COMTE DE GUICHB.
moment où œlle-ci se réjouissait du départ de la fayorito avec la comtesse de Soissons, mesdemoiselles de Montai, de Tomiay-Gharante et de la Motte-Houdancourt.
Le roi, tenant par la main la belle ûigitâye, s'approcha de la princesse et lui dit avec toute l'autorité qu'il savait prendre quand il lui plaisait :
— Je compte sur vous, Madame, pour persuader à mademoiselle qu'eUe est aussi chrétiennement chez vous que dans un couvent, et ^ue votre protection doit la m^tre à Fabri de tous les dangers qu'elle redoute.
— Mais... sire...
^ Point d'objection, interrompit le roi; songes, Madame que votre refus serait à la fois une injustice pour die et une offense pour moi!
Et, sans attendre de réponse, le roi passa dans l'aqppttftement de Monsieur, laissant tous les témoins de cette single lière recommandation convaincus de la nécessité d'^y (d)&.
Mademoiselle de la Yalli^e, ne pouvant comprimer les larmes qui l'étouffaient, demanda iSadame la permission de se retirer daos sa chambre.
Le comte de Guiche, le marquis de Wardûs arrivènent an moment où elle sortait de chez Madame, et leurs sourirfs à son aspect, lui prouvèrent l'inutilité de dissimuler éésat' mais la nature de ses rapports avec. le roi. Q»el autre que lui aurait pu la déterminer à revenir s'e^^oser de nouveau à toutes les humiliations dont les prinoesses raJl>reuvaientf Et ^e la récompense jd'une telle résignation -ae deviiail facilement!
;a peine Armand eut^il jeté les yeux flor /Madame» 40% frappé de P'état violent où elle était, il se ditaveoune dott» leur poignante ;
— Le roi peut seul la troubler ainsi.
En effet, répondant sans le vouloir à^lapenaée^diioottlii elle s'écria en le voysuit : ^
— Eh bien, toute contrainte est misede£6tié;la tavwrili est déclarée, et, sans respect pour mon raag,;pour mape^ sonne, du m'obhge à garder chez moi l'objet de cetteMie passion, h couvrir de mon nom une intrigue qu'avec imoiv secours on espère cacher à la reine! fit Jionaiear BottibtNt qu'on m'insulte à ce point! Non, je ne puis le croire, ajouta-t-elle avec colère, ils'uuira&noMspoiir GoalioQdit
cette vile créature, et pour sauver le roi chm tort quil se reprocherait toute sa vie. C'est à vous, comte^ d'éclairer Monsieur sur le rôle affreux qp^on veut me fîsdre jouer. IF vous eu croira mieux que moi, et vous oîrtiendrez de lui que cette fille soit chassée de ma maison.
— Malgré toute ma soumission à vos ordres, Madame, répondit M. de Guiche, je n'y obéirai pas dans cette circonstance : d'abord, parce que ce serait mal vous servir ensuite, parce que je ne suis paa animé du môme zèle que Votre Altesse pour la vertu da roi et pour celle de mademoiselle de la Vallière, ajouta le comte d'un ton ironique; d'ailleurs» il m'est prouvé que la résistance de cette fille, les obstacles qu'elle invente, lorsqu'elle se sent prête à. succomber, sont les tisons ardents qui alimentent ce beau feu, et qu'en sévissant contre elle on ajoute à l'intérêt qu'elle inspire, fi'est le mépria qu'oa lui a témoigné dans: ce palais qui a prétexté sa fuite, et lui a valu un retour éclatant. Si vous l'en chassez, on lui donnera un asile royal, et elle devra autant à votre rigueur qu'à là sienne.
— 11 a raison, dit M. de Wardes, le moyen n'est pas ingénieuxj il en faut chercher un autre.
— Certainement, les belles personnes ne manquent point à la cour, dit le comte de Guiche en regardant mademoiselle de la Motte-fHoudancourt, qui causait dans le fcmd de la chambre avec ses compagnes. D'ailleurs, vous savez que. le roi aime asse^ à changer d'adoration, continua-t-il en s'adressaat à la princesse et à la comtesse de Soissons. Puisqu'il est décidé à tromper la reine, l'essentiel est que. ce soit pour une protégée de Son Altesse, qu'on puisse la conseiller, la diriger dans sa faveur, et l'empêcher surtout de l'employer contre nous.
— Est-il donc si nécessaire, dit Madame avec humeur, que le roi soit l'esclave d'une de ces demoiselles, et donne ^exemple d'un, désordre qa'il punirait ailleurs?
— On le trouverait moins coupable s'il choisissait mieux, reprit le comte avec l'accent du dépit; mais puisque son mauvais goût l'entraîne, qu'importe que ce soit vers cette pauvre, boiteuse ou vers une autre?
— Il importe beaucoup, dit la comtesse de Soissons, îilufi l'amour est mal placé, plus il est durable. Vous le voyez, cette pleureuse de la Vallière, avec ses scrupules,
tOg LB COMTE DE GUIGHE.
ses yeux baissés, sa fuite romanesque, fait faire au roi ce que jamais une femme distinguée n'aurait obtenu de hii. Avec tout son esprit, il sera éternellement dupe des apparences de l'innocence et du désintéressement. Il a la manie de prétendre être aimé pour lui-même, comme s'il était possible de savoir au juste pour combien ses qualités personnelles entrent dans l'amour qu'on lui porte? La Vallière n'en sait rien elle-même. Etourdie de se voir tomber tout à coup de son petit donjon provincial sur la première marche du trône, elle cède à la séduction sans calcul, sans prévoyance; le beau jeune homme lui cache le roi, et lui, dans le ravissement de ce triomphe tout personnel se flatte que nulle ambition n'en viendra jamais diminuer le mérite. Mais soyez tranquille, le roi ne restera pas longtemps dans cette illusion, et c'est alors qu'il sera bon de lui présenter une aimable personne, non moins ambitieuse que la Vallière, mais plus jolie et plus spirituelle.
M. de Wardes, toujours de l'avis de madame de Soissons, s'engagea à prouver à mademoiselle de la Motte-Houdan court qu'elle devait être très-coquette pour le roi, et cela en lui donnant l'assurance qu'elle seule pouvait le rendre infidèle à mademoiselle de la Vallière. Madame, à qui ce projet ne plaisait point, finit cependant par l'approuver, et dit :
— Elle est maligne, impérieuse, elle le tourmentera; l'idée n'est pas mauvaise.
Cette petite trame, ourdie avec habileté, commença par donner de grandes espérances; mais elle n'aboutit qu'à inspirer tant d'effroi à mademoiselle de la Vallière, qu'elle mit tout scrupule de côté pour enchaîner le roi, ce qui lui réussit parfaitement. Louis XIV, ravi de son triomphe, ne. pensa plus qu'à en témoigner publiquement sa reconnaissance.
Un tournoi fut ordonné sur la place des Tuileries, qui en a gardé le nom de Carrousel. Le roi, excité par le désir de plaire, y fit des merveilles de force, d'adresse et de grâce. Bien que cette fê-e fût donnée en apparence en l'honneur d'Anne d'Autriche et de Marie-Thérèse, il n'y avait pas. moyen de se tromper sur la véritable reine de la fête.
La comtesse de Soissons en conçut tant de jalousie et de haine contre mademoiselle de la Vallière qu'elle prit dès
cet instant la résolution de la perdre à tout prix. Elle tenta d'abord de faire servir la reine mère à ce dessein. Elle lui fit insinuer par son confesseur que son devoir de mère l'obligeait à éclairer le roi sur Tamour adultère qui le conduisait à la damnation éternelle.
Anne d'Autriche, qu'on rendait ainsi responsable du salut de son fils, lui adressa de sévères remontrances auxquelles il répondit naïvement :
— Qu'il connaissait son mal, qu'il en ressentait quelquefois de la peine et de la honte, qu'il avait fait ce qu'il avait pu pour se retenir d'offenser Dieu, et pour ne pas s'abandonner à ses passions; mais qu'il était contraint de lui avouer qu'elles étaient devenues plus fortes que sa raison, qu'il ne pouvait plus résister à leur violence, et qu'il ne se sentait pas même le désir de le faire (1).
La reine mèie, irritée d'un semblable aveu, en témoigna vivement son indignation; il en résulta une brouille assez grave entre le fils et la mère.
C'était mettre l'amour du roi à une grande épreuve, que de le contraindre à opter entre cet amour et celui qu'il por- tail à sa mère; mais il n'hésita pas; et madame deSoissons, voyant qu'on ne pouvait plus rien attendre de la condescendance du roi aux volontés maternelles, pensa qu'eninstruisant la jeune reine de ce qui se passait entre le roi et mademoiselle de la Valliôre, sa jalousie espagnole lui inspirerait sans doute une vengeance proportionnée au crime; dans cette supposition l'imagination de la comtesse allait fort au delà de ce que le ressentiment de la reine, si vif, si douloureux qu'il fût, aurait jamais pu lui dicter.
L'enveloppe d'une lettre venant de Madrid et que la reine avait jetée par terre après l'avoir décachetée, servit d'abord le projet de la comtesse de Soissons.
Après s'être assurée que la lettre était de la reine d'Espagne et que la même main avait tracé les mots inscrits sur l'enveloppe, elle s'en empara furtivement; puis elle se rendit chez Madame et la supplia d'employer son pouvoir sur le comte de Guiche pour l'engager à mettre en espagnol une lettre dont elle apportait le brouillon,
(1) Propres paroles de Louis XI Y. Mémoires de madame de Motteville, t. VI, p. 175.
fH^ LE COMTE DE GUIGUE^
Madame, imaginaut qu'il s'agissait d'une plaisanterie, d'une de ces niches innocentes dont le but est de faire pester un moment la victime, promet tout ce que veut la comtesse. M. de Guiche est appelé chez cette dernière pour satisfaire au service qu'on attend de lui ; mais quand il lit la lettre combinée entre la comtesse et le marqms de Wardes et par laquelle la reine d'Espagae est censée révéler à sa fille toute rintrigue du roi avec mademoiselle de la Yallière, le comte s'écrie :
— Mais c'est une infamie que vous me commandez là; madame! et mon désir de vous être agréable ne saursât aller ei loin. Songez donc, dans votre intérêt même, aux con* séquences d'un semblable tour et à l'impossibilité d'eu laisser longtemps ignorer les couimbles! caria reine ne p^ut manquer de répondre à cette lettre, et de savoir presque aussitôt que la^ reine d'Espagne en est complètement innocente. G'es^une ruse qui ne perdra que vous.
— Ettuaspeurdet'associerànosdangers?ditM.d«Wafdes.
-—Je n'ai peur que de- me rendre méprisable^ reprit le comte d^uB: ton brusque, et ce* faux me paraît une* dés plus vilaines actions qu^on puisse conraïettre.
— Aussi se garderait-on bien de laproposer-àvotre^aus- "toe vertu, dit en riant la comtesse de Boissons; mais elle est .décidée, et c'est uniquement pour nous sauver des inconvénients d'une confidence périlleuse que nous nous adressons à vous pour cette traduction, certains que votre honneur ne nous trahira pas.
— Je suis bien flatté de la préférence, reprit le comte, mais je ne m'en rendrai digne que par^ma dista^imi;
— Quoi ! tu refuses à la comtesse cet...
. — En ce moment, l^rrivéede Madame interrompit Jfercla* mation du marquis.
— Yotr j Altesse nous surprend au milieu d'une altercation étrange. Vous croyez peut-être lé^ comte de Guicbe lié à^nos intérêts, et décidé à les défendre au péril de sa vie? dit la comtesse; eh bien, quand tout se réunit pour nous pi'ésager un succès facile, lui seul refuse de nous servir; un reste d'attachement pour cette la Vallièrele fait hésiter à so prêter aux moyens de nous en débarrasser.
— -M-oe vrai? demanda la princesse au comte d'un ton où le dédain cachait mal le dépit.
LE COMTE Da aUXCaB» 211
-^ G'eet que le moyea m&. msiAe fort ignoble^ et que^ LUS mosLzèle à vous obéir, Madame,, jet n'ai pas contracté labitude de ces sortes d'actions.
— Quoi! il s'agit de rompre une liaison scandaleuse, de ndre un mari à sa femme, d'empôcher la. reine de mourir
chagrin, et vous aj^elez cela une mauvaise action! îcria la comtesse de Soissons; en vérité, je ne vous comeuâs pas. Vous trouvez tout simple de vous faire passer ur un clerc de notaire, de mentir pendant deux mois UT arriver à séduire, à trcnnper, à abandonner une pauvre e... et votre vertu s'effarouche à l'idée défaire parvenir îrèlement la vérité à une personne qui a tant d'intérêt à connaître !
— Ah! marquis, je ne vous savais pas si bavard dans vos mchements, dit le comte m s'adressant à M. de Wardes ; is n'importe^ c'est parce que je connais tout le poids LU remords, Madame, que je ne voudrais pas m'affubler ,11 second. Bt à moins qu'il— ne me soit... bien prouvé... ute-t-il, son regard fixé sur Madame, qu'en traduisant .te lettre, ie ne fais pas une lAeheté. . . rien ne me décidera 'écrire.
— Quoi! pas un mot de la princesse? dit madame de ssonsd'un ton ironique.-
^ M* de Quiche pense avec raison, dit Madame d'un ton V cpie je ne lui demanderai jamais de, se compromettre ir seiîvir mes int^ôts, car ceux de maielle-sœur sont les ems, et je ne puis la voir trompée et humiliée journelle- «t par une fille de mon service, sans chercher à l'afiran- Ir, d'une si odieuse présence. Mais M. de Gui che n'est pas Ugé de se sacrifier ir mes affections de famille, de comsadre le sentiment qui me diiige en cette drconstance.
— Je ne le comprends que trop,- Madame, reprit Armand caWé sou&l'idée de perdre le peu qu'il possédait du coeur ! la princesse en se refusant à la venger de ce roi qu'eUe i pouvait cesser de regretter.
Alors la comtesse de Soissons, pressentant, que Madame e dirait pas, devant témoins, le mot qui devait décider le omte de Guiche à écrire la lettre espagnole, alla rejoindre nademoiselle de Montalais, qui était restée dans le salon tt'écédent avec les autres filles d'honneur de la princesse. *i de Wardes la suivit en feignant de causer avec elle sur
Slt lE COMTE DE GUIGHE.
l'embarras où les plongeait le refus d'Armand, et ils le livrèrent ainsi à toute la puissance que Madame savait exercer sur lui.
Vous le voulez-donc? dit le comte tristement. Mais,
avant d'en venir là, avez- vous bien réfléchi à...
— Je ne veux rien de ceux qui résistent à m'obliger, interrompit la princesse ; je me suis trompée en comptant sur votre dévouement, sur toutes ces belles paroles que vous prodiguez si bien lorsqu'il ne s'agit que de plaire, gue d'éblouir. Hélas! il est dans ma destinée de me faire toujours illusion sur ce que j'inspire, ajouta Madame, en essuyant une larme qui coulait sur son beau visage.
A ce reproche, à la vue de cette émotion à la fois douce et pénible, la vertu du comte de Guiche devait fléchir.
— Heureusement il y va de ma vie, s'écria-t-il ; oui le Bangde l'échafaud peut laver la fange. Je suis prêt atout; ordonnez, et je deviens un anonyme, un faussaire, comme je me ferais brigand, assassin si vous le commandiez. Doutez après cela de votre empire.
— Le doute me serait trop cruel, répondit Madame en livrant sa jolie main aux baisers du comte ; puis, appelant la comtesse de Soissons et le marquis de Wardes, elle leur demanda le modèle de la lettre concertée, et en dicta ellemême chaque phrase qu'Armand traduisait aussitôt en espagnol, imitant de son mieux l'écriture de la reine d'Espagne. Seulement, effrayé de ce qu'on lui faisait faire, il s'interrompait souvent pour risquer quelque observation dont or riait, car la comtesse de Soissons, se méfiant du fond de loyauté qui existait dans l'âme de Madame et dans celle du comte de Guiche, affectait de traiter en plaisantant l'invention de cette lettre et se moquait fort gaiement de l'espagnol de fantaisie du comte.
L'homme d'esprit qui croit savoir une langue étrangère, sous prétexte de la comprendre et de la parler, y commeencore des fautes burlesques dès qu'il tente de l'écrire. Ces? ce qui arriva au comte de Guiche.
La lettre terminée, madame de Soissons ne la laissa p»^' une niinute de plus entre les mains du comte ; elle savai? trop bien qu'une fois loin de madame, un remords de conscience lui aurait fait déchirer l'écrit, dont elle attendait ^ résultat si désiré. M. de Wardes se chargea de faire parvenir
lettre par un Flamand qui quittait son service pour reirner en Flandre et n*en pas revenir.
]e faux courrier, se disant attaché au comte de Brienne, îré taire d'État, vint apporter la lettre au Louvre, avec ire de la remettre à la senora Molina, première femme de ambre de la reine, la seule Espagnole qui eût la permis- )n de la servir en France.
]|ette femme, qui connaissait parfaitement l'écriture delà ne d'Espagne, crut voir différents signes qui trahisent une imitation mal faite. Alors, pensant que ce pourt être une lettre anonyme, et que dans le doute efle ne quait rien de la montrer à la reine mère, elle la confiai ;te princesse. Celle-ci, ravie de faire parvenir à son fils e preuve de plus de l'indignation qu'inspirait générale- ;nt son intrigue avec mademoiselle de la Vallière, engagea Molina à porter la lettre au roi. Elle obéit, et profita du »ment où il sortait du conseil pour lui dire comment, par ffeî d'une inspiration divine, craignant que cette lettre ne atînt la nouvelle de la mort du roi d'Espagne, depuis igtemps gravement malade, elle avait décacheté ce paquet ant de le donner à la reine.
Tandis que la Molina justifiait de son mieux une indisition dont elle attendait la récompense, le roi rougissait colère en lisant la dénonciation de ses amours avec manoiselle de la Vallière, cherchait à en deviner l'auteur, se promettait de punir sans pitié le traître, l'audacieux qui lit osé l'écrire.
Iprès avoir fait jurer à la Molina, sur son salut, qu'elle tvait pas montré à la reine la lettre qui le dénonçait, le la relut et la garda en s'efforçant de dissimuler l'impresn qu'elle lui causait ; mais dès qu'il fût délivré de la préice de quelques ministres auxquels il devait donner iience, il s'empressa d'aller chez la comtesse de Soissons, isant avec raison que son esprit sagace et sa connaissance :faite des caractères de tous les gens de la cour, la renient plus propre que toute autre à deviner l'auteur de la tre infernale.
L'effroi qu'éprouva madame de Soissons en voyant entrer roi chez elle la lettre espagnole à la main et la colère nsles yeux, faillit la trahir. Mais bientôt rassurée parles emiers mots du roi q^;i la conjurait de l'éclairer sur les
}>Q«s«Aiie8 capables d'uae telle kilaixmv elle s^plt^ss K dirigier ses soupçons, sor mademoiseMd de- IfoaflpeBsiePi sur U dui^besse de. NoaiUes; et sur ma!âa&ie>' de licrtt&ville, et lUtoe jttsqiA!à pdreQQBcer le nom de M. le pnnce. Mads à ce wm glorieux, Louis XIV s'écria que lurérolte pouvait être le crime dlu^eâaie nobte» mfais no&;pas la traàison, et que son cousia était incapable d'une, telle lâcheté ; il agouta à oette iniurec^e» qui soulageaieat le mieaz son resseatiment ; et madiii^ de- Seissons eut besoin .de toute sa p^ 13^Qce d'esprit pour ne pas laisser sperceroir ce que s&a Offgueil souffirait de tant d'épithètes Pétrissantes.
G.epea(^t, Texcèa naèrne du mépris (^e tâiQoigBait le toi h propoft des auteurs de la délalion^ prouvait assez qu'il UQ saii^çonnait pa3 la ooœtesse d'en faire partie ; utais elle }je:«avait^ eëid^ et le ciel, dan» sa justiee, la livrait aux hu* QlUiatioiiâ, aux crainte les plus cruelles^ en dépit du succès 4e sa maujiraise action.
FeQdaiit.que Louis XIY, eu proie aux soupçons les plu» cèsédaats, eu acq3d)lait alteraalivement tou&les froideurs 09^ convois et les vieilles prudes de s» cour, le comte de Guiche se reprochait vivement la fa&leesc qui l'avait «sli^gLlné à uui^ action dont il ne SQ diaEdniulait:ni k torpitudiB, ni les; conséqiieQ^s.
-^ Et c'eet pcair la veo^r de oelui; cfié luif préfôrd la Y^lière, que j'ai pu me déshonorer à mes propre» yeux paf cet infâme délation, peusallril avec aaierluaaae. Je oîai pas même pour excuse d'avoir obéi à son amour pocu' moi! Telle est l'affreuse passion qui me dévore. Je u'ai de son cœur que ce qu'un autre en dédaigne* Si te roi disait un seul mot, je perdrais à l'iastant ju8(su'à,la pitié qm m'es^ due^ Eh bien, ce faible retour accordé à. ma iolie, inspiré par le dépit,^ce bonfeeu* faeticô qui m'enivre sans m'aveugler, je puis tout lui sacrifier : mon repos, ma lihecté, ma vie! puissance iae^licable! fatalité sa^amique!
j'y succoiasibefai, je le seus... mais que: sa voloiUé soit faite!
ra comte^oe GtrctiB, . as
Plusieurs drdonstances réuuies à de ces faits Cfui abattent ordinairement Texallation la plus vive,. auraient dû temr pérer celle d'Amtand pour 'Madame. Elle venait d'accoucher de Mstrre-Leuîse d'Orléans ; et le respect dU à la maternité éteint souvent le fëu.dïls idées romanesques ; mais, la passion du comte était de celles qui î)ravent tout, mêmfe- un Sentiment rival.
Le secret de la lettre espagnole résista ïon^gtéraps amt investigations de la police royale; mais les recherches, vaines OTf Uffpôint, anièttcïit prestfue toijours dfun autre ' • côté quelques découvertes auxqueues on ne prisait pas. Par suite de plusieurs iirterrogatoireô îisdts aux gens de Madame, on sut que le comte de.GittcAie était mtré secrètement chez taprincesse, et tselapar l'entremise de made- v moiselle de1É)iitalais.
Le roi lâria de -ce rapport âU'inarqûîs de Wardes tjut^ redoutant'la fTjtuchiSe de son ami, et désirant le voirtisSeSC loin de la cour pour n'y pas conuneftre dlndiscrétiou, ttla. feiblement ramt)ur d'Armand pour Madame et les extrata^ gances qui en étaient la suite. Cependant, effrayé delft colère qui s'emparait tlû roi t Tidée d'un tort dont Sa Majesté donnait si Men l'exemple, M. de Wardes chercha kl^ calmev en approuvant sai^solutiou de séparerau plus tftt le comte de tïuidie de Tobjétde sa passion. Seulement, , a persuada au roî tpie l'intérêt de Monsieur iêt de Madame exigeait tpie cet éloîgnement n'eût i)as l'an* là-^ine dî^ grftce, etqtfil serait à propas de donner au comte le toitt^ * mandem^lt des troupes de Nancy, nouvel exil qui tiuratt toutes les apparences dMne insigne f&veur.
L« roi, ravi dB l'idée qui lui donnait le doÙBléttttîfè* de désespérer le comte de Guiche et de rèJôtUr le maréiâiat de Gramtmt, en lordonna aussitôt l'exécrttitm et ttl<#* pandre le hruit que c'était aux soUrcitatioUâ d'ÂrmàUi ^[q9| lui avait aocordé le commamlement de ces troupes. -# '^ttadame, 'fort smprisetie cette iiotrr^,il^ot^MHII^'^
que le comte avait pensé s'éloigner d'elle sans Tavoir con- Bultée; et le roi, trop jeune encore pour savoir qu'eu amour il n'est point de colère muette, et qu'elle tombe au premier mot d'une explication, quitta Madame, convaincu d'avoir assuré la prochaine rupture qu'il désirait.
Mais à peino. la princesse fut-elle seule qu'elle fit appeler mademoiselle de Montalais, lui ordonna de voir le comte de Guiche et de savoir par lui la vérité.
L'état de désespoir où mademoiselle de Montalais le trouva par suite de l'ordre qui le contraignait à partir, le justifia trop bien du soupçon de l'avoir sollicité.
Dans sa rage, Armand écrivit à Madame qu'il lui offrait de soutenir au roi, devant elle, qu'il n'avait point demandé le commandement de Lorraine et, qui plus est, de le refuser...
Madame, effrayé de cette menace et connaissant M. de Guiche capable de l'effectuer, fit prier M. de Wardes de s'empa^'er de son ami et de le supplier en son nom, à elle, de se laisser diriger par leurs conseils. M. de Wardes, qui voulait éloigner Armand et non le perdre, le mena chez Ja comtesse de Soissons où il se laissa conduire dans l'espoir d'y rencontrer Madame ; là on le chambra, on le sermonna, on lui prouva surtout quesa résistance aux ordres du roi compromettrait la princesse, car on supposerait naturellement que pour s'exposer à tant perdre d'un côté il fallait beaucoup obtenir de l'autre.
Cette dernière raison parvint seule à calmer le comte; il se résigna à partir, mais à la condition qu'avant d'obéir à Madame elle recevrait ses adieux.
On céda à sa volonté opiniâtre, et mademoiselle de Montalais fut chargée d'assurer l'entrevue; on convint pour plus de sûreté qu'elle aurait lieu en plein midi, cette heure étant celle où Monsieur allait chaque jour au Louvre, et l'heure aussi la plus rarement consacrée aux visites mystérieuses.
Mademoiselle de Montalais, après avoir introduit^ Ifi .comte de Guiche par un escalier dérobé, l'enferma dans^'^l'oràfOi^e de Madame, puis elle alla dire aux gens de servi^,e que i\ princesse s'étant assoupie après son dîner, on ne laissât entrer personne dans la galerie. ^
Tous les cultes se ressemblent ; l'amour n'est qu'i^ne pa- . J^ç de celai qu'on doit à la divinité ; et rien n'éidj^i plus
LE COMTE DE GUIGHS. ^n
opre à exalter les sentiments déjà si passionnés d'Armand .6 la vue de ce prie-Dieu où madame venait chaque soir chir les genoux et joindre ses belles mains pour implorer ciel en faveur de celui qu'elle aimait.
Dans ce joli temple domestique, où le luxe des velours >dé8, des crépines d'or, offrait un grand contraste avec table où naquit Notre-Seignêur, et que représentait un 3 tableaux de Poratoire, tout rappelait le rang, l'élégance la piété de celle qui l'habitait.
rétait là seulement que sa pensée intime osait s'exhaler; tait là que, l'âme abattue sous les efforts d'une éternelle atrainte, elle venait, pour ainsi dire, respirer le vrai^ et bandonner enfin à toutes les impressions qu'il lui avait lu combattre ou cacher avec tant de peine ; c'était là 'elle venait se reposer d'une existence factice; là. elle iterrogeait sur ce qu'elle éprouvait, et se répondait avec Lte la sincérité qui préside aux aveux dont Dieu seul ei^ loin.
V.U nom de Louis, qui avait si souvent retenti dans ce ictuaire, le nom d'Armand avait-il succédé? son image ût-elle apparu quelquefois parmi celles qui décoraient ce •ux séjour? Que de questions ardentes Armand adressait ce prie-Dieu, dont les marches, recouvertes d'hermine, ntraient encore l'empreinte des genoux de la princesse! e d'émotions, que de désirs faisait naître en son cœur spect de ces objets confidents des plus secrètes pensées celle qu'il adorait! Gomme il aurait donné joyeusement vie pour la voir là, un instant, remercier )^ ciel d'être passionnément aimée!...
L'enivrement où^le plongeait ce lieu uniquement consacré
Seigneur et à elle, était si délicieux, qu'il n'entendit pas os une sorte de.regret le bruit des pas de mademoiselle
Montalais, qui venait l'enlever à sa brûlante rêverie ur le conduire auprès de celle qui en était l'objet. Cette impression, difficile à expliquer, sera comprise par as ceux dont l'imagination a toujours mieux rêvé que ce L'ils ont obtenu. En effet. Madame, quoique sensiblement uchée de l'amour du comte de Guiche, se crut obligée de i reprocher d'abord l'excès de cet amour qui le portait à aver la volonté du roi, la juste jalousie de Monsieur, et la ière qu'elle lui avait faite de se rendre à Nancy sans délai,
G]3ACim de ces toi^s étaU UA& preaie éle i^; passioa du comte, et loia de &!ca jjUJStiQer, il i^e p^saili. qji'à 1^ fi^rd oublier par (^ pl(i& gca&dâ, lorsque trois coups frappés à Tune des portes de la galerie jetère&t raJiafaie. 13 aa voix, <]^e UanismB o^ i^coimut poiat, dit cas mpt$ à; traYcra la
— jJ'Aa:tign;if (1)9, YU entfqr le com^i elle ^ a ftût avertir llp^a^eur; il sera ipii d|t|iâ im iastaul^
La -princesse appela aus$it6t* madeB^sctUe, de MoQtalais. pou^ faire évader Armand, qui, blasé sac le dangier d'être surpris, profitait, d^ Felfroi do'la piiapapse, et lu dérobait i:^i^e foi^le de care#6es^ simsipcinfi^ à. qq qu'elles pouvaient Ip coûter.
Mais comma il n'élitif pan aeul <>mpipmis, il fallut it nouveau se spKmettpe mg^m intés^^ diE^ia G0^fid^t^, cpu n& trouva^^i^^» de vm^ <p& d^ cac^r le comt^ ({ans l9.b4u^cb«iainéQ.d^l9^^hapd)r6 lialriit^ par miademoisQlle
d'Artigny, Cette manière de cacher le coupable chez 1^ dé-? n<HiQiskt«ur a^ait <ii^lque Qhçae de pÂni^iil qui, fit pceodre patiqnc&au pao^^e reclus, Qq^ ilQipMt te sqf^i^ de ss^ retraite enfumée q^'ài rheui!e : o% H^mq^u^v. K^apoe et l<dur coui; s^ r$Qdirent à] l,a comédie qui devait ^, j90^ d^nf^ TApparte^
Apfifâsd ?mm wmi raison q^m poM <^^ ^sit wkfifi
saidisgr^vU HsQjid^peii de raugi»eiit(W p^ UQ$^ d^Dia^ c]^e hf9Ï4ie^. ^: iQspisé du désir dâf xmmm ^^Ik^A^zS;^ b iQôQidredoQil il avait échappé auK teqliaPKdldS ^ espippa d#;A^s^6ur, il D^étltse» baàitslQS i»tugniagpi||SMiue^,^t alla se présenter à la reine sous pjc^tj^i^^d^: VQn|fi-pf;Q{H}ft s^ Q^4^9 avapt de paiHis la, imi méoie pgiii^ Vagi^^.
G^ âépa«}t sijproohalu; d^mit i»^CQ3sairQQ^ea| î^iri^ til0f^^ l^SCéseapo.dM^ comte de-Guicbep eqd^la soirée^ S'aîU^u^ l%fleip^, qjri.aMiribu^it lasévéîiW du.roi^eiîirer§;iyna«i^aft refus que o^luirci avs^t faH dj3 serviir l$s amoiUi9(<te W^ i^lpelli^ de la YalUèifei 9mU un grsud fp^ d'iand^lé^^ pour/ l]u „ et. peut-ôtre^ aussi subissaift-elleàiSOQiijAsu. TefijA <Iïlf[ PiiQdui^aient sur toutos Ips femmes son. ^prÂt^sédiiisail^ e% sa ^4q^ ifirésistiblo. ?ufiil, ellq TaccufilUit avec taqt dH
(1) l)eppi,oj^ei][lQv d'honneur de Ht^dpiÇiQ. Honriett^ d'Ajiglet^ .^e et At pt^s.cQiniesse du Rpuje. (Mémoires de ma^owe da La&gretCe, U IQi
LE COItTE DE GUICHE« Sia
toute* que. le roi et la i:eine mère n'osèrent st livrer au ressentiment qu'ils éprouvèrent en le voyant ainsi brav-er leur malveillance.
c-JU'entrée du comte de Guiclie avait produit une grande seBsution sur tout le monde, excepté sur Madame, qui, plqngée dans une agitation inquiète, regardait sans voii^'et écoutait sans entendre ce qui se passait autour d'elle.
Vidée d'avoir peut-être reçu les derniers adieux de VliQmme dont l'amour lui devenait chaque jour plus agréable^le vide que cette absence allait laisser dans sa société inUme, dans s^e^^ intérêts les plus doux, lui révélaient ce qu'elle ne s'était point encore avoué, c'est que, sans partage*? ramQur d'Armand dans tout ce qu'il avait d'absolu, de frénétique, il était devenu un des besoins, une des joies de BQU âme, et qu'en le sacrifiant elle se condamnait à d'éterv^ enni^is.
Être la pensée continuelle d'un cœur arden^ d*un esprit supérieur; se sentir sur ce cœur d'élite toute la puissance de la divinité; tenir dans un regard son bonheur on son supplice^ sa honte ou sa gloire, quel empire enivrant! et çifilfaut de vertu pour abdiquer une si belle couronne!
Absorbée dans le. regret de tout ce qu'elle imme ait au. devoir^ Madame ue s'était point aperçue du mourement causé par l'arrivée du comte de Guiche. Mais ce nonr, pro- OOncé pi^ d'elle, la réveilla en sursaut de sa sombré xéverie, et un éclair de plaisir remplaça aussjidt le nuage qui Mtri^taît ôon beau visage,
Armand, que l'excès du malheur trouvait toujours armé» faillit succomber au bonheur de lire sur ce visage adoré d'id)ord le regret de sou éloignepient,, puis la joie de le xevoir eucore. Q semblait que le sort pour mettre le comble. k ia rigueiu* envers lui, l'obligeait à fuir Madame, au moment où elle se montrait touchée de sa passion et où eUe allait la récompeusier.
D'abord, il se repentit de n'avoir pas mieux profité du peu d'in^tanta qu'il, avait passés près d'elle, et de n'être point conventt avec, Madame du moyen qu'il emploi^-ait pour lui faire- parvenir ses lettres; mais il pensa qu'elle se aérait cru obligée de lui interdire toute correspondance, et (pi'H valaK mieui^ ag^sans sa permission que de luidon^ Qer l'eu^ias i^ l'accorder c^ le chagrin de la refuser»
Il se tint toute la soirée derrière le fauteuil de la comtesse de Soissons, qui était près de Madame ; il n'adressa pas une parole à celle-ci, mais il entendait sa voix lorsqu'elle répondait à la reine, et ne perdait pas un mot de ce qu'elle disait à la comtesse. C'était pour lui comme les de^ niers accords d'une douce harmonie qu'il craignait d'entendre pour la dernière fois.
Monsieur, en proie à une agitation visible, s'arrêta involontairement en passant près d'Armand , et ne put s'empêcher de lui dire, d'un ton à la fois amer et railleur :
— Vous ici, monsieur le comte? Je vous croyais déjà sur la route de Nancy.
— J'y serai dans deux heures, Monseigneur, répondit M. de Guiche en saluant respectueusement.
— J'ai vu un temps où le plaisir de prendre un si beau commandement vous aurait trouvé plus impatient à vous y rendre ; mais vous avez, dit-on, de grandes affaires à Paris, et il vous en coûte sûrement de les î5)andonner, ajouta le prince d'un air goguenard.
— Il m'en coûte toujours de quitter la cour de Votre Altesse, reprit le comte sans se déconcerter; mais l'honneur de servir le roi console de bien des regrets.
— Surtout quand on en laisse, dit la comtesse de Soissons de manière à n'être entendue que d'Armand.
Puis elle s'empressa de porter la conversation sur la comédie qu'on allait représenter.
M. de Guiche, ennuyé de se voir l'objet de l'observation de tout le monde, et de la surveillance particulière de Monsieur, se retira avant la fin du spectacle pour aller écrire ses adieux à Madame ; mais quelle fut sa surprise, sa douleur, lorsqu'Étienne, chargé de porter à mademoiselle de Montalais la lettre destinée à la princesse, rapporta ce billet à son maître :
« La méchante d'Artigny triomphe; à force d'intrigue, elle s'est emparée de l'esprit de Monsieur, et lui a fait tant de contes sur vous et sur mon zèle à servir vos intérêts que la maréchale Duplessis vient de me signifier l'ordre donné par Monsieur, àl'insu de Madame et du roi, de me rendre sur-le-champ à Fontevrault, et de renoncer ' pour jamais au service et à la protection de ma chère msd- Presse. Le carrosse est là qui m'attend. J'ai, grâce au ciel
obtenu d'emporter ayec moi les papiers que vous savez (1). Ainsi, soyez tranquille, et, faites agir vos amis en ma faveur. Vous me devez bien cette preuve d'amitié.
» G. DE Mqntauis. »
Monsieur, en chassant ainsi mademoiselle de Montalais, apprit à la cour et à la ville ce que les plus hardis n'auraient osé soupçonner. Cette maladresse conjugale donnait à Madame le droit de se plaindre et elle en profita, heureuse de pouvoir changer sa défense en attaque.
Monsieur, après s'être assuré du départ du comte de Guiche et de celui de la confidente, se rend chez Madame; il lui déclare qu'il est instruit de la visite clandestine qu'elle a reçue la veille, et s'étonne du calme de la princesse en écoutant cet avis et les reproches injurieux qui l'accompagnent.
Loin de nier l'entrevue secrète dont on lui fait un crime. Madame avoue l'avoir demandée elle-même dans l'intention de détourner le comte de Guiche du refus qu'il voulait faire au roi. Le motif de cet entretien le justifie assez; car une longue séparation en doit être le résultat, et si la présence du comte de Guiche avait été aussi chère à la princesse qu'on le présumait, elle n'aurait pas tant fuit pour s'en priver.
Ensuite passant de l'explication à l'accusation. Madame s'étend sur tout le tort irréparable que va lui faire le ren- ^ voi de sa fille d'honneur ; elle accable Monsieur de récriminations piquantes, lui prouve que lui seul l'a compromise, et achève de le convaincre en lui avouant qu'en effet le comte dé Guiche était amoureux d'elle, et que redoutant quelque trait de sa mauvaise tête, elle avait voulu user de son empire sur lui pour l'empêcher de se perdre, et de
(1) Tontes les lettres da comte de Guiche à Madame étaient confiées par la princesse à mademoiselle de Montalais.
Mt LE €OM¥E DE &tnêff%.
Mre naître, imr 8ê8 extravaiE^nces, ntie AMe d'idéeid è^ d^ propos qui auraient «itteinMes iûnocentonut&nt ^e letdih pable. ' . . „ ,
Ces 'raisons, données avec Tassurance du succès, obtinrent tout celui qu'on en attendait. Monsieur, sans consentir au rappel de mademoiselle de Montalais, promit d'agir de manière à prouver qu'il ne lui restait pas la moindre inquiétude sur les rapports qui -existaient entre Madame et le comte de Guiche.
' D'ailleurs , se croyant assez vengé par l'ennui profond où tomba Madame après le départ d'Armand, il se consola de 'sa disgrfiice par le plaisir de faire un acte d*autwité, unique gloire des gens faibles.
Ce triomphe avait tenu à peu de chose, c&r la lettre de mademoiselle de Montalais avait mis le comte dans tiîie telle colère qu'indigné de Voir Madame insultée dans la personne qui possédait sa confiance, ïlYOtiiait avant de partir la venger du prince et parlait d'aùefr se plaindre aU roi de la conduite de Mortsiettr, sans penser à îa folie de cette démarche ; enfin il se livrait à totite la luretir d'une révolte insensée, lorsqu'averti par la comtp^c de Guiche, le maréchal de Gramont entra chez son fils.
— Vos gens déraisoïinent, j'espère; ils j)ffitendent que Yous venez d'ordonner qu'on renvoie les chevaux de poste? J'ai défendu qu'on les dételle; et je pense que vous ne me démentirez pas, dit le maréchal d'un ton absolu.
— • J'obéissais aux ordres, à l'intérêt d'une personne qcd mérite tous les sacrifices, dit Armand ; mais on l'insulte, on l'afflige, on la sépare de tous ceux dont le dévouement lui est nécessaire, et je reste pour k détendre.
— Pour la perdre, vous voulez dire; car c'€si èïle qui sera la première victime de votre résistance ; /ce qu'on tehte aujourd'hui vous le prouve assez. A qui doit-elle le renvoi scandaleux de sa favorite? à la sotte complaisance de cette pauvre fille à servir votre helle passion. Si elle n'avait pas consenti à recevoir vos épîtres amoureuses, â protéger vos rendez-vous galants, elle ne se verraif pas chassée honteusement sans avoir eu le temps de justifier sa maîtresse. Mais le J[ial est fait, et c'est bien assez d'avoir à se le reprocher, sans vouloir y jyouter 4e nouveaux torts dont l'idée seule doit temfîervii^âiflie d'honueor. ^
1ÉZ dO'MTE ^E G^ICtffe.
côh tente pafe céCî aVéc hh serine^ïi ^paternel; j'èâ McWiii^ depuis ictoêtémps l'ifrftitillté de vous pa^i^^êt rûiëôïi ; àiais S votre eÊptf^ est fou, Votre étieur est ndblie, et on ne \ solli»cîtem jamais efu vain 'pour la tjaufee de Pîwnneur. Que ce fi'oii ou non Vôtre Mte, Mafeûie Se trouve lK)i*rfl)Iemënt cotïifft^ômîise tmt* îiapport à Vous. "Si ^oûs hésiteiz à'vôuô eil éloigner en ce moment, rôtUÈ aftiffe» àtrellè la coMife An roi, la vengeance de Monsieur, le blSltae générial ; VôUs apprenez à ia'tefrfe ëritièi^ l6 ptîx dont elle pa^e v6tre lâëheilé-. mence.
A ce m(jt^deïàélîe,1te cOïntè fît m ilicruVeiiieflit îcbiafufeif/
— Oui, lâche, répéta Iti maréchal, car ce sont des ^rbufios admirables que vous ï'^usefi cte cônitnahdet',«ét aVfeô Ife ûbm de brave (pie vous vcfus etes*si justement actfuis, vous ne pouvez vous soustraite à un si grand devoir isÈiiïs 'fév^Iet là catuâe de Cette indigne fe^Messe. Va, je *e btfflùais, Aî^ mand, ajouta le tnsfréchaî ^vec toute h cotdialîïé d^n ta^ marade d*armes, tu ne te pardonnerais pas 'tm sfembhibfe tort, €t tu ^e Yëmeî'dié^s un joùt ^ le TaVôir êvîtè, de t'avoir rappelé ce que tu dois à notice 'nbto, è iàies yi(s& exploits et à tes jeunes blessures.
L'émotion du maréchal passa dans le cœur d'Armand, son visage se couvrit de larmes; il se jeta dans les bras de son père.
— Disposez de moi, dit-il d'une voix étouffée... mais ne me quittez pas... j'ai besoin de votre courage... pour m'ai- ^èëth vMrs... dbëir!... le Suis... «i tnalheUréux!.*. a& nbm •du ôiel, ïfreiiéz pfilié^e moi !...«oyez ioci^m afuïi, mon gaide.^. ^mïyêchez*>moi...*de la perdre... de me déshonorer... Air! *mdtiDieUj (Juelle honteuse prière... ét^'il iMit 4'amodr ^but* braver tant de mépris !...
-«- tîue pttrles-tu de mépris! s'écria le rharêchal^n îd^sant Armand sur son sein; je te défends d'insulter mon ôlâ, lîion dier Armand, à l'instant où il efface IcTus «es torts Tpàt la plus courageuse résignation, où il me dôMe la j(«te 'ée le jpatnèner au devoir par la sente influenoedela voi^îc ite *sbn père. Va, ce moment acquitte tous les chagrins de t&fe vie; Il Ine promet pour toi un noble avenir... car l'M>tnme qui immole amsi toutes ses passions à l'hoifueur ne fera jamais rien contre sa gloire.
En disant ces mots, le maréchal entraînait son 'fils fera
la porte de Tappartement; il lui faisait desœadre rescalicr, au bas duquel la maréchale de Gramont venait d'arriver, pour embrasser son fils avant qu'il montât en voiture.
Ce ne fut pas sans un vif attendrissement qu'ils se quittèrent. Au moment de se séparer, la duchesse dit à son flls, en lui montrant la comtesse de Guiche qui pleurait à moitié cachée par le rideau d'une fenêtre :
— Que lui dirai-je de votre part?
— Que je ne me suis pas trouvé digne de recevoir ses adieux.
Â'ces mots il fit un signe, et les postillons partirent au grand galop.
Le lendemain on lisait dans la Gazette :
« Paris, 29 may. — Le comte de Guiche est partit d'icy, pour aller en Lorraine, commander les troupes du roy, en qualité de lieutenant général, Sa Majesté lui ayant tesmoigné, par un si considérable employ, l'estime qu'elle fait de sa personne (1). »
Qui aurait reconnu dans ces expressions flatteuses ces XDOts-ci : Disgrâce^ exil^
La supériorité d'esprit, de beauté, d'élégance, qui faisait du comte de Guiche l'homme le plus séduisant de la cour, n'avait pas permis jusqu'alors à aucun rival de lui disputer le cœur de Madame; mais à peine l'eût-on contraint à céder la place, que le prince de Marsillac, le chevadier de Lorraine et même le marquis de Wardes se mirent sur les rangs.
Madame accueillit d'autant mieux lliommage du premier qu'elle n'avait aucun goût pour lui, et qu'en feignant une légère préférence en sa faveur, elle espérait reporter sur lui toute la jalousie dont Monsieur honorait le comte de Guiche, et cela sans donner d'ombrage au pauvre exilé. La ruse n'eut que trop de succès ; Monsieur se montra si
(1) Gazette da 26 mai 1662.
LE COMTE DE GUIGHE. fSS
importuné des assiduités du prince de Harsillac (1) auprès de Madame, qu'on crut celui-ci plus heureux qu'il ne Tétait, et le plus traître des trois aspirants se servit habilement des bruits que lui-même faisait répandre sur la prétendue intimité de Madame avec le jeune prince pour jeter le trouble dans l'âme d'Armand.
Gomment soupçonner tant de duplicité dans l'ami, le confident à qui l'on a livré ses plus chers intérêts, ses secrets les plus sacrés ! Armand aurait cru manquer à ce culte de l'amitié qui range les soupçons au nombre des impiétés les plus révoltantes, s'il avait mis en doute la vérité des révélations de M. de Wardes. II écrivit à Madame une lettre de reproches, dont elle s'offensa, et s'en plaignit au marquis de Wardes. Celui-ci, loin de prendre la défense de son ami, s'appliqua à effrayer la princesse des suites que pourrait avoir la colère jalouse d'Armand et lui fit entendre que pour plus de prudence elle ferait bien de lui redemander ses lettres, cm*, si innocentes qu'elles fussent, on pourrait les interpréter fort mal, disait-il, et c'était rendre service au comte lui môme que de lui ôter le moyen de céder à un mouvement de désespoir qui lui laisserait de cuisants remords.
Sans croire Armand capable d'une action aussi infâme, Madame reçut une fâcheuse impression de la facilité de M. de Wardes à la prévoir ; cependant elle ne se serait pas décidée à suivre le méchant conseil du marquis, s'il n'était revenu la semaine suivante lui montrer une lettre d'Armand en réponse à celles qu'il lui adressait tous les jours pour l'éclairer, lui écrivait-il, et le consoler de la prétendue infidélité de Madame.
Comme il recommandait à sa dupe la plus grande discré-r tion sur les faux avis qu'il lui donnait, Armand ne disait pas un mot dans sa lettre (les obligations qu'il avait à ses avertissements perfides et s'ad)andonnait sans contrainte à l'indignation que lui inspirait l'inconstance de celle qu'il adorait.
Le marquis, affectant un effroi extrême du ressentiment jaloux d'Armand, dont il avait soin d'exagérer les impressions injurieuses, prouva à la princesse qu'elle ne devait pas perdre un instant, pour ôter à cet insensé les moyens
(1) Ia fils aîné du dac de Larochefoucauld.
tt6 . XE COMTE DE GUIGHE.
de la peFdf e ; il s^offrit de Taider à coinpos^ le billet, ^ ' ' Bans articuler positivem^t sa demande, ^le Tliiiûiueisit ' si adroitement qu'Armand serait lorcé^de i«rcom^ndre, et d'y satisfaire, ' * .
M. de Wardes, par les mains de qui ïM^âait-or^'îiiwfittBmeût toute la correspondance de Madame «t 4u £onït«^ depuis la disgrâce de mademoiselle de fttotalads 6e cfaaiigea naturel- » lement de faire parvenir à son ami la lettre qu'il peossit devoir amener une rupture déÛnkive^ntpeia princease^t le comte de Guiche.
^ On devinera sans peine ce qu'Armand éprouva en «e voyant traiter comme le dernier des fats parla femme quiil divinisait^ par celle dont l'estime lui était aussi nécessaire pour vivre que l'air pour respirer. Accablé sous le coiiq)ie plus inattendu, le moins mérité, il lie s'abaissa point à sejostifier; il manda simplement à sa mère qu'il la priait de remettre la cassette qu'il lui «vait confiée en^parlant àèL le marc^is de Wardes,
Le tre^ prompt succès d'une perfidie en est parfois ie délateur. Madame, en voyant entrer dans son oabinet M. de Wardes cachant sous son manteau la cassefte remise «ntre ses mains par la maréchale de Gratoont^ s'étonna tie ^oir son voeu si tôt accompli ; eHes'était flattée de quelque résistance delà pari du comte, et ne doutait pas que la restîllition ne fût au moins accompagnée d'une lettre fuloiina&le. La soumission et le silence d'Armand là confondirent.
— Je l'ai mortellement blessé, pensa-t«eWe. Je l'ai fr^pfé dans son honneur; il ne me le pardonnera de la yieMétml ni moi non plus je ne me le pardoimerai jamais!
Et, oppressée par un sentiment qui tehait du rcmor^, la princesse n'écoutait pas ce que disait le marquis de Wairdes, eu cherchant à faire sauter à l'aide d'un couteau, la sermve de la cassette, car M. de Guiche n'avait voulu en eoHfiflr la clef à personne.
Enfin le cguvercle de la boite se leva, et Madanae aperçut . ses lettres rangées avec soin dans de petits cahiers irecoû- Terts de velours bleu brodé en or; et dont chaque séparation était marquée par une raie de diamants. Cei écrindonl la magnificence était cachée sous la modeste apparence d'une cassette en bois de noyer, surprit très-différemment Madame et le marquis Elle ne dissimula pas la petite sa-
tisfaction d'amour-propre qu'elle éprouvait envoyaàlflès tettres si richement logées; et son cœur souffrit de fegi^t d'arracher ces tendres souvenirs, ce trésor imaginaire, 'à celui qui y attachait tant de prix!
M. de Wardes sentit qu'il fallait trouva* un autre mc^n de perdre Armand dans l'esprit de la princesse, etreeoi^ut que l'amour vrai n'est pas facile à caloffinier.
Si le comte de Guidie avait pu se douter de<;é ^uâ ëe passait alors dans l'àme de Madame, il ne serait pas Uitttbé dans l'état de découragement et de langueur qui compromit sa santé au point d'alarmer le fkfêle Etienne. Il fit pafH de ses inquiétudes à la femme de chambre de k comiièsise de Guiche, qui en parla à sa maîtresse. Gelle-ci n'écoutant que son devoir voulut partir pour Nancy, malgré la saisôti et la neige qui encombrait les routes. La maréOhttle ûq Gramont rengagea fort à suivre ce dessein, car elle avait bien présumé que eette cassette rendue était la conséquence d*une rupture, et que sa belie-fiUe ne pouvait choisir tm meilleur moment pour aller donînefr ses soiûs à son«ittri; cependant, désirant lui assurer un bon accueil, la lûarécfwifJe |»*évint son fils deë tendres considérafâons qui détèrdiiuef&t madame de Guiche à l'aller rejoindre.
fl n'y avait pas moyen de se monfa^er dédaigÈ»èttX d'une tdte preuve de dévouemesit, et Ai^aM y répo^ilt ^v^c llsi Tec(>n»aissance convenable.
La comtesse parfiit, et le maréchal 4e Grammit, <îhaHiïé ée donuer de la pvd^Udlé laux actievie iqui j(Ustîfiai0Qt ison ^Is «des torts d'être uft inauiVais mijiri, ^t min de fâi^e »:ettre decoi iours après dams \B.Gaxeite oes lignes à k date 4e Nancy 8 décembre Î6S2 :
« Hier au soir, la coâslesse de ©Qidhe arriva en «eW;:^ Vitle &^ bruit du canon et 4es déchanges, tèmt de nos dik Gonj^agmes des gardes ^ançslses, 'que des âixde cavalerie légère, av^c lesquelles le comte de CluicAe était allé &uêemut d^elle. Nos habitants en lémoignèrent beaucoup de §6*6 et tes officiers de la ju^iceet de corps de viïl 3 allèrent «ifôfiitôt leur rendre leur respect. »
tot^mtesse de Guiche était je^ne, belle, un peu vaine, et, à défaut d'amour, son maivi la comblait d%oûneurs. En Tcryant «ette réc^ion hrillante, on ne se serait pas dotftè des froideurs qui devaient la suivre. Mais ArmftM^viitAïûè
sorte de probité en sentiment qui ne lui permettait pas 4e prêter le langage de l'amour à la pure amitié, et comme la fierté de madame de Guiche s'offensait de ne pas obtenir tout ce que sa beauté avait le droit d'exiger, il en résulta entre eux des rapports plus polis qu'affectueux.
Cependant, en cette circonstance, Armand cbercha à se persuader qu'il ne pouvait rester plus longtemps insensible aux attraits de sa femme, et que le ciel lui offrant un moyen si naturel de sj^ venger de l'inconstance de Madame, il devait paraître enchanté du retour de la comtesse de Guiche, et de l'indulgence dont elle faisait preuve en venant le consoler de la trahison d'une autre.
Il fut récompensé de cette bonne volonté par l'approbation de tous les gens de bien, et surtout par le dépit qu'en éprouva Madame, à qui les rivaux du comte n'épargnèrent pas les éloges d'une conversion qu'ils espéraient réaliser à force de la vanter. Le roi lui-même, étourdi du bruit que Msaient à la cour les fêtes données par le comte de Guiche à Tarmée et son rapprochement avec sa femme, voulut lui en témoigner son contentement. Il venait d'acheter Dunkerque aux Anglais et se disposait à prendre Marsal au duc de Lorraine.
Le comte de Guiche. ravi d'avoir cette occasion de servir glorieusement le roi, et de pouvoir se justifier auprès de lui des accusations calomniatrices de ses ennemis, lui prépara h Nancy une entrée triomphale.
Louis XIY, naturellement sensible aux choses pompeuses, lui en sut fort bon gré, et lui rendit, dès son arrivée, presque toute la faveur dont il l'avait comblé quelques années avant ; il est vrai, que dans ce retour à leur ancienne amitié, il entrait de la part du roi une grande curiosité de savoir par le comte de Guiche ce qui s'était pasâé entre lui et Madame.
Pour obtenir le plus d'aveux possible, le roi employa ce moyen rebattu qui sert toujours sans s'user jamais. Il parla au comte de ses rendez-vous secrets avec Madame, comnie en étant si bien instruit par elle-même qu'il était inutile de les nier; et Armand dupe de cette vieille ruse^ peutêtre aussi entraîné par le plaisir de retrouver les bonnes grâces de son royal ami, avoua tout ce qu'il présumait être connu du roi, en insistant seulement sur rionocence de ces entrevues clandestines.
Cet excès de franchise n'eût pas été fatal au comte si, de etour à Paris, le roi avait été plus discret; niais la vanité lié mettent les souverains à faire croire qu'à Texemple de lieu, tout leur est révélé sur la terre, ne permit pas à lOuis XIV de se refuser le plaisir d'intimider Madame, en ji apprenant qu'il avait son secret. La certitude qu'il le evait au comte de Guiche jeta Madame dans une colère si iolente contre Armand, qu'elle lui écrivit de ne jamais se réseater devant elle, de ne jamais lui adresser un mot, et ni ordonna de ne pas même prononcer son nom.
Il voulut en mn braver cette défense, et remplit pluieurs lettres de toutes les raisons qui pouvaient l'excuser, •es lettres lui furent renvoyées sans avoir été lues. Alors, ans l'excès de son désespoir, il voulut fuir pour toujours elle qui le traitait si injustement ; il demanda au roi la lennission d'aller servir en Pologne; et, comme il ne lui lissimula point la part que Sa Msyesté avait dans le parti iolent qu'il prenait, le roi ne crut pas devoir s'y op- ►oser.
La prise de possession de Marsal, où il avait couru quel- [ue danger, permettant au comte de Guiche de quitter le lommandement de la Lorraine, il s'embarqua pour Dantzig Lvec le désir fervent d'être englouti dans son passage par [uelque tempête implacable comme le ressentiment qu\ 'animait (1).
(1) Metz , le 4 septembre 1663 :
c Le roi est parti d'ici pour retourner à Paris après avoir visité on armée qui estait en très -bon estât, et prête à faire le siège de larsal , si le prince ne Teust prévenu par son accommodement. Sa lajesté fit de grandes caresses à tous les officiers et asseura partinlièrement le comte de Guiche de la satisfaction qu'elle ayait des ervices qu'il lui a rendus en qualité de lieutenant général de ses jrmées, soit pendant le temps que les troupes ont été en garniscn n Lorraine, soit dans l'entreprise du siège de MarsaL Aussi le omte pour se mettre en estât de lui en rendre do plus considérales , et de mériter davantage l'estime de Sa Majesté et la manière ont elle l'a traité , l'a suppliée d'agréer qu'il allât chercher dss suîXs de se signaler dans la Pologne. N'y ayant poiHv de guerre à résent plus fameuse que celle qui est entre les Polonais et los Mosoyites , contre lesquels Sa Majesté polonaise a résolu de marcher n personne. Ce que Sa Majesté a eu la bonté d'accorder à ses iriër«s , et a trouvé bon que le coA^te de Louvigny son frère, Vu-
Que ne pouyait-il voir la pâleur qui couvrit tout à coup le visage de Madame, lorsque le roi, à son retour de Marsal, parla avec une sorte de dépit de3 instances du comte Guicbe pour obtenir de lui la permission d'aller faire la guerre en Pologne.
— Cette étrange résolution me surprend d'autant plus, ajouta le roi, que la conduite du comte à Marsal lui promettait une fort bonne réception à la cour, et qu'il a déjà des blessures assez glorieuses pour n'avoir pas besoin de courir après d'autres. — Mais il en a probablement reçn quelques-unes de celles que l'absence seule guérit, ajoutat-il en baissant la voix de manière à n'être entendu que de Madame.
Elle ne répondit pas, et le roi, touché de l'émotion qu'dUe ne pouvait surmonter, tenta de ]a calmer en rassurant la princesse sur la nature des confidences qu'il avait extor quées au comte de Guiche.
En apprenant que, loin de se vanter de ses succès aupfès d'elle, Armand avait persuadé au roi qu'elle n'élait iniquement coups^le que de s^tre laissée aimer, Madame se reprocha doublement le malbeur etl'éloignement du comte de Guicbe, et elle ne pensa phiS'qu'aux moyens de lui faire parvenir quelques consolations.
Pendant ce temps, Armand arrivait à Varsovie, accompagné du comte de Louvigny. Le maréchal de Gramotit avait exigé d'Armand qu'il emmenât avec lui son jeune frère, bien moins pour le confier à la garde d'Armand, que pour empêcher celui-ci de se porter à quelque parti extrême; ■car le maréchal savait que la certitude d'être nécessaire à un être aimé donne seule le courage de surmonter de grains chagrins.
Le roi de Pologne, Jean Casimir (1), se troiivaiï alors
compagnât en ce voyage! Le maréchal de Gramont leor père, «pBA désiré qu'il suivit le comte de Guiche pour l'instruire dans le métier de la guerre, et se rendre ainsi plus capable de servir son prince.
{Gazette de 1663 , p. S69).
(1) Jean Casimir, jésuite, puis cardinal, puis roi , épousa la vente de son frère, s'ennuya de régner en Pologne, la quitta en 16*70 pour venir se retirer à Paris à l'abbaye de Saint-Germain des Préà, f^ mourut en 1672.
ft Osth^ka, où 'ses troupes étaient fa^semblées, avaxit Ûe lenter l'assaut d'une ville rebelle.
Le prince Démétrius fut envoyé paria reine au-defvant dû comte de Guiclie et de son frère. Elle s'apprêtait à leur donner une fête admirable ; mais le comte, impatient fle prendre part aux brillants exploits du roi de Pologne, et surtout à la grande bataille qu'il se disposait à livrer prochainement aux Moscovites, supplia la reine de vouloir bien -permettre, à lui et à son frère, de se rendre sans délai à l'armée. Ils y arrivèrent au moment où le général Czarneski commençait le siège de Glutowka, sans prendre l'avis du Toi, qui, prévoyant les périls de ce siège, aurait préféré marcher droit en Moscovie ; cependant sa prudence le détermina à venir seconder Caarneski.
Après deux assauts assez malheureux, où les comtes de Guiche. et de Louvigny firent des prodiges de valeur en combattant, non-seulement comme simples capitaines, mais comme soldats (1) ; le roi tint conseil et invita le comte à cm faire partie -, là on décida de rejoindre incontinent l'année de Lithuanie pour livrer aux ennemis un combat décisif .
:klii
Le roi Casimir, heureux de posséder dans son armée un général aussi distingué que le comte deGuiche, cherchait tous les moyens de l'y retenir, en le comblant dlionnetirs et de preuves de sa î^connaissanee ; il lui avait fait dresser une tent€ à côté^ la sienne, il avait exigé qu'il Ifa^tageât sa taMe comme ses dangers, et le traitait en frère d'armes.
Cette existence agitée, ^ans distraire complètement Armand de «a doïdeur, lui donnait la force de la supporter; il était, d'ailleurs, très-calmé par i'idèe qu'à force de s'expoflw il devait recevoir une blessure mortelle.
Il désirait laisser avant cette fin inévitable, unejustîfida*iioii de sa condoite envers Madame, et, dès ne le roi de
(i) Relations ût la gne^^e^Pdlogm : tlâMtt "Se fM,fS BMn.
Pologne lui laissait un moment de libre, il venait s'enf»mer dans sa tente et écrire son plaidoyer posthume. Parfois il rinterrompait pour faire à Louis XIV le récit des éyénements de la guerre de Pologne, relation que le roi encourageait par des lettres dont nous ne citerons que celle-ci :
a Monsieur le comte de Guiche, j'ai été bien aise de voir par votre lettre le soin que vous avez eu de faire mes compliments à la reine de Pologne, et la manière dont elle les a reçus qui ne pouvait être plus obligeante.
» I^ sieur de Lionne m^a rendu compte aussi de ce que vous me marquez du détail des affaires de ce pays-là, outre les nouvelles générales que vous m^n avez écrites. Cette ponctualité à m'informer ainsi de Tétat des cboses me sera toujours fort agréable, et particulièrement quand vous serez à l'armée. Ne manquez donc pas alors de me faire savoir exactement tout ce qui se passera, et croyei que votre absence ne saurait diminuer l'affection que j'ai pour vous,
Paris, 7 décembre 1663(1).
Louis. »
La veille du jour où le roi de Pologne devait passer la rivière de la Desna, qui séparait les deux armées, le comte trouva en rentrant chez lui un paquet cacheté portant ces mots :
« A monsieur le comte de Guiche, à l'armée de Sa Majesté le roi de Pologne. »
Avant de rompre les trois cachets sans armes, sans chiffres qui fermaient la grosse enveloppe, Armand crut prudent de s'cnquérier de la personne qui l'avait apportée. Etienne fut appelé.
— Qui t'a remis cela? demanda le comte?
— C'est le valet de chambre du comte de Brion.
— Mais je ne connais pas son maître.
— C'est possible, mais lui a l'honneur de connaître monsieur le comte; car il a bien recommandé que ce paquet ne fût remis qu'à moi, Etienne homme de conQance de M. le
(1) 0£avres de Louis XIV, /, p. leo.
comte de Guiche \ le valet de chambre, que j'ai fait jaeer, m'a appris que son maître avait dit un beau matin
» — Et moi aussi je veux aller faire la guerre en Pologne. Le comte de Guiche a raison, il vaut mieux se battre contre les Tartares que de batailler ici nuit et jour contre des ennemis plus traîtres et plus dangereux. »
-' Là-dessus, il est parti, ajoute Etienne, après avoir donné un bon souper d'adieu à tous ses amis. Une heure après ce souper, qui a fait beaucoup de bruit, une personne masquée est venue apporter à M. de Brion ce paquet, en lui affirmant sur Thonneur qu'il ne renfermait rien qui pût le compromettre, et que vous seriez très-reconnaissant de sa complaisance à vous le porter.
— Ah ! c'est de ma mère, sans doute, o'écria le comte en faisant sauter les cachets. Puis il fit un cri involontaire, et cacha aussitôt le contenu de l'enveloppe sous sa veste.
— Oui... ajouta-t-il d'une voix altérée... c'est ma mère qui m'envoie un souvenir.
Etienne comprit, à Témotion de son maître, qu'il devait le laisser seul, et il sortit.
Alors Armand se jeta à genoux comme pour remercier le ciel d'un bienfait inespéré.
Les yeux brillants de joie et de larmes, il se livra à des transports insensés; bénissant tout haut la divinité qui lui rendait la vie, il couvrait de baisers lobjet de ce délire, lorsque son frère entra dans la chambre, malgré tous les efforts d'Etienne pour l'empêcher de venir troubler son maitre.
— Mon frère, dit M. de Louvigny, c'est le roi qui m'envoie vous prévenir que, dans une heure, il se met en marche, à la tête de son armée, pour surprendre les généraux russes cantonnés avec 25,000 hommes dans les bois qui bordent la Desaa, et vous invite à vooiir conférer avec lui sur le plan d'attaque qu'il médite.
— J'y cours, répondit vivement le comte, en embrassant son frère, comme s'il venait lui annoncer la nouvelle la plus désirée. Ah ! cher ami, la belle occasion de nous signaler! ajouta-t-il en prenant sonépéelet son chapeau. Quel bonheur de faire payer à ces ours de Cosaques toutes les injustices de nos barbares de cour! de répondre aux calomnies par autant de victoires ! Oui, je défie tout main-
't$4 LE COMTE DE GUICHB.
4enant, ia méchanceté, la mort; j'ai retrouvé ramotit* la vie, le courage pour la défendre, Ifei eoiffiance qni tribftiphe du péril. Tiétts. Suis-tooi au combiat, et tu terras ce (pte je vaux quand on m^ime.
Le jeune de LouVigtiy , sans îrten éôhdév^ir à l%c(*ès ée joie et de chevalerie qui prenait à son frère, se réJdGît de le voir sorti de son état de découragement, et ne chercha pas à deviner la cause de cette prompte résurrection.
.ios lecteurs, plus expérimentés que lui, out liéjà pressenti que Madame Henriette avait seule le ^polivôir d*à^ ailïsi sur la drsposîtioTa et lé caractère^ Cdnâte de Guiché, et nous ne les Surprendrons pas eh leur disôfift (pie ce paquet cacheté contenait Tétùi dMn poWwiît ett mitiiaMe peint par le Célèbre 'Petitot, et d'une resseadMance ^i pa^ faitequ'Armand eu avait été saisi comme^d^uûe ap^ritiôîi.
Ce portrait, où la beauté de Madiime ô^ittgftiaitatt encd» par une expression langoureuse qu1tnffl«!d pouvait traduire à son gré, était accompagné de ce peu de mots :
t Vdîlà ce qu'Où me éharge de vôb» fà»e parvenir, es vous ordonnant de ne pas risquer si folleiâeul une i^dl* tencé plus clîère ^e Vous ne 'pensez. »
Malî^ré leà soins pris pour déguiser Pécriture, ^Armadid 'reconnut celle de mademoiselle de Moutalaiô, et il ne^outa plus de son bonheur/li supposa tous lésiiacideTits quiavaieàit pu amener sa justification près de Madame, et la pensée qoe la trahison de soû aini était »sans ddUte dôvôUôe, attristait moment sa joie; À sentait que la pçrte d'une iilu^n ien amitié a cela de cruel qu'elle n'ea permet plus d'autre.
Le roi de Pologne tenait conseil, ùt -son avis était combattu par ses vieux généraux, lorsqu'Armand se rencBt^ -ses ordres. II s'agissait de mettre à profit le 'froid subite venait de glacer les eaux de la Desna, potfr la passer ^ pleine nuit et aller surprendre rennemi campé daais la forêt. La tentative était hardie, périlleuse, et les sages -de Tarmce prétendaient qu'elle offrait de sûrs dangers et ud Succès fort incertain. Le roi, tout en approiiVatit leurs m- -sons, attendait avec impatience que le comte 'de Guicîhe Vînt raider à les combattre, ou plutôt Teneourager à passer outre. Il ne tioutapas que rexpéditionne fût^e «on gdût.
En effet ridée deis'avcnlurer sur la glace à la pâle \vÈ&ùx tiefi 'étoiles, par un froid de quatorj?e degrés, piour aller «
4?édmuffer en sabrant des Kali&ouks, souriait trdp à Ttniar ^nation d'Amand potir 'qtf -il ne soutînt ^w» ce projet av€c toute réîoquenoe de sa bravoure. Sa poésie MMqueuse remporta sur les observions de la prudence. Les ordres iuretit donnés sans d^lai, et l'amié^ te mit «n marche dans -ie plus profond silence.
^ L'obscuhténe pesaoet^tant pas du comte de Quiche de ccinteînpier ôirtivement le portwiSt qui reposait sur son Cœur; il y portait sa main de temps en temps comme pour «ti'àssurer de sa présence et pour redôi^ler son coura^ à 4^endreun trésor*^ précieux.
Les craintes des vieux guei(rlsrs»'se ^réalisèrent ; la tempêtatote se radoucit tout à coup, un dégel subit fonda i)a glace, et un grand namkre d^d^eters ^ de soldats f^^t -e^lou^ (kns»k Desna. Il ^ilut renonce à effectuer le "passage de Tarmée autreinent que ^r un pont bAti à la 4iàte, mais qm ':p^a$3Êàt m TOi Casimir de pourssivpe 8(fti ^expédition.
ÂicHrs l'^avan^-gaitde des Moscovites dotiba slir la càvaleifÎB polenaide,'(}ti lar^oussavigoiireuseBi^. Us'eti^ivit une affaire très-chaude, où Tavaniage resta aux Polonais.
^Bans ce l;ombat,iFù le comte de Guiche se montra le disgne s<^atieii de rhélH)lsme framgais, Il ne fut pas moins ^euïeux xfue èfave, car iî dut la Vie à ce portrait qui la iui srvait rendue chère. Une balie vint le frapf>er juste sur fa b0lt^ assez épaisse <ïui renfermait la peinture suspendue %soîi cou par une chaîne d*or. Celte boîte, posée sur son cœur, lui servit de boueUer; lé cdup de la balle s'amortit €n brisant le dessus du médaillon, et le f ortrait ne fut pas atteint.
Cet événement pourrait passer pour un de ces lieilx communs fabuleux, imaginés trop souvent par les romanciers, si madame de Lafayette ne Pavait constaté dans ses Mémoires, comme un miracle fait par FÂmbur en ftivew dela<jloire (1).
Bncouragé par des succès^ multipliés^ leroi de Pologne
(1) Le comte de Guicbe s'exposa^à de grands périls dans la guerre contre les Moscovites, et y reçut même nn coup dans Testomac qui Teût tué sans doute sans un portrait âe Madame quHl portait dans ane forte boite, qui reçut le coup et qui fut toute brisée. (OEurres de madame de Lafai^Fette, b^aâ-e deBiadMMWn»ietltef4.fH>p.M8.
f36. LE COMTE DE GUICHE.
résolut de se rendre à Mohiloff, pour y terminer la campagne par* un coup d^éclat; mais il s'embarqua dans de si mauvais chemins, et par un temps si effroyable, que ses troupes et sa suite en souffrirent horriblement ; plusieurs soldats y périrent, et la plupart des bagages y restèrent ; ce qui fit répandre le bruit de la défaite de l'armée polonaise, et du massacre de ses principaux officiers. . ' Ce bruit, qui devait être bientôt démenti par une victoire, arriva jusqu'à Paris, où Ton s'occupait beaucoup de la guerre du Nord. Cette nouvelle fut donnée un soir à Saint- Germain, au souper du roi. Pour la rendre plus dramatique, Monsieur imagina d'y ajouter qu'après avoir fait des prodiges de valeur dans cette malheureuse affaire, le comte de Guiche avait été blessé mortellement.
 ces mots, Madame fut saisie d'une émotion insurmontable dont le roi eut pitié; il se leva de table pour laisser à la princesse la faculté de se retirer dans son appartement
En traversant la galerie, elle rencontra le marquis de Wardes, et lui dit d'une voix étouffée par les larmes :
— Je vois bien que j'aime le comte de Guiche plus qW je ne le crois (1).
Cet aveu, échappé à une douleur que la mort sanctifiait, M. de Wardes voulut s'en faire un droit pour intimider Madame, et obtenir d'elle d'écouter son amour; mais b princesse, indignée de tant d'audace, lui ordonna de ne jamais lui parler de sentiments qui l'offensaient, sous peine de les faire connaître à M. de Guiche, ainsi que toutes les perfidies dont ils avaient été le prétexte.
A l'effroi que témoigna le marquis, aux instances qall fit pour qu'elle ne le dénonçât point à Armand, laprincess* devina que la nouvelle de la blessure pouvait n'être pas exacte.
— Votre conduite est inexcusable, ajouta la princesse, et pourtant je jure de la pardonner si vous me dites la vérité. Vous étiez chez le comte de Brienne lorsqu'il a reçu le^ dépêches de Varsovie. Est-il vrai que le comte de Guiclie Boit blessé?...
Elle ne put Bvtimlev mortellement ; son regard voilé é9 pleurs acheva la question.
(1) Mémoires de madame de Lafayette, p. 148.
— Les lettres que j'ai lues ne font mention que des exploits du comte, Madame.
— Dois-je vous croire!
— Je Taffirme à Votre Altesse, sur tout ce qu'il y a dQ plus sacré... sur son pardon.
Madame, heureuse de croire à ces paroles, quitta lemar-
auis en lui souriant avec indulgence. Après s'être remise es émotions si différentes qu'elle venait d'éprouver, elle retourna chez le roi, où elle confondit l'intelligence de tous ceux qui s'y trouvaient par sa gaieté franche et soutenue. En voyant sa belle-sœur si naturellement calme, le roi dit à voix basse à mademoiselle de la Vallière :
— ' La coquetterie n'a pas de longs désespoirs. Monsieur se dit à lui-même :
— J'ai bien fait de tuer tout de suite ce beau vainqueur, c'était un moyen sûr pour qu'elle n'y pensât plus.
Pendant ce temps, mademoiselle de la Vallière, mieux initiée dans les mystères d'un cœur de femme, pensait qu'en rentrant chez elle, la princesse avait trouvé sur sa table une lettre du comte de Guiche.
Elle seule approchait de la vérité, tant le véritable amour est savant dans l'art de reconnaître la nature et la cause des impressions d'une âme tendre.
Les victoires du roi de Pologne empêchaient Louis XIV de dormir et redoublaient son désir de conquêtes ; il lui était désagréable de voir le nom d'un de ses meilleurs officiers à la tête de ceux mentionnés le plus honorablement dans chaque relation de batailles livrées aux Moscovites; et, malgré tout ce qu'il y avait de glorieux pour le nom français dans les éloges donnés à la bravoure du comte de Guiche, le roi pensa qu'il ne pouvait laisser plus longtemps au service de l'étranger un homme si digne de conddre sa propre armée, et il dit à Monsieur :
— J'ai satisfait à votre volonté^ mon frèrej tant qu'elle n'a été funeste qu'à ce pauvre comte de^Guiche; mais au-
Saft * LB COMTE D£ GlIK^fb^
joufd'buicfu'elle* payerait te FrsMOiOQ ck'QUiae^i^emik&, d'un de ces génies guerriers dont rattd:aiPd«eQti^iB&tesii<^ ces, je ne puis consentir à prêter plu^ loogtampâr. à Jean Casimir un'bras (|ui m'appartient La marécbdl 4^ ûramûnt vient de recevoir Tordre de*rappôlep éon fiU,
-- Quoi.! s'écria Moiisiettfvle comte' dâ (k^cbe varâpnrs^tre à la cour ! C'est impossible* Qm Votoe I^^j^fiM: le r^ podie à l'armée... soit... mais...
— Vous oubliez- done^i^eprit ki m, qufil n'a paisé ^ service de la Pologne que parce qu'on Véloignail de la co« : iljne reviendra qu'à la condiUon d'y être reçu. Mais s'a vous est pénible do la savoir près de Madame, rien n^estsi facile que de lui faire promettre de Oc'avoir aucun rapi^oit avec elle, et de fuir môme tous lès lieux où elle se trouva. Je me charge de ce soin, et je compte su^ votre bon esprit pour garder à; ce. m^t toute la. mesure oonvenable.
Monsieur s'inclinâi en signe d'obétssancei^ mais sans qm soi^ air dissimulât la mauvaise humeur que lui causait It rsyi^pel du coflate de Guiche.
Les courtisa as, ces fin% lecteurs des pbysionamies 4^ prijacea, devii èrent à celle de Monsieur le prophain retour de; son rival; la, comtesse de Soissons, la plus intéressée à le savoir pour en effrayer M* de Wa^e^ fi^t la première i lui dire : t
— Armanu va revenir.
— Qui vous l'a dit, madame?
— L'air soucieux du princet wyez comme il pince les lèvres en parlant au chevalier de Lorraine ; je parie qu'il lui raconte à quel point ce retour le dépite; je suis si sûre dO' deviner juste que j'en veux faire ma. cour à Madame.
AloDS la comtesse quitta le salon de la reine pour se rendre au Palais-Royal, où la, princesse était^ retenue m so^ caaaf é par suite d'une indisposition.
Qlle saule ne voulut pas croice à la nouvelle qu'appor» tait la comtesse de Soissons. La crainte d'un: espoir déçu, reQd le- cœur incrédule..^ Mais elle était certaine, de lire ]Sl Téifité da42â les yeux du maréchal de Qramont,. et lorsc^'il \i]^ Qh&i eUe avec. Monsieur s'informer de L'état de lai santé de son Altesse Royale, la joie d^ l'un etlSr triatosM d% If ^utee ne lui bussent aucune incerlitadaa
la^lâtlris (kl mréchaJl de Gramont trouva le comte, d«
Gïàcb&m œoH^^t oH il revenaît^ à yàP60¥l&) pefBdaat que^ le roi traitait de la paix avec les- insurgés de PUkmfie* et l*im armistice avec les- ]!ik)sco vîtes. A peine priMl le temp» l'aller prendre congé de la reînede Pologne, le lui* meta per Tordre de Lonii» XIV cpii- le^ Tappelâ.- en France^ et 'ordonner à Btienne les préparais de son dép^t;Ilsdi lit en route la nuit môme et an4va ^ Paria j accsddé^sotts^ î poids de ses fatigues et de son bonheur; Ai)rès les doux embrassements- de famille, la dnchesee e Gramont essaya dfe modérer le délire joyeux d'AraBSBffld, ^ Q lai disant à quel prix son rappel était accordé, mais la éfense de ne jamais parler à Madame et la recommandaon de ne se trouver avec elle que dans les grandes solea-^ ités de la cour, ne parurent pas fiBtire la moindre peinesu comte de Quiche. 11 savait tout coque ces sortes de^conrariétes ajoutent de piquant à ramour, et l'idée^ de rester mmobile et muet eu revoyant î^dame, n'était pa» sans harme pour lui.
— Si je rintéressé, pensait-il, elle entenéta les batte» aents de mon cœur; eHe sentira, sous cette attitude gtecée, e feu qui circule dans mes veines;, eijo me saura gpé de^ non, courage à vaincre ce besoin d'aile^ mo jeter à se* )ieds ; d'aller lui répéter tous^ les serments d*un amour^ lont l'ingralitude, l'injustice, te çersécutoî, l'aès^aee, ien n'a pu triompher; " , ■
La cour était alora à Versailles,- séjpu^ cher au roi par es premiers aveux qu'il y avait obtenuade mademoiselle^ le la Vallière, et qu'A diérissait do pr^rence aux autres pour y donner des fétos particulièrement dédiées à cette limable favorite.
Armand accompagna; son père auleverdu roi. A l'aceu^eil 3mpressé qu'il reçut des- seigneurs^ et gentilshommes rôu-lis dans le salon appelé depuis l'ûl^i^Ki^Biaw/', il pressentit ^eliii qui l'attendit dan^ la dbiambroà coucher i Bn effet, le roi témoigna un sincèro plalàr à^ le revoir^ et l'invita^ ivcc une grÎBice qui voulait être remarquée,^ à la comééîd pi'on jouerait le soir même- dans, la^ grand» salle du châK eau. C'était te Triomphe d'OihoHy et MOTre^orneille devait? m diriger en personne» la représentation.
L'idée que Madone assisterait à cette^fôle transportante' :omte d\m espoir si déliran^ qu'il lui fournit les expre9-
Bions les plus heureuses pour remercier le roi. La ferveur de sa reconnaissance en aurait sans doute trahi la véritable cause, si l'arrivée de Monsieur n'avait interrompu l'éloquence d'Armand. Sa présence ne parut pas surprendre le prince, mais il répondit au salut respectueux du comte par un salut très-digne, et ne lui adressa point la parole, procédé peu obligeant après une si longue absence.
Armand se retira enchanté de voir que les sentiments du prince à son égard n'avaient rien perdu de leur malveillance.
La maréchale de Gramont voulait expédier un courrier à la comtesse de Guiche, qui était à la campagne chez le duc de Sully, ion frère, pour la prévenir du retour de son mari. Armand la conjura de n'en rien faire, en prétextant le plaisir qu'il aurait le lendemain à aller surprendre la comtesse au milieu de sa famille; mais ravi, dans le fond de son âme, de n'avoir pont à mêler les ennuis d'une froide conjugalité à toutes les agitations d'un amour insensé.
Toute la cour attendait dans la grande galerie que le roi descendît de chez mademoiselle de la Yallière pour entrer dans la salle de spectacle, lorsque le comte de Guiche, moins paré que de coutume, se glissa à la suite de son père pai-mi les amis du maréchal. Tous vinrent s'informer avec intérêt de ses nouvelles; car le coup qui avait été amorti si miraculeusement, n'en avait pas moins déchiré sa poitrine, et l'on savait qu'il en souffrirait longtemps. Mais Armand, dédaigneux de tous les effets vulgaires, affirmait qu'il était parfaitement guéri, et s'épargnait ainsi de réponùre à tous les témoignages d'un intérêt peu sincère.
En le voyant si simplement vêtu, si humble, si soigneux de s'effacer derrière les jeunes seigneurs, qui se ruinaient la plupart pour imiter sa magnificence, on présuma que, découragé par tant de disgrâces, injustes ou méritées, il renonçait à l'honneur de plaire à une princesse du sang.
Cependant tous les regards se fixèrent sur lui au moment où le roi et la famille royale passèrent par la galerie pour se rendre au théâtre. Armand, prévoyant cette curiosité maligne, et se méfiant de ses moyens de la déconcerter, s'était tenu à l'écart et avait évité d'être aperçu par Madame.
Cette conduite réservée fut remarquée du roi, il la crut l'effet de sa recommandation, et en fit l'éloge à Monsieur, Toulant le rassurer de nouveau sur ce qu'il pouvait crain-
dre du retour d'Armand. Quelques mots de leur conversation surpris par Madame, la réveillèrent de la langueur où elle s'abandonnait depuis que nulle présence désirée n'animait plus à ses yeux les fêtes de la cour.
Mademoiselle de Montalais lui avait bien fait passer, par un avis secret, la nouvelle du rappel de M. de Guiche, mais sans préciser l'instant de son retour. 11 pouvait être d'une expédition qui ne lui permit pas de quitter sur-le-champ l'armée de Pologne, et malgré l'impatience qu'elle lui supposait, la princesse ne l'attendait pas si tôt; cependant son apparition au lever du roi avait déjà fait grand bruit à Versailles, mais qui que ce soit n'avait osé en parlera Madame.
Elle devina la présence du comte dans la salle de spectacle au trouble qui la saisit, et peut-être aussi à l'agitation curieuse des gens qui l'entouraient. Elle porta aussitôt ses yeux sur le maréchal de Gramont, aperçut Ar^iand auprès de lui, et sa respiration s'arrêta; elle faillit s'évanouir; mais toute à la volonté de surmonter son émotion. Madame resta constamment les yeux baissés, ne voulant rien regarder, puisqu'elle était contrainte à détourner ses regards de celui qu'elle n'avait pu apercevoir sans en frémir de joie.
— Elle m'a vu, pensa le comte de Guiche, lorsque le roi s'étant levé pendant un entr'acte, les spectateurs restèrent debout et tournés vers la cour; mais son attitude m'apprend celle que je dois garder; et, baissant les yeux, ainsi que la princesse, Armand se jura de ne les plus porter sur elle, et s'abandonna à la plus délicieuse rêverie.
Jamais son imagination, enivrée du bonheur de sentir là, près de lui, la femme qu'il adorait, de la supposer en proie aux mêmes émotions, aux mêmes craintes, à la même espérance, ne s'était tant rapprochée des régions célestes. Ce monde, cette cour brillante, cet éclat dont les plus sages se montraient éblouis, disparaissaient sous la pensée d'Armand, sous ses rêves magiques, tant les magnificences de la terre sont loin d'égaler celles du ciel, tant le luxe du positif est pauvre en comparaison des richesses de l'espoir!
Ainsi se passa ce moment tant désiré, cette soirée si intéressante pour les curieux, si amusante pour les indilTérents, si solennelle pour les deux seules personnes qui ne prirent aucune part à la fête et qui n'échangèrent pas même un regard pendant cette longue représentation. Gha-
f4S LE COMTE DE GUICHE.
cun en revint plus ou moins abusé sur ce qu'il avait vu. Madame et h comte de Guiche seuls en rapportèrent une idée douce, vraie : celle d'être profondément aimé.
Le marquis de Wardes, justement effrayé du ressentiment que lui conservait le comte de Guiche, imagina de s'y sou»» traire en lui suscitant des tracasserie» si multipliées qu^il n'aurait pas le temps de penser à sa vengeance. D'abord il fit savoir au roi, par la comtesse de Soissons, quQ Td^âernse, loin d'avoir éteint l'amour, m avait redoublé le déUne;^ qao Madame recevait cbaque jour une lettpe de lui^ oA il » dédommageait du chagrin de ne ps la. voiiç par le pliaisif de lui peindre tout ce qu'dle lui inspirait ; qu'indépei^tth ment de plusieurs réponses à cas lettres, Ai^mand possédail de plus un portrait de Madao^e qu'il se vantait de teoir d'elle*.
(Tétait une indiscrétion d'Etienne, qui avait mi^de Wardes au courant de ces détails; il avait raconté à son camarade Siméon comment son maitre avait échappé h la balle gsi devait le tuer par le secours d'ua portrait de femmes, ^œ fait redit à M. de Warde& lui avait fait d^viuer san^ peioft quel était l'original du portrait.
Le soir même de cette dénonciation^ madame de Soi8« sons en faisait une autre aussi mensongère & Madaiœ» eo lui affirmant que le comte de Guicbe, las des obstades sao» cesse renaissants qui s'opposaient à son bonheur près d'dlf, venait de s'établir amoureux de mademoiselle de Granceif^ et que toute la cour se scandalisait des soins qu'il ioL rendait.
L'avis était d'autant plus perfide que la conduite d'l^ mand y donnait quelque apparence de vérité. Le noalbe»reux, surveillé par les espions de Monsieur, cherchait à lea dérouter en affichant une inclination trés->vive pour mader moiselle de Grancey, dont Monsieur paraissait s'oceu®» très-tendrement. En l'inquiétant de ce côté, U ei^géreUlfr rassurer de rautre et se ménager ainsi Pôccasion de voicaHî moi^.uuQtoiA Madame; ums la jalousie, delà priAC%Mè
faillit amener un éclat horrible dont le hasard seul les sauva.
Xa duchesse de Saint-Ghaumont, la tante du comte de Guiche, avait été nommée gouvernante des enfants de Monsieur.
La princesse de Monaco, la sœur d'Armand, conservait sa faveur auprès de Madame, et il espérait profiter de la présence de sa famille au Palais-Royal pour s'y introduire secrètement, lorsque madame de Monaco le détourna de ce projet en lui répétant Tordre qu'avait reçu leur tante de ne pas le recevoir au palais ; elle lui apprit en même temps la cause de la colère de Madame. Hq sachant comment la tirer de son erreur, le comte de Guiche méditait les projets les plus extravagants pour arriver jusqu'à elle, lorsque Madame eut la fantaisie d'aller avec Monsieur, et tous deux mas-
Snés, au bal que devait donner la marquise de la Viéville. *était une personne attachée à leur maison, qui voyait très-bonne compagnie, mais qui n'aurait pas osé se flatter de l'honneur de recevoir Leurs Altesses Royales.
Madame, désirant n'être pas reconnue, avait fait habiller magnifiquement les dames de sa suite, tandis qu'elle et le prince, vêtus en simple cape (ly, arriveraient chez la marquise dans un carrosse emprunté.
Ils trouvèrent à la porte une troupe de masques. Monsieur leur proposa sans les connaître, de s'associer à eux, et en prit un par la main ; Madame en fit autant. Mais quelle fut sa surprise en sentant la main estropiée du comte de Guiche presser la sienne, car il avait reconnu l'odeur des sachets dont les gants de Madame étaient parfumés, et le cri qui lui était échappé en la devinant avait retenti au cœur de la princesse.
Dans le récit charmant de cette aventure, fait par madame de Lafayette, ils étaient, dit-elle, l'un et Tautre si troublés, qu'ils montèrent l'escalier sans se rien dire; ^nfin le comte de Guiche ayant vu s'éloigner Monsieur de l'endroîl où Madame s'était réfugiée pour échapper à la foule des masques, se précipita à ses genoux, protesta de son innocence, et trouva dans son amour tant de paroles persuasives, qu'il se justifia pleinement, et eut la joie d'apprendre tout le prix qu'on attachait à sa constance.
(i) Ce ^'on appelle de nos jours an domino.
f44 LE COMTE DE GUICHE.
Après les premiers moments d'explications, suivit la peinture des ennuis subis dans Tabsence. L'entretien se prolongeait indéfiniment. Monsieur, étonné de sa durée, le fit cesser en appelant Madame ; elle courut vers lui, et Armand ne voulant rien entendre après le son de cette voix chérie, s'empressa de sortir du bal ; mais le hasard qui l'avait conduit dans cette maison le retint assez longtemps au bas de l'escalier à attendre son carrosse.
Madame, que son mari accablait de questions cmLarrassa'^tcs sur le masque qui lui avait parlé si longtemps, parut en cet instant en haut de l'escalier; dans le trouble oî elle était, le pied lui manqua, et elle roulait de degré en degré, lorsque le comte de Guiche se précipita pour la retenir, et l'empêcha de se tuer.
Il y a des moments dans la vie d'un homme malheureux qui acquittent le sort envers lui. Pendant qu'Armand serrait sur son sein la princesse, plus effrayée que souffrante de sa chute, Monsieur se confondait en remerciments envers le masque sauveur, sans soupçonner qu'on riait de sa reconnaissance (1).
Le marquis de Wardes fut le premier à remarquer le changeaient qui s'opéra tout à coup chez Madame : le retour de la sérénité sur ce charmant visage, de ce feu djoux et scintillant dont le regard s'anime quand le cœur est satisfait, de cet air à la fois craintif et confiant qui trahit une joie secrète, ces indices ne laissèrent aucun doute dans l'esprit de M. de Wardes.
— Ils se sont expliqués, réconciliés, pensa-t-il, et c'est moi qu'ils vont immoler en l'honneur de ce beau raccommodement.
Dans le dépit que son amour dédaigné conçut à l'idée du bonheur de son rival, M. de Wardes se laissa aller aux propos les plus injurieux contre Madame, tel que celui-ci : Le chevalier de Lorraine, amoureux d'une fille d'honneur de la princesse, nommée mademoiselle de Fiennes, se plaignait ce sa rigueur.
-— Vous auriez bien mieux fait de vous adresser à sa maltresse, dit M. de Wardes.
Le comte de Gramont, qui se trouvait là, répéta le mot «-
(i) Madame de Lafayette, t. 3, p. 164.
au marquis de Villeroy : tous deux en fîientla confidence à Madame. Elle demanda au roi de la venger de Tinsulte de M. de Wardes, et il fut envoyé à la Bastille.
La comtesse de Soissons, également courroucée de se voir enlever Thommc qu'elle aimait, soit par les bonnes grâces de la princesse Henriette, soit par les actes de son ressentiment, tenta de persuader au roi que la disgrâce de M. de Wardes était un sacrifice fait par Madame à l'amour du comte de Guiche. Cette calomnie, jointe à plusieurs autres, sans justifier le marquis, rendit au roi toute sa colère contre Armand. Il vint se plaindre de lui à sa bellesœur; et, comme il menaçait de le punir d'une foule de crimes dont le comte était faussement soupçonné, Madame, entraînée par le désir de calmer le roi et le convaincre par l'accent de la vérité, lui avoua la part qu'elle avait forcé Armand de prendre à la letti*e espagnole, dictée par la comtesse de Soissons, remise par M. de Wardes; et, sans s'apercevoir qn'en voulant atténuer les torts du comte de Guiche, elle livrait ses complices à la fureur du roi, elle s'accusa encore plus qu'eux pour se laver à ses propres yeux d'une révélation si coupable.
Mais la princesse demanda en vain grâce pour Armand. Le roi la quitta sans vouloir rien lui promettre.
Dès qu'elle fut seule, le regret d'avoir cédé à la cmnosité, aux instances du roi, la terreur des suites de ses aveux s'empara d'elle; désolée de la peine qu'allait en éprouver le maréchal de Gramont, elle le fait appeler; (bus deux décident que le plus sûr moyen d'apaiser la colère du roi est d'aller l'affronter en lui confirmant ce qu'il savait par Madame.
Le comte de Guiche, toujours prêt à une action loyale, si dangereuse qu'elle fût, n'hésita pas à se rendre chez le roi pour y confesser ses torts et en venir chercher le châtiment.
L'amour seul devait l'avoir porté à une conduite aussi blâmable; le roi savait mieux que personne jusqu'où peut conduire cette passion impérieuse. Il se laissa un moment désarmer par la franchise d'Armand, par sa noble résignation à supporter une punition méritée, par son courage à venir la réclamer; il lui promit de l'indulgence; mais ne pouvant frapper ses coin^ilices sans l'atteindre, il chassa de
146 LE ÔOUTË D% &tJtG!rfi.
la cour la cototQS^e de glissons, coftdatnna "M. de Warfles à être enfermé dans la citadelle de Montpellier, et signa le troisième exil (pli devait envoyer le ccttnte de^Gûiche en ^Hoilannle.
XLVÎ
Dans uni histoire composée à 'plaiflif, Fauteur se garde bien de retomber dans les ménïes événement», dus aux mêmes causes ; mais dans la peittiure vraie de Texistence d'un homme dont les vertus et les défauts rameuaieut sfouvent les mêmes succès et les mêtnes disgrâces, on doit toiôrer ce rabâchage du sort en se raclant combien de fois le malheur se recommence pom* ceux ctent Fesprit et les agrémetiès l'attirent, et puis lliiatoire est là pour constater Pamourdu comte de Ôidche et les quatre exils tfu'il fiidîit ipoifr t rester fidèle.
Armand avait mieux espéré de sa éômarche ftupriès du irol, iEft quand son père vint 'lui apprendre à quel sort l'indulgencii royale le condamnait de nouveau, son désespoir lut tel qu'il en tomba gravement malade.
Cependant le maréchal ne cessait de lui répéter qu'en lui donnant te commandement d'une partie des troupes <iue le roi entoyait m secours de la HoHaude, pour l'aider à repousser les Aurais, «cette mission hoïifwrable devait être regardée comme une faveur; Armand s*obsl*nait à l'appeler un exil; peu lui importait qu'on ei^viât ^on maiîreur ; il en savait la tause ; et les grades, les honneurs dont on le couvrait ne ftri en cachaient pas l'étendue.
Madame, inquiète de l'état du comte de Guiclie, s'en faisait donner des nouvelles chaque jour par la comtesse de Chramont (1). Dès qu'elle le sut en convalescence, elle le fit conjurer de partir sans chercher à lui dire adieu. Mais c'était trop exiger de sa prudence.
Les affaires de la Hollande contre l'Angleterre occupaient alors toute l'Europe ; on savait que les flottes réunies près
(1) La fille du duc d'HamUtoiu
LE COilTÊ OÊ etllGEÉ. 4M7
de 1 etnbcmchiu*e de la Tàmide se déposaient à un combat général, et M. de Giiiche voulait arrîter à temps pour rejoindre Fescadre de Tamiral Ruyter jwant Pattaque. Mais s'éloigner, peut-être pour jamais, de Madaflre, sans la voir tine dernière fois, était un sacrifice impossible.
Armand commancte un habit de livrée semblable à ceux des gens de mademoiselle de la Vallière ; et, comme Madame se faisait porter le soir, dans sa ohaîsfe, au Lottvre, où la reine-mère se mourait, il accompagne la chaise à porteurs, une lettre à la main. La princesse le reconnatt, redoute quelque folie de sa part, et fait sijgne qu'où le laisse approcher.
Elle prend la lettre, qu'il est censé lui remettre de la part de la favorite ; elle le gronde d^abord de son imprudence, puis elle l'en récompense par les mots les plus doux, Tadieu le plus tendre. Mais au moment où les porteurs, arrivés près du Louvre, vont entrer sous le péristyle, au moment qui va séparer pour jamais Armand de Mada,me, le malheureux, encore dévoré par la fièvre, ne peut résister aux déchirements de son cœtir : les larmes Pétouffënt, le désespoir Taveugle; il tombe inattimé an milieu d'une troupe de laquais qui le croient ivre.
En vaîn, la princesse ordonne qtt' on le secoure. Son écuyer lui répond en souriant que ce bel ivrogne ne mérite pas l'intérêt de son Altesse, et elle est contrainte à laisser le comte de Guiche, au hasard d'être rieconnu, foulé aux pieds et mourant faute de secours.
Dans cette anxiété, elle entra ch^ la reine-mère respirant à peine; maison mit son trouble et sa pâleur ^ur le compte de l'état désespéré où se trouvait Anne d'Atïtriche, qui succomba le surlendemain à la suite de la plus cruelle maladie.
Armand restait inanimé sur le pavé du Louvre, et ïtvré aux plaisanteries grossières des laquais de la porte, lorsqu'un homme couvert d'un grand munteau fit ^igne à deux bourgeois qui traversaient la cour de* l'aider à relever ce malheureux et à le déposer au cabaret voisin. Là, ayant fait avancer deux portefaix, ils. mirent le comte sur une civière et le ramenèrent à rhôtel.de Grataont.
^ mon Dieu l je vous rends grâces de m'avt)tr donné ildée de le suivre ! s'écrie Etienne en tttaût îon manteau, que serait-il devenu sans moi?
t48 I«B COMTE DE GUICHE.
Et voyant que son maître se ranimait, il lui raconta comment il Pavait secouru. Etienne s'attendait à quelque remerclment, et fut très étonné d'entendre le comte dire:
— Ah! mon brave Etienne, il faut que je t'aime bien pour te pardonner de m'avoir joué ce mauvais tour! m'emt)écher de mourir là... sous ses yeux!... Ah! que de fois je te reprocherai de m'avoir sauvé une vie que j'abhorre!... Mais la guerre va m'en délivrer, j'espère, ajouta-t-il en se relevant avec énergie. Va tout disposer pour que nous arrivions avant que l'amiral Ruy ter ait donné le signal, et
"que je puisse prendre ma part des boulets et des balles que les Anglais vont faire pleuvoir sur sa flotte.
Le comte de Guiche n'attendit pas son rétablissement pour rejoindre le prince de Monaco, son beau-frère, qui était déjà près du Texel, où l'amiral Ruyter faisait des vœux pour qu'un vent favorable lui permît de mettre à la voile.
Il venait de faire lever l'ancre, lorsqu'Armand et le prince de Monaco arrivèrent sur le rivage; il leur fallut monter dans une barque pour gagner le vaisseau du sieur Trélon, l'un des plus beaux de la flotte hollandaise.
Une tempête affreuse vint retarder l'heure de ratl5;iie, la foudre tomba sur le màt du vaisseau commandé par le baron de Gent.
— Le tonnerre pouvait mieux choisir, dit Armand au prince de Monaco, en voyant passer le bâtiment à moitié incendié, pour aller se faire ravitailler dans le port le plus voisin. Mais les Anglais tireront plus juste, j'espère.
— Tant qu'on peut être pleuré il ne faut pas désirer mourir, répondit le prince ; pense à ta mère, à ta sœur, et tu chériras encore la vie; il n'est permis de la mépriser qu'à cdui qui n'est plus aimé.
Cette réflexion ne fut pas sans effet sur le cœur d'Armand, et il se promit de défendre sa vie conaime le bien de celle qu'il adorait.
Dès que l'étendard couleur de sang se fit apercevoir, d que la flotte des Anglais, protégée par le vent, s'avauçi sur l'escadre hollandaise, le combat s'engagea. V 11 a été trop célèbre pour que nous en répétions ici ies détails. Nous dirons seulement comment le vœu sincère du comte de Guiche fut presque réalisé ; comment un b^^loi
ayant mis le feu au vaisseau commandé par le sieur Tré* Ion, où combattaient M. de Guiche et le prince de Monaco, ils se sauvèrent moitié en canot, moitié à la nage, jusqu'au vaisseau amiral, où on les recueillit.
Huit hommes de leur équipage périrent en voulant les suivre; le comte de Guiche parvint d'autant plus miraculeusement à bord du vaisseau amiral, qu'au fort de la mêlée il avait eu l'épaule fracassée par l'éclat d'un boulet de canon (1).
Ainsi, les regrets amoureux du comte, ses revers de cour, tournaient toujours au profit de sa gloire ; occupant sans cesse la renommée par ses disgrâces ou ses succès, il ne se laissait point oublier. Ce jour-là, il pensa avec plus de sensibilité que d'orgueil à ce qu'éprouverait Madame en écoutant le récit de ce grand combat où il n'avait si audacieuse ment risqué sa vie que pour donner à la princesse le plaisir d'entendre citer le nom du comte de Guiche avec tous les éloges qu'on prodigue d'ordinaire aux élus de la victoire,
La mort de la reine mère jeta le roi dans une affliction profonde, et permit à Madame de paraître dans toute la tristesse qu'elle ressentait d'être loin d'Armand et de le savoir blessé.
Le chevalier de Lorraine, présumant à l'extrême douleur de Madame qu'elle avait perdu tout espoir de revoir le comte de Guiche, et qu'il serait diflQcile de faire succéder à une passion si constante un amour de fantaisie, imagina à tourner les idées de la princesse vers l'ambition, et de lui persuader qu'elle devait profiter de l'affection que lui conservait le roi pour diriger les affaires d'État.
En vain elle protesta de sa haine pour l'intrigue, et du désir d'acquérir le repos à défaut de bonheur. Le chevalier de Lorraine la compromit à son insu, dans une affaire où le maréchal de Turenne était fort intéressé. II en résulta plusieurs tracasseries politiques, où le nom de Madame se trouva mêlé ; on découvrit l'auteur de cette intrigue; îo chevalier de Lorraine et son frère, le comte de Marsan, furent envoyés à Naples ; acte sévère dont la vengeance a été terrible.
(1) Gazette de France du 2 jnin 1666 , relation de la défaite des Anglais par les Hollandais (t. I, p. 649).
LKVtl
les^soins qaç la maréchale de QFamcmt <30wat ^nner à «on fils le rendirent bientôt à la santé; la douce yoix d'uae Oière, uï calmant sa peine, lui in&^a un peu de cette résignation religieuse qu'elle possédait à un haut degré, et qui 'est rhérolsme des femmes.
A Paide de quelques lettres confiées à des amis sûrs, soui^u par la consolante pensée qu'il n'était pas seul à souffrir de son exil^ Armand le supporta plusieurs années. Il se Jlvra à des études sérieuses sur le gouvernement et les mœurs des Hc^iandais. La lettre qui reste de lui, adressée pendant son séjour à la fiafe à un de ses amis, en M preuve, ainsi que scBa livre intitulé Mémoires concernant îesPromnees-Unies. Ouvrage justement estimé, où les faits 4sont relatés avec toute ta franchise, toute l'énergie d'ut esprit indépendant.
On nous saura peut-être gré de donner ici un frago^nt Recette lettre, qui ^pi^oute l'esprit d'observation que joi- «gnait le comte de Guidie à t&^Q la déraison d'un cosor épris.
FRACaiBNT m Là Lh..^ «^ ^iMtR MS QmCSJt £
« Après avoir vécu dans la contrainte des cours, je œe console d'achever ma vie dans la liberté d'une répubU- ^e, où, s'il n'y a rien à espérer il n*y du moins rien à craindre.
M Quand on est jeune, il serait honteux de ne pas entrer dans le tâonde avec le dessein de faire sa fortune. Quand, •nous sommes sur le retour, la nature nous rappelle à nous et nous revenons des sentiments de l'ambition au désir de notre repos.
w II est doux de vivre dans un pays où les lois nous me^ lent à couvert des volontés des hommes, et où, pourfife Bàr de tout, il n'y ait qu'à être sûr de soi-même. Ajoutei
LE COMITE D& GUIGHEi 25%-
à cette aouc^u* que les magistrats, sont aùtOTisés- dans leur adresse pour le bien puUic, et peu distingués en leurs personnes par des avantages partiéuliers., On n'y yoit. point de ^tueuses grandeurs, qui gônent no^^ liberté sans ' faire notre fortune. Ici le» soins de ceux qui gcmvernent . nous mettent en repos, sans qu'ils pensent même à en adoucir le chagrin par le respect qu'on leur rend fo»t peu; mais qui exige beaucoup ; moins ils sont sévères d^ns les ordres de PËiat, plus ils sont impérieux aTe& les nations étrangères; parmi les citoyens et toutes sortes de particu-liers,ils usent de la fadlité qu'apporte* une fortune ég^e. Le crédit n'étant donc poi&t insolent, la conduite n'est ja» . mais dure, si les lois ne sont rigoureuses, ou, pour mieulL dire, si tous n'êtes coupable.
» Pour les contributions^ elles sont véritaMement gran»^ ^ des; mais dles regardent toujours la- bien puUio et^ sont conmiuires à. ceux qui les tireïit, comme À^ceuxsur qui elles sont tirées; elles laissent à chacun la consolation d^. ne contribuer que pour soi-tnême; ainsi, on ne doit pas. s'étonner de l'amour du' pays, puisque c'est à bien pr^i* * dre, un vér^able amotur-propre. C'est trop dire du gou?-vernemmit sans rien dire de celui qui parait y avoir pluai de part et lui faire justice (1). Rien n'est égal à sa^ suffis* sance que scrn» désintéressement et sa femieté : les choses^ spirituelles sont conduites avee la même modération. La. dlMérence de religion qui excite ailleurs tant de troubles ne ca^se pas la moindre altération dans les espnts; cba^ cun cherche le dû par ser voies, et ceux qa'on croit égarés, plus plaifrts qué^ haïs, attirent la compassion de charité et jamais 'les persécutions d'un faux Éèle; mais il . n'y a rien dans ce monde qui ne laisse quelque chose à. désirer : nous voyons moins d'honnêtes gens que d'habiles, plus de bon sens pour les affaires que 4e délicatesse dans les ^)onversationSi
»^ On voit en Hollande un certain usage d» pruderi^^ quasi généralement établie et je ne sais quelle vi^e.v tradition de continence, qui passe de mère en'fiÉe, oomo^ une espdse^ de religion. À la v^té on ne trouve pas à redire à la galanterie des filles, qu'on leur laissa em^-
ff) Jfeait dfr Witt
153 L^ COMTE DE GUIGHE«
ployer bonnement, avec d^autres aides innocentes , à leur procurer des époux. Les maris paient la fidélité de leurs femmes d'un grand assujétissement. Si Tun d'eux, contre la coutume, affectait Pempire de la maison, la femme se rait plainte de tout le monde comme une malheureuse, et le mari décrié comme un homme de très-méchant naturel. • Une misérable expérience me donne assez de discernement pour bien démêler toutes ces choses, et me fait regretter un temps où il est bien plus doux de sentir que de connaître : quelquefois, je rappelle ce que j'ai été pour ramener à ce que je suis : du souvenir des vieux sentiments, il se forme quelque disposition à la tendresse, ou tlu moins un éloignement de l'indolence. Tyrannie heureuse que celle des passions qui font les plaisirs de notre vie! Fâcheux empire que celui de la raison s'il nous ôte les sentiments agréables, il nous tient en des inutilités ennuyeuses au lieu d'établir un véritable repos, etc., etc., etc. »
* Le comte de Guiche, désirant parler des événements et des lieux qui en avaient été témoins avec exactitude, voulut les visiter de nouveau; il parcourut apssiune partie de l'Allemagne, mais en simple voyageur, sous le nom de M. Armand, pour échapper à la curiosité et aux politesses que son titre et sa célébrité lui am-aient attirées.
Après avoir exploré les bords du Rhin, de ce beau fleuve où l'attendait plus tard tant de gloire, il revenait par la Bavière, lorsqu'un Hollandais, grand amateur de tableaux, lui dit qu'il ne pouvait se dispenser de s'arrêter à Nuremberg pour y voir les chefs-d'œuvre d'AlberTt Durer et cette admiiable descente de Croix dont il avait doté sa villtf natale.
Armand se laissa conduire par son compagnon de voyagt à la meillem^e auberge de Nuremberg, et de là dans la cathédrale, où le sacristain passait sa rie à tirer et à retirer le grand rideau de toile verte qui recouvrait les tableaux du grand peintre.
Le comte de Guiche était si absorbé dans sa contemplation artistique et religieuse, qu'il ne s'aperçut pas de l'entrée de plusieurs autres étrangers dans la chapelle.
Gef endant l'un d'eux était l'objet de l'attention de tous
LE COMTE De GUIGHB. 253
les autres ; le premier magistrat de la ville semblaft lui faire les honneurs de la métropole; il lui expliquait, dans les termes les plus respectueux, le sujet des tableaux et y joignait tous les détails intéressants sur la vie de leurs auteurs. Mais Armand, que la vue d'une belle tête de femme jetait dans une rêverie profonde, ne voyait rien que ce front pur, ce regard divin, à qui la puissance du souvenir donnait tout le charme de la présence.
11 fut tiré de cet enchantement par une voix qui disait :
— Non, je ne me trompe pas... c'est lui... c'est bien lui... «
Au même instant, Armand sent une main s'appuyer sur son épaule. 11 se retourne et s'écrie :
— Votre Majest^ici ! Ah! pardon de ne l'avoir |)as saluée plus tôt... Aussi, comment s'attendre à là rencontrer ainsi presque seule ?
— Je conçois votre étonnement, mon cher comte, et pourtant, j'en suis certain, vous ne serez pas de ceux qui me blâment dans le parti que j'ai pris; et quand vous saurez... Mais ce n'est pas ici que je puis m'expliquer... venez dîner avec moi, nous causerons de vos brillants souvenirs et de mes projets austères.
En parlant ain§i, le roi Jean Casimir entraîna M. de Guîche hors de l'église ; se débarrassa, à coups de remercîments, du magistrat et. des honneurs qu'on s'obstinait à lui rendre^ puis, s'enfermaht avec celui qui avait partagé ses dangers,, ea gloire, et qui l'avait vu au comble de la puissance, il lui apprit comment, ayant reconnu la vanité des grandeurs, terrestres, il venait d'abdiquer la couronne de Pologne, et allait à Paris changer son manteau royal contre le froc d'un religieux de Saint-Germain des Prés.
— 11 est certain qu'en combattant auprès de Votre Majesté, le jour où elle a mis en fuite l'armée des Moscovites, je n'aurais pas prévu ce dénoûment à son beau règne, dit le comte de Guiche; il faut que l'ingratitude des peuples et la bassesse des courtisans soient partout les mêmes pour inspirer un tel dégoût du trône ; car Votre Majesté a beau
aire honneur à Dieu seul de sa résolution pieuse, elle aurait hésité à confier ses sujets à un souverain sûrement moins digne de les gouverner, si leur bonheur ne lui avait emblé impossible.
f5l LE COMTE DE GUIGUE.
— 11 est vrai, dit le rôi, ils sont plus braves que sages, et je prévois pour eux des malheurs dont ttmt mon zélé et ma prudence ne sauraient les sauver; mais outre cette triste prévision, j'ai perdu les affections qui m'attachaient au monde, l'ennui seul m'en éloignerait lors même qae le del ne m'appellerait point à lui. C'est donc avec le plem ugage de ma raison que je renonce à Satan et à ses pompes; il n'entre dans ma résolution ni dépit, ni désespoir; je quitte l'enfer pour le paradis, voilà tout.
— Ah! combien j'envie le courage, la conviction qui vous guident! s'écria le comte; combien ce mépris des grandeurs, des passions, de la gloire eUe-méime vous rend digne de la couronne des élus, et que Vous devez regarder en pitté un malheureux pécheur dont l'âme asservie à la plus impérieuse passion n'a pas même la force de chercher à la vaincre.
— Qu'il s'en accuse devant Dieu, et il lui donnera le moyen d'en triompher, reprit le roi. Mais je lis dans vos yeux que la lumière céleste n'est pas encore parvenue jusqu'à voufi. Malgré toutes vos souffrances, malgré les persécutiofts dont on vous accabler, vous croyez encore à la justicb, à l'amour, à la reconnaissance. Que le ciel vous éclaire; «t quand 11 vous aura prouvé l'impossibilité d'atteindre au bonheur en ce monde, vous viendrez'^ chercher le repos près de moi, dans cet asile que je vais demander au roi de France.
— Hélas! il ne me l'accorderait pas à moi, s'éraria le comte de Guiche en retenant ses larmes prêtes à couler, il m'a proscrit, chassé honteusement de cette patrie pour laquelle j'ai versé mon sang si gaiement; je ne la reverrai plus peut-être ! Ah! si Votre Majesté savait ce que j'^>ronve ou récit des conquêtes de ce roi que j'ai si longtemps aimé comme un frère!... au bruit des exploits de cette armée dont j'étais si fier de commander les beaux régiments, de partager les péril^j. Non ! le supplice d^ plus grands crinoiHels n'jfpprodie pas du mien en lisant dans la GkLzette :
» Louis XIV, que le maréchal de Turenne accompa^e, vient de prendre Charl^oi, Ath, Tournay, i^uai. Il va mettre le siège devaat.Iille, ia plus forte place de Flandre, En neuf jours laitranchée est xm^tto. la ville pria d'assaut. »
Le maréchal de Gramont y pénétra le pr^ier à la tête du régiment des^gardes, de ces gardes que je commandais, sire; et je né suis pas là pour obéir à la voix de Turenne, pour subir avec mon père la grêle de balles et de pierres qui accueille les premiws' entrants dans une ville assiégée! je ne suis pas là pour entendre le tonnerre des canons, les cris d^ vaincus, les joies 4e notre armée! je ne suis pas là, au milieu de mes soldats, à genoux, chantant le Te Défjmiy et remerciant Dieu de la victoire! Ah! sire, c'est le roi assez injuste, assez mxel pour condamner un frère d'armes à ce trifite exil, à cette honteuse inaction, qui devait abdiquer avant de signer l'arrêt qui me livre à un martyre étemel!
— Calmez-vous, brave jeune homme, s'écria le roi Casimir en voyant les pleurs de rage qui inondèrent tout à coup le visage d'Armand; calmez-vous, et supportez plus courageusement les sacrifices cju'uii caprice vous impose ; ce sont les mêmes que le del m'ordonne, et vodis le «avez, vous à qoi j'ai dû plus d'une victoire, vous savez si mon cœur battait ap bruit du taanbour, à la vue d'un drapeau polonais. Eh l»en, cet honneur de commander une troupe de braves qui ^ous coûte des termeSr^mères, j'y renonce volontairement. Imitez ma résignation; croyez que le mérite d'une vie sainta est mieux récompensé que l'héroïsme d'une vie g«errïère, et qn'uae acUon diari table est plus agréable à Dieu qu'une action d'-écla*», croyez qu'il préfère le sage qui se consacre au bonheur*des hommes, au brave insensé qui veut s'illustrer en en massacrant le plus possible.
Ce raisoniwment était fort juste, fort chrétien; mais JiaTuand, trop doulowensemeat ému pour s'en laisser convaincre, se montra seulement sensible au ton affecteux qui l'accompagnait. Après av-oir lémaigné son admiration sincère pour une conversion si héroïque, après s'être humilié pFOfemdément dans le regret de ne pouvoir l'imiter, le Gomie de Gttiche s^approche du roi philosophe, et réclame rhonaneuï*4ie baiser la main de & Majesté avant de prendre congé d'elle; mais le roi ne lui laisse pas le temps de se pi^Mteraer, il je^te ses bras autour du cou d'Armand, le serre contre sa poitrine avec toute la tendresse d'un père
etdk:
^*-^ Banvieaiiisengle! t^seriei} nf. peut détourner dje l'a-
256 , l'fi COMTE DE GUIGHE.
bime! ah! si la chute qui t'attend ne te brise qu'à moii viens, près de moi panser tes plaies. Rappelle-toi qi existe aux portes de Paris, sous les arceaux d'un doit entouré de prés verts, un vieil ami de ta jeunesse, un camarade d'armes, un témoin de tes exploits, (Jui te garde là toutes les consolations de Tamitié, tous les secours du ciel. Va! sois béni pour ce que tu vaux, et pardonné pour ce que tu souffres !
Alors ils se séparèrent, l'un pour aller oublier les ennuis du trône dans l'exaltation de la prière, l'autre pour se livrer de nouveau à tous les tourments de l'amour et de l'exil.
La vie studieusement monotone que menait depuis longtemps à la Haye le comte de Guiche fut tout à coup ranimée par une lettre de la princesse de Monaco ; elle mandait à sou frère la promenade somi^tueuse que Louis XIV allait faire, suivi de toute la cour, dans les provinces nouvellement conquises, et où l'attendaient les hommages et les acclamations dus au vainqueur.
Ce voyage était, disait-elle, le prétexte d'un autre. Le roi une fois à Dunkerque, en vue des côtes de l'Angleterre, serait touché des regrets de Madame en se voyant si près de son frère sans pouvoir l'embrasser ; il lui permettrait de s'embarquer pour aller passer quelques jours auprès de Charles II; et dans cette visite fraternelle, on présumait qu'il serait agité de grands intérêts, dont la paix de l'Europe pourrait être prochainement troublée, en dépit du traité d'Aix-la-Chapelle.
Monsieur, ignorant le véritable motif du voyage de la princesse, ne l'accompagnerait point à Lt)ndres. Le renvoi du chevalier de Lorraine en vengeance de l'exil du comte de Guiche, avait mis le comble h la mésintelligence qui régnait entre Monsieur et Madame, et cette séparation momentanée n'affligeait aucun des deux.
A l'idée que la princesse Henriette allait se trouver quelques momentsioin de nobles geôliers qui gardaient sa prison
LE GOMTB DE GUIGHE. 857
royale, qu'elle- allait revoir son palais natal, entendre les vivats de ses compatriotes, il prit au comte un désir effréné démêler ses acclamations à toutes celles qui deyaient retentir au moment où le joli pied de la fille de Charles I" toucherait le sol de l'Angleterre.
U va trouver un riche négociant de la Haye que son immense fortune ne rendait pas moins âpre à saisir toutes les occasions de Taugmenter. Il parle des fêtes déjà ordonnées par le roi Charles II pour la réception de sa sœur à Douvres, des sommes qu'on y va dépenser, et lui prouve sans peine le profit assuré aux négociants qui y transporteront leurs marchandises.
L'armateur Van Bergue se décide bientôt à fréter un de ses bâtiments pour aller vendre à Douvres les mousselines et les damas qu'il avait rapportés de llnde. Alors le comte de Guiche vient le supplier de lui laisser revêtir la veste d'un de ses matelots ; pour prix de cette faveur, Armand, s'engageait à servir comme le plus simple et le plus zélé des mariniers du bâtiment.
— Vous, monsieur le comte, vous, endosser la chemise de toile cirée et vous suspendre aux cordages comme un jeune mousse, dit Van Bergue; cela ferait bieii rire l'équipage, vraiment !
— Aussi ne faut-il pas que l'équipage se doute de ma présence ; je serai pour lui un malheureux colon recueilli par vous et dont l'apprentissage du métier de matelot est confié à l'un de vos plus habiles. Gela suffira pour leur expliquer et leur faire excuser mon ignorance et ma maladresse ; vous répondez de vos hommes, et leur passe-port est joint au vôtre ; vous me donnerez le nom qu'il vous conviendra, je vous jure de ne pas le compromettre et de ne rien faire qui puisse trahir le secret de mon déguisement, ni soupçonner la complaisance que je réclame de vous. Du reste, mett^-y le prix que vous voudrez, je souscrirai â tout.
— Mais comment cacher votre ahsence ici?
— On dira chez moi que je travaille, que je suis malade, que je ne veux recevoir personne. J'ai si souvent de ces accès de misanthropie qu'on n'en sera pas étonné.
— Ce n'est pas pour moi que je crains, je prie monsieur le comte de le croire ; je pourrais toujours dire que je ne
258 CB . COWTB De êm G»C.
Tai pas reconnu : mais si Ton vient à savoir epatû s'Ct barque sous un faux nom, les autorités jetteroiït fe flammes, elles se plaindront h renvoyé de France, e^h. sait oe quil en peu^ résulter pôur moasîeur le comte.
— Soyez tranquille, reprit Armand, encédantà^laiiéces- 'sitôde rassurer l'armateur par nomensonge innocent^ je vais confier mon projet au premier secrétaire du cointed'Bss.M, notre ambassadeur : il saura que le désir de voir un moment ma sœur, qui accompagne la princesse Henriette à Doiwres, m'engage seul à prendre ce déguisement, et je m'sçpliqoôrai surtout à lui bien persuader que vous en êtes dupe.
Van Bergue, rassuré par la pensée que le noble exilé était encore plus intéressé que lui aa secret de sa démarche, et séduit par tout ce que hli promettait la ceconnaissance du généreux comte de Quiche, cessa da blàmeyr son projet et^ le seconda de son* mieux*
Dans o»tte expédition, âtieane ne pouvait suivre son maître, et le pauvre garçon soupirait «u lui passant son habit de matelot.
— Si, du moins, monsieur le^comte restait sur le pont à Toif^saulep les vagues ; mais je le connais, il va vouloir ^derues vieux loups de mer dans leurs travaux; il se r^dra malade, et s'il survient un mauvais coup de vent,il=8wa le premier à se ris(per pour sauver l£^ autreSf Beau voyage, vraiment! et qui va meiaire passer de bonnes nuitel^
— Oh! je serai prudent, je te Taffirme,^ cher Étieime, avant d'arriver surtout.
— Oui, mais au retour ?
Alors B^nne s'étalait sur ses craintes; il redoutail^8m<tout le moment qui suivrait le départ de la princesse pmff Londres, et hasardait de petits armons re^ectueu&à^ ce sujet : Armand les interrompait par des exclamatioufl qjul répondaient à sa pessée, et prouvaient ainsi awpauta*e Etienne que son maître ne Técoutait pas.
Tout à Tespérance de revoir son idole, Armand réi^au moyen d'en être aperçu; puis, lorsqu'une teeup de wâson lui montrait tous les ckiigers attachés au piaisir de se'f^ire i^connaître, il se jurait d'y renoncer^ et prisât Diatawc toute la ferveur d'une âme: pacsaionnée dehn cbonner le courage de vioir Madaaie^ et de lui laisser imitai qu'il étaitîsi;p!!é»*elie.
1»E éOMTB DE GtllCQB. ftQP
La trayersée de la Haye à Douvres fut heureuse. 61^9 aux précautions, aux confidences de Van Bergue à son contremaître, Armand fut accepté des matelots comme un futur camarade que la fiôvre des colonies tenait encore, et. doat la convalescence exigeait du repos.
Ils entrèrent dans le port de Douvres la veille du jour où Madame devait y débarquer.
Le roi Charles II ayant quitté Londres pour venir au-devant de sa sœur, ordonna à son vice-amiral, lord Sandwich, de monter son plus beau vaisseau de guerre pour aller chercher son Altesse Royale la princesse Henriette,
A peine le bruit du canon eut-il annoncé rentrée des nar vires anglais dans le port de Dunkerque, que Madamei, em^ pressée de répondre à Pimpatience de son frère, voulut s'embarquer le soir même pour arriver à Douvres avec le soleil levant.
Armand pressentit ce que la tendresse de Bïadame pour son frère^ nous dirons presque ce que la bonne grâce de son cœur lui ferait tenter pour être un moment plus tôt près de ce frère chéri. Il avait bravé les représentations des nouveaux amis que sa cordialité venait de lui faire parmi les matelots de son équipage^ et qui trouvaient fort imprudent à un pauvre diable sujet k la fièvre de passer la nuit sur le port, afin d'y mieux être placé, quand le canon de la forteresse annoncerait l'apparition du paviHon anglais et l'arrivée de la princesse.'
La poésie de Lamartine, de Victor Hugo ou de Chateaubriand, voilà ce qu'il faudrait avoir reçu du ciel pour peindre dignement cette belle nuit d'été passée i suivre la marche des étoiles, à épier la première lueur qui les ferait pâlir, à écouter le bruit des vagues mousseuses qui semblent fières de porter une femme adorable, de la conduire vers celui qui l'aime, à s'abandonner à tous les enchantements de l'espoir, â toutes les craintes de l'attente, à tout l'enirrement d'un retour^ à consulter les battements de son cœur pour savoir si elle approche, à rendre grâce au ciel de la brise qui enfle les voiles, à la terre des parfums nocturnes dont elle embaume l'air.
•— nuit divine! s'écrie Armand, est-il quelque plaisir mondain comparable aux impressions que tu donnes! Est-il une harmonie plus suavo que ton silence, un jour plus
f60 , LE COMTE DE GUICHE.
doux que le reflet de tes étoiles! Et Taurore qui va te succéder n'interrompra pas ce ravissement de tout mon être! Je verrai les premiers rayons du soleil colorer Tétendard du vaisseau qui l'amène ! Il me la montrera prosternée sous la croix du grand mât, les mains jointes, et remerciant Dieu du bonheur de revoir sa patrie.
Armand se crut abusé par la vision de son cœur en découvrant à la pointe du jour, un vaisseau qui s'avançait majestueusement vers le port ; puis une femme à genoux sous la croix du grand màt.
Mais le canon du fort donne le signal, le vaisseau du vice-amiral y répond, la mer se couvre de barques, le peuple accourt de tous côtés; eu vaîn les gardes le repoussent pour laisser passer le roi, c'est la princesse que la foule veut voir; c'est cette Anglaise adorable qui est la première, la plus ravissante de toutes les femmes de la cour de France.
Armand est obligé de défendre sa place sur la grève contre l'envahissement de plusieurs matelots. Mais la joie a doublé ses forces. Si les seigneurs, les gardes armés le séparent de Madame, en restant derrière ce rempart le cache à sa vue, il peut mêler sa voix à celles qui la bénissent, et avoir l'espérance de faire reconnaître ses accents & ce cri solennel : Vive Madame de France!
C'est au moment où l'aspect de sa sœur émeut le roi -Charles au dernier point, où chacun, partageant son attendrissement, porte la main à ses yeux, où le canon se taît pour laisser parler les princes, qu'Armand lance d'une voix formidable ce cri tout français. Il parvient aux oreilles ou plutôt à l'àme de Madame ; elle se retourne vivement, cherche d'où vient cette voix qui l'a fait tressaillir, et se jette au cou de son frère sans deviner d'où vient cette acclamation française qui retentit à son cœur.
Rien ne saurait peindre ce qu'éprouva le comte de Uuiche en renonçant à laisser soupçonner qu'il était là, près de Madame, se mourant de regrets et d'amour pour elle, ayant tout risqué pour la voir, sans même espérer d'en être vu, et, pour plus d'infortune encore, s'étant refusé le plaisir de rien ajouter h ce cri du cœur dont il avait remarqué l'effet; car, jaloux du bonheur qu'elle montrait et où il n'entrait pour rien, il aurait pu essayer de le troubler un moment ; mais une
LE GOMTB DE GUlGHE. t61
imprudence de la part d'Armand n'était funeste qu'à elle, et l'idée de la rendre seule victime d'une folie, l'empochait
de la faire.
' Si mademoiselle de Montalais ou la princesse de Monaco avaient suivi la princesse en Angleterre, Armand n'aurait pas été si sage; mais elle avait simplement emmené avec elle sa dame d'atours et deux demoiselles d'honneur, toutes dévouées au roi de France, et dont la surveillante était elle-même surveillée par beaucoup d'autres.
Heureusement pour le comte de Guiche la fouie étant occupée de la princesse Henriette, et de tout ce qu'on imaginait pour la recevoir avec magniQcence, on ne pre-. sait pas garde à ce beau matelot hollandais qu'on supposait n'avoir jamais vu de princesse, et qui en perdait la tête.
— Qu'est-ce que tu nous dis donc là, avec td^ Madame de France^ crie donc Vive la princesse Henriette d^ Angleterre! disait l'un en anglais, tandis que son camarade d'équipage le faisait taire de l'autre côté pour crier en hollandais : Vive la sœur du roi Charles /•'.'
— Sais-tu qu'elle est ma foi jolie, disait un gros marin, et que je boirais bien à sa santé.
— Ma foi, l'idée est bonne, et c'est moi qui régale, répond Armand en tirant un écu de sa ceinture.
Pendant ce temps. Madame recevait les embrassements de sa famille, et malgré elle, ses regards pensifs cherchaient à l'entour d'où venait ce vivat français. Armand, dont les yeux seuls glissaient entre les têtes de deux gardes, s'étonnait de l'indifférence de Madame en passant près de lui, et il eût été désolé de la voir dans l'état périlleux, de plus d'une manière, où cette surprise l'aurait plongée ! mais le cœur ne raisonne pas, il blâme tout ce qui l'afflige. Heureusement pour le courage du comte, l'épreuve ne fut pas longue. Le roi avait commandé de belles fêtes pendant le peu de temps que sa sœur devait passer près de lui ; Armand n'y pouvait assister, et le capitaine hollandais était pressé de retourner à la Haye.
La cour étant partie pour Londres, nul intérêt que celui ^ d'un souvenir, moins doux encore que pénible, n'attachait plus Armand sur cette rive! il se méfia de son courage l rester si près de Madame sans rieu tenter pour le lui faire
162* LE tOMTK im eOICES.
savoir, et k crainle de la cèmprometti» k fit o&der au instances de Van Bcrgue.
11 quitta^ Douvres en pleurant comme s'il se fût artadié d'auprès d'elle, le coeur pleinde cette image adorée, hélas!... pour la contempler encore un instant il aurait traversé le monde... et le mallieureux ne devait plus la revoir!...
Un mois s'était à peine écoulé depuis le retour d^Aimand à la Haye, lorsqu'Ëtienne entra dans sa chambre au moment où il faisait sa lecture habituelle. C'était la. seule distraction à ses ennuis, et Etienne avait ordinairement soin de ne pas l'interrompre. Le comte pensa qu'il aaraît à lui parler, et le questionna. Mais Etienne allait, venait, disait des mots sans suite et montrait un embarras qui tenait du supplice.
— Qu'as-tu? que veux- tu? disait son maître. Tu trem* blés sur tes jambes* comme si tu venais de faire un; mauvais coup? A. cette heure-ci, tu te tiens mieux d'ordinaire.
— Ah ! monsieur, ce n'est pas que j'ai bu, aliei, jfaiilrop de chagrin pour ça.
— Eh bien, qu'est-ce donc qu'il farrive, moiugarçAQ?
— C'est que je ne sais comment apprendre k moBBieur le comte que madame la princesse cte Monaco est icL
— Ma sœur ici... Ah! mon Dieu, tu me fais frémir.^Ma mère est morte! s'écria Armand en s'élançant vers la pw'te entr'ouverte.
— Non, dit Étienùe en asseyant de force le comte de Guiche qui a peine à se soutenir. Non, madame la duchesse vit toujours, vous en croirez sa fille, je pense, la vokL
— Oui, toutes deux vous ordonnent de vivre pour les aimer, pour en être chéri ! s'écrie la princesse de Monaco en se précipitant dans les bras de son frère.
Armand fixe sur elle dm y-eits hc^ards; il devine qu'un malheur dont on redoute l^'efM sur lui a seul dét^Tiiiné sa sœur à lui donner cette pteuve de dêvQireme»t..fiJle pleure: il a donc pmov^ é9 croinidi^e.
LE GOMT£ DE GUIGHÏ. S63
— Pauvre ami ! dit- elle ayeç l'accent d'une piété louchante.
Et elle n'a pas la force d'achever.
L'effroi qui dépasse de coutume la réalité d'un désespoir n'atteint pas celui-ci. Armand ne peut croire à jamais ilétrie celle qu'il vient de voir jeune, rayonnante.
— Madame est en danger! dit-il d'une voix étouffée.
■— Hélas! plût au ciel! s'écrie la princesse, nous aurions encore de l'espoir !
Et elle s'étonne de l'immobilité où reste son frère à cette horrible nouvelle. Pourtant il n'a point perdu l'usage de ses sens ; mais il semble que la violence du coup en rend la douleur insensible. L'arrivée subite de sa sœur, ces mots fdnèbres dits en pleurant, tout cela le maintient dans l'idée qu'it est victime d'une cruelle vision. Gomme il n'en peut sortir, son oppression augmente à tel point, que la princesse, pensant que les larmes lui seraient d'un grand secours, ne contraint plus Jies siennes, et entame le récit qui doit achever de le désespérer.
Bile e^ d'abord de la peine à se faire écouter à travers les sanglots d'Armand, ses menaces contre les empoisonneurs, les désolations les plus déchirantes. Enfin, épuisé de douleur, et se flattant de Tespoir de succomber au récit d'un malheur qui dépassait son courage, il apprit les détails de cette mort sid)ite, l'un des grands événements de la cour de Louis XIV.
— Madame était b Saint-Gloud le 29 juin, dit la princesse de Monaco ; elle avait bien passé la nuit. Je l'accompagnai à la messe. Au retour j elle nous dit, à madame de Lafayette et à moi, qu'elle était chagrine, et sa mauvaise humeur aurait fait les belles heures des autres femmes, tant elle avait de douceur naturelle et tant elle était peu capable (Taigrew et de colère.
» Elle se mit à nous parler de s€wi voyage eu Angleterre et du roi son frère. Cette conversation, qui lui plaisait, lui redonna de la joie. On servit le dîner ; puis elle se coucha sur des carreaux et s'endormit. Pendant son sommeil, son visage marqua une vive altération. A son réveil, elle était si changée, que Monsieur nous en fit faire la remarque et s'en inquiéta. Elle se plaignait de son mal de côté; madame de Gamadjes lui apporta, ainsi qu'à madame de Lafeyette un verre iVmvi de cîïteorée au'eWes avaiiHit den^andé, Ih-
dame de Gourdon, la dame d'atom's de la princesse, le M présenta ; en le remettant dans la soucoupe, elle se plaignit vivement du côté ; elle devint d'une pâleur livide.
• Nous la prîmes dans nos bras; elle marchait toute courbée, en criant de douleur. On la déshabilla; nous la soutenions pendant qu'on la délaçait; elle avait les larmes aux yeux ; j'en fus étonnée et attendrie, car je la connaissais pour la personne la plus patiente.
- » On la mit au lit. M. Esprit, son premier médecin, arriva; il donna quelques ordonnances, sans paraître effrayé de Tétat de Madame. Cependant elle ne cessait de dire qu'elle allait mourir, et qu'on lui allât chercher un confesseur.
» Tout à coup Madame, déchirée de douleurs d'estomac, dit qu'on regardât à cette eau qu'elle avait bue, que c'était du poison, qu'on avait peut être pris une bouteille pour l'autre, qu'elle était empoisonnée, qu'elle le sentait biea et qu'on lui donnât du contre-poison.
» Nous étions dans la ruelle avec Monsieur, et quoique perf C;iine de nous ne le crût capable d'un tel crime, un étonnexrent ordinaire à la malignité humaine le lit observer avec ôUenlion; il ne fut ni ému ni embarrassé de l'opinion de Madame; il dit qu'il fallait donner de cette eau à un chien, et opiûa comme Madame pour qu'elle prit du contre-poison.
» Madame Desbordes, sa première femme de chambre, lui dit qu'elle avait fait l'eau de chicorée et en but; mais Madame persévéra à prendre de l'huile, de la poudre de vipère, et plusieurs autres drogues qui semblaient encore accroître sa souffrance. Enfin, elle fut telle qu'elle eut une certitude entière de sa mort, et s'y résolut comme à une chose indifférente. La pensée du poison était établie dans son esprit.
» Monsieur dit à madame de Gamaches de tâter le pouls de la malade, les médecins n'y pensaient pas. Elle sortit de la ruelle épouvantée : elle ne trouvait plus de pouls à Madame et les extrémités étaient froides. Monsieur parut effrayé, le médecin dit que c'était un événement ordinaire ; qu'il répondait de Madame.
» —Et vous m'avez répondu aussi de M, de Valois, et ù est mort, s'écrie Monsieur en colère, comme va mourir Madame.
j» A ce moment le curé de Saint-Cloud, que la princesse avait fait mander, arriva au château ; Monsieur hésitait
à le lui faire savoir lorsqu'elle redemanda un confesseur.
» Il approcha de son lit; une de ses femmes de chambre était passée à son chevet pour la soutenir ; Madame ne vou-^ lut point qu'elle s'ôtât et se confessa devant elle.
» Gueslin qu'on avait été chercher à Paris, et Valiot à \ersailles, arrivèrent (1). Madame dit à Gueslin, en qui elle avait beaucoup de confiance, qu'elle était empoisonnée et qu'il fallait la traiter sur ce fondement. Ji3 ne sais s'il le crut, mais il agit en homme qui n'avait plus d'espérance, ou qui ne voyait point le danger. Dieu aveuglait les médecins et ne voulait pas même qu'ils tentassent des remèdes capables de retarder une mort qu'il voulait rendre terrible.
» Elle entendit que nous disions qu'elle était mieux.
» — Gela est si peu véritable, nous dit-elle, que si je n'étais pas chrétienne, je me tuerais, tant mes douleurs sont excessives. c»
» Les médecins voulurent la voir de près, ils apportèrent un flambeau.
» Elle les avait toujours fait ôter; depuis qu'elle s'était trouvée mal; Monsieur lui demanda si on ne l'incommodait ' point.
» — Ah! Monsieur, dit-elle, rien ne m'incommode plus; je ne serai pas en vie demain matin, vous le verrez.
n On lui donna un bouillon, ses douleurs redoublèrent. Le roi, averti par M. de Gréqui, arriva en ce moment; il sembia*(iue les médecins furent éclairés par sa présence,
» 11 les prit en particulier, et ces mêmes médecins, qui, deux heures avant répondaient de Madame, malgré qu'elle eût ses extrémités froides et le pouls presque éteint, com mencèrent à dire qu'elle était sans espérance, et qu'il fallait lui faire recevoir Notre Seigneur.
» La reine et la comtesse de Soissons étaient venues avec le roi, mademoiselle de la Vallière avec madame de Mocitespan. Monsieur vint leur apprendre l'arrêt des médecins. Madame de Lafayette s'écria en pleurant que les médecins avaient perdu l'esprit et ne pensaient ni à la vie ni au salut de Madame.
» On envoya chercher le chanoine Feuillet et M. de Coadom (2).
(1) Dcax docteurs de U cour.
(2) Qossuet.
» Le roi se désolait dal'ignorance des médecine, iltfisait
à Madame :
» — Je ne suis pas docteur et je viens de leur proposer trente remèdes; ils répondent qu'il faut attendre.
» — Il faut nioiu*ir, interrompit Rtadame, et mourir par les formes.
» Alors le maréchal de Gramont s'approcha de son lit; elle dit à notre père qu'il perdait une bonne amie; qu'elle allait mourir, et qu'elle ayait cru d'abord d'être empoisonnée par surprise, mots articulés au maréchal et dits pour le comte de Guiche.
» En voyant M. Feuillet, Madame voulut par scrupule fadre une confession générale; elle la fit avec de grands sentiments de piété.
» Je m'approchai de son lit après sa confession; M. Fenillet était auprès d'elle, et un capucin, son confesseur ordinaire.
» Ce bon père voulait lui parler et se jetait dans des discours qui la fatiguaient : elle me regarda avec des yeux qui feisaient entendre ce qu'elle pensait, et puis les i-etournant sur ce capucin :
» — Laissez parler M. Feuillet, mon père, lui dit-elle avec une douceur admirable, comme si elle eût craint de le fâcher ; vous parlerez à votre tour.
j» L'ambassadeur d'Angleterre arriva dansce moment. Sitôt qu'elle le vit elle lui parla du roi son frère et de la douleur qu'il aurait de sa mort.L'ambassadeur lui demanda si elleétail empoisonnée ; elle lui répondit qu^il n'en fallait rien mander à son frère, qu'il fallait lui épargner cette douleur, etqn'il ne songeât pas surtout à en tirer vengeance ; que le roi n'en était point coupable qu'il ne faUait point s'enprendre à lui.
» Elle disait toutes ces choses en anglais, et comme le mot poison est commun à la langue française et à la langue anglaise, M. Feuillet Pentendit et interrompit la conversation, en disant qu'il fallait sacrifier sa vie à Dieu, et ne pas penser à autre chose.
» Elle reçut Notre-Seigneur.
» M. Brager, un nouveau médecin, vint' proposer une saignée au pied.
» — Si l'on veut la faire, dit la princesse, il n'y a pas de temps à perdre; ma tête s'enjl^acfafiSâ et mojQ e6t<imac sa remplit.
LE COMTTÎ DE GUÏCIÏ'E. ' Kl
» Hs^ demeurèrent surpris d'uae si grande fermeté. Elle peosa expirer pendant que son pied était dans Teau ; elle demanda rextrême-onction. M. de Gondom arma comme elle la recevait. Il lui parla de Dieu avec cette éloquence et cet ei^rit de religion qui paraissait dans tous ses discours. Comme il parlait encore, la première femme de chambre s'approcha d'elle pour lui donner quelque chose dont elle avait besoin. Elle lui dit en angUris, afin que jtf. de Condom ne l'entendit pas, conservant jusqu'à la mort la politesse de son esprit :
» — Donnez à M. de Gondom, quand je serai morte, Vé^ meraude que j'avais fait faire pour lui.
» Alors il lui prit une espèce d'envie de dormir qui n'était qu'une défaillance de la nature. Elle rappela M. de Gondom ; il lui donna le crucifix. Elle le prit, l'embrassa avec ardeur. M. de Gondom lui parlait toujours; et elle lui répondait avec le même jugement que si elle n'eût pas été malade, tenant toujours le crucifix attaché sur sa bouche. La mort seule le hii fit abandonner (1). »
/^ces derniers mots, un soupir étouffé s'exhala du sein d'innajad; mais il ne proféra pas une parole. On ne se plaint pas du mal dont on espère mourir.
f 11 n'est que trop vrai que Madame a été empoisonnée, nous dit la mère du régent dans ses Mémoires, mais tout à rinsu de feu Monsieur. Pendant que les coquins arrêtaient le projet d'empoisonner Madame, ils délibéraient s'il fallait en faire part à Monsieur ou non. Le chevalier de Lorraine dit :
» — Non, ne lui disons pas; il ne saurait se taire. S'il n'en parle pas la première année, il nous fera pendre dix ans après.
» Et Ton sait que les scélérats ont dit :
-» — Gardons-nous bien de le dire à Monsieur, oui le dirait au roi qui nous ferait tous pendre.
(1) Ce récit est nn fragment des Mémoires d« madame de Lafoyette, t. III, p. 169. Qui oserait raconter la mort de Madame Henxiette api:ès6U0?
9 Ce n'était pas Feau de chicorée de Madame que d'Effîat avait empoisonnée, ce qui est un raffinement d'invention, car d'autres pouvaient boire de cette eau que Madame buvait seule dans sa tasse. Un valet de chambre qui avait été auprès de Madame, et que j'ai eu ensuite (il est mort depuis), m'a raconté que le matin, pendant que Monsieur et Madame étaient à la messe, d'Ëffiat alla au buffet, et qu'ayant pris la tasse, il en frotta l'inlérieur avec un papier :
» — Monsieur, lui demanda le valet de chamlH*e, que faites-vous à notre armoire, et pourquoi touchez-vous à la tasse de Madame? 4
» Il répondit :
» — Je crève de soif» je cherchais à boire, et voyant la tasse malpropre, je l'ai nettoyée avec du papier.
» Après midi. Madame demanda de l'eau de chicorée. Dés qu'elle l'eut bue, elle s'écria qu'elle était empoisonnée; ceux qui était présents burent de la même eau, mais non pas de celle qui était dans la tasse : voilà pourquoi elles n'ea furent point incommodées. Quand Madame mourut dans des douleurs affreuses, la tasse avait disparu, et elle ne se retrouva que plus tard. Il avait fallu la faire passer aa feu pour la nettoyer (1). »
Mais la cause de cette affreuse mort, si bien expliquée depuis, fut longtemps un mystère; Les soupçons en planèrent tour à tour sur chacun des ennemis de Madame et ne s'arrêtèrent pas là.
Malgré les soins de la princesse de Monaco à empêcher S(m frère de porter ses soupçons trop haut et de les manifester trop vivement, il ne sortit de l'état de stupeur où il était plongé pendant le récit des derniers moments de Madame, que pour rentrer dans toutes les fureurs du désespoir et de la vengeance. Il voulait aller tuerie chevalier de Lorraine, M. d'Effiat, et jusqu'au prince, qu'il jugeait complice de ses amis empoisonneurs. Mais madame de Monaco, feignant d'abord de partager toute sa colère, le ramenait toujours à des sentiments plus humains, en parlant aa nom de son père, en celui de sa mère surtout, dont elle ne peignait pas les larmes sans provoquer celles d'Armand. Enfin elle lui persuada qu'il ne pouvait frapper au hasard,
(1) MéfflQires bûtoriques de la mère du régent, p. t%0.
risquer d'être assassin à soiir tour, et mourir sans avoir éclairci cet horrible mystère. Elle insista particulièrement sur ce qu'il avait un devoir de justice à remplir envers celle qu'il pleurait, et que son ombre demandait une pleine satisfaction.
Dès que les transports de la rage d'Armand eurent épuisé ses forces, la princesse profita de la langueur qui succéda à cet état violent pour emmener son frère avec eUe. 11 laissa sa sœur disposer de lui en homme qui ne croyait plus vivre.
Sans doute il aurait mis fin à une existence aussi désespérée, si le suicide avait été, dans ce temps là, ce qu'il est de nos jours : un adieu philosophique. Mais à cette époque, l'homme qui se donnait la mort passait pour un impie ; son corps n'était pas recouvert de terre sainte, sa place restait vide dans le caveau où reposaient ses nobles aïeux. La honte de n'avoir pu subir l'ordre de Dieu retombait sur toute une famille; et l'assassin de lui-même laissait mourir sa mère sans l'espoir de le retrouver dans le ciel. A cette idée, le plus abattu sentait r'^^aître en lui le courage de souffrir encore.. Et puis il y avait tant d'honneur à risquer BdL vie et si peu à se l'ôter.
C'est à Monaco que la princesse conduisit son frère, en lui faisant traverser la Suisse. Elle avait compté sur la distraction du voyage pour tempérer la douleur qui le minait; mais rien n'agissait contre l'effet d'un malheur d'autant plus cruel qu'il se refusait souvent à y croire et le rapprenait sans cesse; sorte de supplice attaché aux morts dont on n'a pas été témoin ; à ces disparitions subites, qui laissent un poignard dans le cœur et une image toujours jeune et vivante dans le souvenir.
Le maréchal de Gramont, qui chérissait son fils en dépit des torts qu'il lui reprochait, et que les lettres de madame de Monaco jetaient depuis un an dans de vives inquiétudes, en lui avouant que sa tendresse, ses soins étaient sans pouvoir sur le désespoir d'Armand, se décida à se retirer de la cour pour aller le sauver s'il était possible.
Dans cette résolution, il demande une audience au roi, lui donne sa démission de sa charge de colonel du régiment des gardes françaises, dont le comte de Guiche, son fils, a la survivance.
Le roi refuse la démission, le maréchal insiste, en disant
170 Ll COMTE DE fiUICHB*
que son fils ne devant plus lui succéder dansoette cbaset aie lui est pénible à remplir. Le roi consent à ce qu'if U .oède au duc de La Feuillade (1); mais il lui donne en compensation une sonune considérable; et touché de ses craintes pour son fils, il lui dit :
— Rassurez-vous, maréchal, ce que votre tendresse ne peut faire, la gloire le fera. Nous allons nous battre, mandez au comte de Guiche que j'ai besoin de lui; qu'il vienne.
Le niaréchal se jeta aux pieds du roi en reconnaissance de cet ordre, et courut aussitôt prier M. d'Hacqueville, Tami de sa famille, d'en être le porteur, car il prévoyait qu'il faudrait toute l'éloquence de l'amitié pour vaincre la résolution d'Armand de ne plus retourner à la cour.
En effet, il ne se laissa ramener à, Saint-Germain qu'à la condition d'y saluer le roi et de se rendre aussitôt ea Lorraine ^ l'armée du maréchal de Gréqui.
La guerre que l'Angleterre et la France déclarèrent bientôt à la Hollande, ne laissa pas longtemps le comte de Guiche dans l'attente des périls qu'il convoitait. Après l'avoir nonuné lieutenant général, le roi l'envoya s^vir en cette qualité sous les ordres du prince de Condé' et du vicomte de Turenna
Avant de s'arracher des bras de sa famille avec lé triste pressentiment, de ne la plus revoir, avant de s'éloigner de Paris pour toujours, Armand voulut dire adieu à la seule véritable amie qu'il croyait y laisser. 11 fut chez Ninon de Lenclos, dans l'intentiont de la questionner sur ce qu'elle savait du sort de Marguerite, car ses regrets et ses remords se confondaient dans son âme.
La mort de Madame lui semblait la punition de la perte de Marguerite, et il ne voulait pas piourir sans lui faire savoir par quels tourments il expiait son crime.
-— Ah! mon Dieu, dans quel état je vous vois! s'écria mademoiselle de Lenclos frappée des ravages ftiits par la douleur sur le beau visage de comte de Guiche; voilà donc ce qu'une passion sérieuse, inextinguible, peut produire sur l'homme le plus sémillant^l» plus adorable, qui
(î) Le duc de Lafeuillade fut pourvu de la charge de colonel des gardes françaises, sur la démission roîontaire dn oiarécha! doGi«r mont et du comte de Guiche, [Gazette de 1672, p. 76.)
aft jamais existé. Ah? cpie Sérigiréa bien raison : Toujours plaire, et jamais aimer ! C'est sa devise, et Fonique moyen de conserver son bonheur et ses agrémfents. Mais tous avez trop (Pesprit, cher comte, pour ne pas vous en servir en cette circonstance, et vous ne reftiserez pas les consolations ^e..w
— Pardon de ne pas écouter ce que votre cœur si bon, votre esprit si ingénieux vous inspireroflt d'excellentes raisons^ contre ma sombre fblie, mais elle est incurable; j'en veux, j'en espère mourir. Cependant, il dépend de vous d'adoucir mes derniers moments ; et, je vous connais, cette philosophie qui vous porte à rire de tout, à réduire les plus fastueux sentiments à leur juste valoir, ne vous laisse paa sans pitié^pour les maladies qui tuent Tàme avant le coips. Vous calmerez, s'il se petit, l'inquiétude, les remords qui se mêlent^ mes autres tortures. Vous me ^irer ce qu'est devenue Mai^uerite, et si je dois m'accuser S ma dernière heure de l'avoir vouée à un malheur étemel.
— Soyez tranquille, son ^ort est assuré ; il est honorable: CTest lout ce que je puis vous dire. Gela doit suffire à votre conscience, et sa résignation est un exemple que le ciel vous ordonne de suivre; car, ainsi que vous, aie a perdu ce qu'elle aimait, et elle existe encore pour le bonheur des autres. '
— Puisi^e imiter son courage, dit le comte en se levant.
Fuis il sortit les yeux pleins de lacmes^
— Suivez^, dit Ninon à M. de ViUarceaux qui arrivait en ce moment ; je suis sûre qu'il va, de ce pas,, au Val-dearêm. Arrache2>-le d'auprès de ce cœur cpii ne bat plus, ûB ce coeur, son royaume en ce monde el son esgok dans Vautre.
En effet, Mi de Vili£irceatt& entendit du haut de l'escalier levaletiepied du comtecfireà son cocher : Au Val-de-Grâce.
Toujours empressé d'obéir à mademoiselle de Lenclos, le marquiB^monta dans ssm can^osse, et suivit de loin celui du comte de Guiche.
Arrivé dans l'église, il trouve Artnand prosterné au pied Ab l'auittàqinrenfasmft^leidceurd'Hânrietle d'Angleterre (1);
(1) Le cœur de Madame avait été déposé en grande poÀkpe , par
tn LB COMTE DE GUICHE.
il le voit abîmé dans un désespoir muet, et imagine moyen qui pût le tirer de cette extase douloureuse, il y dit-il, de la part du maréchal de (kamont prévenir soii que le roi l'attend à Saint-Germain pour lui donner iiouvel ordre très-pressé.
L'idée de recevoir cet ordre, là, dans le temple où règ i 'ombre de Madame, fait croire à Armand qu'il émane d'c * ei il n'hésite pas à s'y rendre.
11 vole à Ssant-Germain ; et, par un de ces hasards d Dieu seul a le secret, il arrive au moment où le roi ce mandait Si son premier gentilhomme de faire courir 2^] le comte de Guiche, pour le charger d'un ayis important à transmettre au maréchal de Turenne.
Il apprend du roi les projets hardis qui doivent se réaliser aans cette célèbre campagne. Il est fier d'en être le confident, eî remercie Sa Majesté de le choisir pour interprète entre le plus grand roi et le plus grand capitaine de l'Europe. - liouis XIV, qu'une flatterie de bon goût mettait toujours en belle humeur, crut pouvoir hasarder moitié sérieusement, moitié d'un ton léger, une proposition que le comte s'excusa de ne pouvoir accueillir.
-^ Vous ne partirez pas sans prendre congé de mon frère, dit le roi.
— Ah! sire, que me demandez-vous là?
— Mais une politesse que tout lieutenant général doit au premier prince du sang. Pourquoi en seriez- vous dispensé?
— Parce que je le hais, sire, et qu'avant de lui rendre les respects qu'il ne mérite pas, j'aurai eu la douleur de vous rendre mon épée.
— Taisez-vous, dit le roi en repoussant la poignée de l'épée que lui présentait le comte; si vous dites un mot de plus, il faut que je vous fasse arrêter, et j'ai besoin de cette épée dont vous faites si facilement le sacrifice.
— Sire, votre indulgence va la rendre formidable, reprit Armand en baisant la main du roi.
— Et il sortit bien décidé à payer de sa vie un si graad acte de clémence.
la princesse de Condé, aa Val-de-Grâce, et enfermé dans an r tabernacle, aa-dessas de Tautelde la chapeUe élevée sur le ca de la famille d'Orléans.
LB COMTE DE GUICHE. jTTd
L'espoir d'une mort héroïque et prochaine rendit bientôt aa comte de Guiche toute son énergie et lui fit faire des prodiges de valeur dont le plus célèbre est le passage qu'il tenta, hélas ! faut-il l'avouer, avec la presque certitude de rester englouti au milieu du fleuve qu'il devait traverser à la nage.
Le roi, averti des forces que les ennemis avaient portées vers le pont de bateaux qu'il faisait construire sur le Rhin, le fut aussi de la nécessité de chercher un autre passage pour ses troupes. Alors le comte de Guiche vint lui dire qu'il avait trouvé un gué vers Toihuis; le roi lui accorda aussitôt quatre escadrons pour le soutenir dans cette entrej)rise périlleuse; mais le comte supplia le roi de lui en laisser faire l'essai seulement avec dix cuirassiers, trois gentilshommes et pareil aombre de volontaires.
A peine le cqmte de Guiche se fut-il jeté le premier à îa nage que trois escadrons ennemis entrèrent jusqu'aux sangles dans le Rhin pour s'opposer à ce passage; mais cette avant-garde de seize hommes, l'épée à la main, fit si bonîie contenance, qu'après une décharge les ennemis tournèrent iride. Alors, toujours guidés par le comte de Guiche, plusieurs de nos escadrons passèrent le fleuve en protégeant la barque qui portait le prince ie Gondé, le duc d'Enghien, le duc de Rouillon (1).
Le duc de Longueville, qui avait suivi Armand à la nage, fut tué; le comte de Nogent succomba, le prince de Gondé fut grièvem^^nc blessé, et cette action mémorable, que le désespoir seul pouvait empêcher et accomplir, ce fait, dont le succès pouvait seul excuser l'audace, coûta bien des larmes!
L'affaire qui en résulta mit le comble 8, la gloire du comte de Guiche ; il y fit un grand nombre de prisonniers, et bat-
(1) Gazette de 1672; IÇ juin. Da camp d'Ëmm9n9« .;
f74 I/B «OMTE W 'GUItIfiE.-
tit tout ce qui se présenta devant lui (1). Jamais la soif de la mort n'a plus Jait pour la victoire.
Les témoins, les contemporains de cette tentative hardie sont tous d'accord sur le peu de succès qu'on en devait attendre. Madame de Sévignô'dit en la racontant (2) :
« Sî elle n'eût pas réussi, le comte de Guiche était criminel : il se charge de reconnaître si la rivière est guéahle; il dit qu'oui; elle ne l'est pas. Des escadrons -passent Ife nage, sans se déranger; il est vrai qu'il passe le premier. Cela ne s'est jamais hasardé; cela réussit. Il enveloppe défi escadrons et les force à se rendre. Vous voyez^ î)ien que son honneur et sa valeur ne sont, pas séparés, etc., etc. »
L'abhé de Qhoisy constate dans ses Mémoires « la fante que fit Louis ^MV, de n'avoir pas passé le Rhin à la nage, après le comité de Gi^jche. »
U est vrai ^u'il faut lui rendre Justice, dit l'ahhé, il le voulait; mai^^ M. Ife prince qui n'osait pas mettre le pied dans l'eau, ïï^cause de sa goutte, s'y opposa. Comment eûtil osé passer en bateau, le roi passant à la nage?
« J'en suis témoin, j'y étais présent, ajoute l'abbé, et même j'eus le plaisir de faire, ce jour-là, une chose fort agréable au roi; je lui fis entendre la messe. J'étais le soir, par hasard, dans la tente de mon frère de Balleroy, lorsqu'il eut ordre de marcher avec son régiment. Je le suivis sans balancer, sans savoir où nous allions. Mais on vaymt bien que partir à onze heures du soir ce n'était pas poiar aller faire une revue.
» Nous nous trouvâmes, à trois heures du ma^n, sur le bord du Rhin, vis-à-vis le Tolhuis. Je vis le courage du comte de Guiche. J'étais à trois pas de Sa Majesté quand elle apprit la blessure de M. le prince et la mort de M. de Longueville. Elle parut plus touchée de l'une que de l'autre, je vis aussi le petit triomphe de Gavoye; on l'avait nommé parmi les morts, et le roi lui avait donné une louange biea solide, en s'écriant :
» — Ah ! que Turenne sera fâché ! . . .
» Mais une demi-heure après on vit un hoxnme à cbenûdi l'autre côté du Rhin qui se mettait à la nage. Cet hf^iame
(1) Relation de la Gazette du 5 juillet 1672. (i) Lettres ^^ToOme de Sdvigiié, CÎ(, ^ iSS^
LE COMTE DE GUICHE. t75
lieureusement, et il se trouva que c'était Càyoye que prince envoyait au roi. Sa Majesté fut fort aise de sa •ection; mais les courtisans eussent bien voulu retenir langes qu'ils lui avaientdonnées. Enfin, l'affaire étaùt vers les dix heijres du matin, le roi qui, par paren-
n'a jamais manqué qu'une fois en sa vie'à entendre gse, la demanda. 11 n'y avait ni aumônier ni ch^lain ; I de Dangeau et moi, nous nous trouvâmes les seuls siastiques de la cour. Nous allâmes chercher un aumOle régiment. Il nous manquait un missel. On en trouva ins. le portemanteau du comte d'Agen. On dressa un
et nous eûmes l'honneur de servir le roi à sa
Ml)-» . ,
lis XIV aimait avant tout ceux qui, par leurs exploits, lient à Téclat de son règne. Aussi, la première chose fit en débaurquant «ur l'autre rive du fihin fut d'em- Br le comte de Guiche (1). »
te insigne faveur, accordée devant toute l'armée, préit le retour de toutes celles dont Armand avait jaui fois près de Sa Majesté. Mais elles n'avaient plus de à. ses yeux. Entièrement consacrée cette guerre, cornée par suite des négociations de Madame, et sous ses ces, Armand conjura le roi de le laisser à l'armée, et un droit de nouveaux avantages remportes paur lui anconie, sous les ordres du maréchal de Turenne^ venir établir son quartier d'hiver à Creutznack, près yence.
vain les honneura dus à la gloire, les plaisirs qui nulles succès, rappelaient Armand à la cour; en vm 'e de Boileau faisait alors retentir les échos du Rhin im de Gramont et de Guidie; en vain lui-même y lut ers :
ttôt avec Gramont courent Mars et BeUonne, Elhin à leur aspect d'épouvante frissonne; nd pour nouveUe alarme à ces esprits glacés^ bruit s'épand qu'ËBghien et Condé sont passés : dé, dont le nom seul fait tomber les murailles^ le les escadrons et gagne les batailles, etc., tic
iéinottes de Tabbé de Choisy , p. 41, ^ *
KémcMbrM da nuapéekal de Gramonu
276 l'fS COMTE DE GUICHE.
Le comte de Guiche, insensible à l'honneur devoir ainsi son nom en tête des plus illustres de son siècle et célébré par Fauteur du Lutrin; dédaigneux des lauriers dont il ne peut plus parer son idole, résiste à toutes les instances de sa famille qui le supplie de revenir près d'elle. Il se sent incapable de partager la joie qu'il lui donne, et ne veut pas la troubler par l'aspect de son insurmontable douleur.
Aux fêtes, aux réjouissances qui vont faire de Saint- Germaiui de Fontainebleau, de Saint-Cloud, des séjours de délices, le brillant comte de Guiche préfère la modeste retraite d'une petite ville d'Allemagne : là, du moins, rien ne viendra blesser son souvenir; il ne verra pas les mêmen palais, pour y combler de leurs hommages la grosse allemande qui a succédé à la plus adorable princesse; il n'entendra pas donner ce nom de Madame qui le faisait â doucement tressaillir, à une femme sans grâce, sans beauté et dont l'esprit ne s'était pas encore assez montré pour cacher sa laideur. Il ne souffrira pas de cet oubli général qui suit à la cour les regrets de convenance-, oubli dont le cœur se révolte, que les indifférents ne permettent pas de braver et qu'ils vouent au ridicule. Il vivra de sa pensée comme les ingrats vivent de leurs plaisirs.
Mais cette monotonie d'une existence flétrie que nuUe violente occupation ne venait plus ranimer, qui n'était plus soutenue par des dangers continuels, par l'espoir d'un triomphe ou ^. d'une fin glorieuse, devait bientôt rendre Armand à l'état de langueur d'où l'appel du roi l'avait tiré.
Le comte de Louvigny fut le premier à s'en alarmer; et malgré la volonté de son frère, il s'établit près de lui pour lui donner ses soins; mais Armand répétait sans cesse qu'il ne souffrait point, que son dépérissement était la suite naturelle des fatigues de la guerre, et M. de Louvigny, sans expérience sur ce genre de mal, n'en soupçonnait pas toute la gravité, et finissait par se rassurer.
Les deux frères occupaient le principal corps de logis d'une de ces maisons allemandes qui se ressemblent toutes. Celle-là appartenait à un riche luthier de Creutznach : il en habitait la plus petite partie et louait l'autre, laissant à sps locataires la jouissance d'un jardin entouré de haies, et divisé en carrés bordés de buis, où les poses se mêlaient aux cnoux et le chèvrefeuille à la laitue, comme dans li;i
LE COMTE DE G1&\.CHE, m
plupart des jardins des petites villes. Une tonnelle recouverte entièrement par un cep de vigne séculaire, meublée l'un guéridon et de plusieurs chaises en bois, marquait la imite de l'allée principale, et c'est là que le comte de Guihe, accompap:né de son frère, venait chaque matin respier le frais et causer avec M. Nellessein, son propriétaire, lomme d'un esprit juste, éclairé, dont l'existence heureuse, îs plaisir*' raisonnables, jetaient une sorte de calme sur aigitation fiévreuse qui dévorait Armand.
' — Voilà donc le bonheur! pensait-il : une fortune médiore dans un pays assez triste ; Tobligation de travailler pour 3 maintenir dans ce bien-être et pour établir sa famille; voir deux enfants à élever sans se tourmenter de la sotte mbition d'en faire de plus grands personnages que leur ère ; boire de la bière et cultiver des fleurs; s'assurer un îndemain parfaitement semblable à la veille, aimer tout ela modérément et le ciel vous le laisse.
La comparaison de cette existence à la sienne expliquait ssez au comte pourquoi il succombait à la recherche d'un »oiiheur impossible; et lorsqu'il avait peine à se persuaer €[ue Dieu n'eût mis tant de passions. dans nos âmes que lour nous donner l'honneur d'eh triompher, il questionlait M. Nellessein sur les moyens qu'il avait adoptés pour rriver à être aussi heureux.
Alors M. Nellesseiu souriait en avouant que ces grands Qoyens consistaient à avoir choisi une honnête femme, [ui n*enlendait rien à l'amour, mais qui savait très-bien onduire un ménage.
— Elle me laisse être le maître dans mes ateliers, dans mon :ommerce, disait-il ; je lui laisse gouverner la maison, les infants. Jamais elle ne me blâme, jamais je ne la ôontrarie ît sauf la rage qu'elle a de travailler souvent la nuit pour es pauvres, je n'aurais pas un reproche à lui faire.
— Comment n'ai-je pas eu déjà le plaisir de la voir? iemanda Armand; elle ne vient donc pas se promener dans e jardin? * .
— Si, vraiment, reprit M. Nellessein et c'est pour s'y être •romenée trop tard l'autre soir qu'elle n'y vient plus. La luit commençait à tomber dernièrement lorsque M. le comte e Louvigny est venu terminer avec nous l'afTaire de votre >met pendant que nous eu arrêtions les principales con^
tm LB COMTE DE GUICHE.
ditions tout en nom promenant, le pied de ma femme a rencontré une pierre, elle s'est donné une entorse, et depuis ce temps-là elle ne peut plus marcher. Gela sera bientôt guéri, à ce qu'afûrme le chirurgien; et le repos est indispoQsable.
— Si j'avais su les suites de cet accident, j'aurais été m!informer de ses nouvelles, dit le comte de Louvigay; car j'ai beaucoup à remercier madame Neliessein; sans tout ce qu'elle m'a procuré ici, mon frère aurait été bien
^ mal meublé pour l'Mver, et malade, comme il l'est, il faut au moinft qu'il souffre à son adse.
— Moi je suis fort bien, dit Armand avec impatience, et, je t'en conjure, ne dérange personne pour moi.
Et, démenti en ce moment même par sa pâleur etleM&* son qui faisait tremUer ses membres,. IL se relira dans sa chambre*
En entrant, il fit une exclamation prescpe de joieetsmt le bras deson&ère en signe de recoanaissance. MaiS;M. de L(mvigny regarda avec surprise sans coaiprendi^e ce (pu lui vaut ce tendre remerciement.
Alorsr Armand lui montre une gravure qui avait été aecrochée sm la tapisserie près de sa cheminée pendantl'heuie qu'il venait de passer dans le j^u^in.
Cette gravure était celle que Charles 11 avait commandée loi^ du- dernîef voyage de sa sœur'ea .^gleterre, et représentait le débanpemsent de la princesse à* Douvres. Armand pouvait s'y croire représ^té lui-même dans un des mate» lots q;ui se pressaient pouf apercevoir Madame. C'était son denrfèr souvenir, sft dernière impression douce ; il rendait gçâce à la main charitable qu'il supposait avoir placé là cette image chérie, et ne doutait pas en devok la consolation à son frère; mais celm-ci affirma dams toute sa bonne foi ifû'U ignorait môme que ce sujet eût été gravé, et qDi'ii regi!efilait de^tfêtre pour rien dans le plaisir que cette attentiea causait à sen cher Armand.
— C'est, je le parie, une galanterie de notre propriétaire, ^, deLouvigny. Il aura su,, par un de nos officiers, la
folie qui vous tient... Pardon, ajouta-Wly^ répondant aa mouvemeint d'indignation d'Armand» mais ceux qui vous aiment lare peuvent voir sans colère latrasteinaùeaGô queca m^hôufieuxseatiment ai exercé SUE votre vie,, aajssioiLfur
XK CDMTE DE CiriCHE. «79
nestequi tous tourmente encope assez doulouf^àsement pour rendre tous nos soins inutiles.
— Va demander qui est entré ici dans notre absence, interrompit le comte. - ,.
— Voici Etienne, il le saura sans doute.
Mais Etienne, chargé par son maître d'a.ller prendre ic^ lettres que lui apportait un courrier èa maréchal de Turenne, arrivait du quartier ^géfiéraft, eft ne pouvait dotî^ ner aucun éclaircissement «ur la gravure. Setflefiient il s'obstinait à croire que c'était u» envoi de M. de Maiîicamp,' et il finit par faire iia^ser sa ceaviclion dans re6prit4e9 deux frères.
"in
Dix jours dHiBC'fiêvne continue euffîpent'pour mettre le comte de Guiche aux portes* <tu tombeau^ et c<^ndant il s'obstinait à se dire bien portant «t «â ne pas consulter de médecin. Son frère, désolé de ne pouvoir vaincre sa rfeistance, eut recours aumaréchaMe Turenne. 11 alla le trouver àMayence.
— Mon frère se meurt, hii .dit-îl, et vot» seul pouvez le rendre à la vie. Ordonnez-lui 4'éaouter les avis d'un docteur, et ITiatitude qu'il -a de vous ob^le décidera à laisser couper la fièvre qui le mine; f ai -épuisé inutilement toutes les ressources de ramttîé, tout ce que la tmdf esse fraternelle a de plus suppliaot, pour surmonter «cm âégoûLtdela vie. Votre voix seule peut le ranimer.
— Il l'entendra, s'écria le maréchal en «'apprêtant à agivre M. de Louvigny chez le comte de Guiche; et M ordonna à son chirurgien-major et au médecin en cjiéf de l!armôe da l'accompagner.
A Fannonce de cette visite, Armand se 'sentit jaoÉner, eft un éclair d« joi^ biiîla (kns^Cïes yeux.
— Eh bien, que vws-je? diN; ie «raféctai; aiïon.aiiaàieur général veut déserter?... Il a donc oublié iesjieniflfisqtte je lui dois^ ceuxque Jta s^teadst... .
i80 LB COftTB DE GUICHE.
— On traite de la paix, répond Armand d'une voix faible ; je ne vous suis plus utile...
* — La paix!... avec notre roi, elle ne saurait être longue... Le plaisir de battre les ennemis, tous le savez mieux que personne, cher Armand^ a cela de cruel qu'on ne peut plus s'en passer, n faut donc vivre pour se le donner, encore : ainsi, mon ami, je compte sur vous pour obéir à ces messieurs, conune à moi un jour de bataille.
Pendant que M. de Turenne parlait, chacun des docteurs s'était emparé d'un des bras du malade, et leur physionomie s'assombrissait à mesure qu'ils étudiaient les battements de son pouls.
— Pourquoi nous avoir appelés si tard ? disaient-ite à h. de Louviguy, comme s'ils n'étaient pas entendus du malade.
Et lui, souriait tout bas de cette férocité doctorale qui n'a rien de caché pour les mourants.
— C'est mon plus brave général, ses blessures sont là pour l'affirmer, soyez plus forts qu'elles, messieurs, ne le laissez pas mourir.
— Puisque vous voulez absolument que ces messieurs s'occupent de moi, reprit Armand, qu'ils se consultent entre eux, et ne me prennent pas le peu de moments que vous daignez me donner.
Alors s'approchant de l'oreille de M. de Turenne, il ajouta :
— Mon père va être bien malheureux! car sa sévérité envers moi cachait mal sa faiblesse; et je vous implore, cher maréchal, pour l'aider à supporter ses regrets ; pour me défendre contre ses reproches... Oui, l'honneur de porter son nom... d'être l'objet de son ambition, de sa tendresse, et quelquefois de son orgueil, aurait dû me soutenir contre tant d'atteintes mortelles, mais la douleur l'emporte ; et ce que le devoir, la religion m'ont empêché de tenter, la pitié dji ciel l'accomplit.
— Non, par toute la puissance de Dieu, s'écria le maréchal, ce malheur ne s'accomplira pas!... Se livrer sans combat à la fièvre, attendre avec complaisance la mort quand on doit être pleuré par un père, par une mère, par un ami, ajouta vivement Turenne en serrant le bras d'Armand, c'est une lâcheté, et le comte de Guiche n'en peut commettre aucune.
Le maréchali content de l'effet de ce mot de lâcheté,
qu'Armand a*ayait jamais pu entendre sans en tressaillir d'indignation, le quitta en lui faisant jurer sur Phonneur de se soumettre aux ordonnances des médecins qu'il avait amenés, et il prit la route de Wilstein, où le gros de sonarmée était campé (1).
Âprès avoir reconduit le maréchal de Turenne jusqu'aux " geus de sa suite, M. de Louvigny arrêta au bas de l'escalier les deux docteurs pour savoir leur opinion sur la maladie de son frère. Un regard qu'ils échangèrent porta l'effroi dans.son toie.
— Quoi! s'écria-t-il, son âge, sa force, vos secours, rien ne peut le sauver?
— Rien ! . . . répétèrent-ils d'un air accablé.
Au même instant, un cri déchirant se fit entendre, et une porte se ferma avec violence.
— Sa fièvre a pris un caractère qui ne permet plus d'eapoir, dirent les médecins ; il faudrait un miracle pour arrêter les progrès de l'étisie ; enfin, nous allons tenter tout ce que l'art peut faire contre un tel mal ; mais comme noua ne saurions nous flatter de réussir, il est de notre devoir de vous prévenir du danger et de vous engager à ne pas perdre de temps pour faire prendre au malade les dispositions convenables.
C'est avec ce poignard dans le cœur que M. de Louvigny retourna près de son frère. Il hésitait à revoir le malade avant jd'avoir rassemblé assez de forces pour dissimultT l'excès de sa peine, lorsque madame Nellossein le fit demander pour lui présenter un ecclésiastique français, qui, ayant entendu parler de l'état dangereux où se trouvait M. le comte de Guiche, venait lui offrir les secours de la religion.
— Il est donc vrai, s'écria Louvigny... Moi seul ne vois pas qu'il expire... Mais lui aussi... peut-être... il ignore?... Et je le frapperais de cette horrible lumière?... Non, Je n'en aurai jamais le courage.
— Je l'aurai, moi, s'il le faut, dit madame Nellessein d'une voix solennelle. Oui. .. malgré tout ce que cette mission a d'effçoyable... de désolant... je la remplirai... Qu'importe cette épreuve de plus!... Il y va du supplice éternel pour
(1) GazetU de 1673; Mayencr, le 26 novembre.
m LE GOJITB DE GUIGHE.
le mourant^ d*an remords sa&s fin pour ceux qui lui sor- Yivront. . . Doit^on hésiter?. . .
— Oui... jele sens... Dieu l'ordonné... mais laissez-moi préparer ce palhenreux au sdrt qui l'attend... laissez-moi... lui inspirer.!, le déjsir de...
M. de Louvigny ne put achever, un torrent de larmes baigna son visage. Des «anglots répondaient aux siens, -e^ lue voix tremblante l'exhortait au courage, lorsqu'Étienne vint lui dire en pleur^int aussi, que son maître demandait à voir un prêtre, et qu'il ne savait pas s'il devait lui obéir.
— Que dis- tu?... mon frère... de lui-môme? qui a pu lui donner cette idée?
— Un petit billet que je lui ai remis.
— De quelle part?
— JeTignoxe. C'est un enfant qui me l'a donné en disant : » — Voilà pour votre maître.
-» Je le porte à M. Je comtô. A peine l'a-t-il ouvert qu'il décrie :
j — Va me chercher un prêtre!
A ces mots, les yeux de madame de Nellessein s'animèrent d'un regard céleste.
— ■ Vous le voyez, dit-elle, le. ciel lui-môme le réclame; secondes ses vœux, et queia bénédiction de Dieu lave tous ses péchés.
— Ainsi soit-il, dit M. de Louvigny ens'inclinant comme 90US un poids supérieur, et il fi t signe au moine de le suivre.
En entrant chez le comte de Guiche, il le trouvèrent dans une agitation extrême. 11 disait un^ foule de mots sans suite, qu'ils mirent sur le compte de la fièvre ; mais lui, qui lisait dans leur pensée, leur affirmait qu'il était dans touitesa raison, et que sa confession en donnerait la preuve.
—Mettez-vous là, mon père, ajouta-t-il en faisant signe au prêtre de s'asseoir près de son lit, puis à son frère de les laisser seuls.
M. de Louvigny passa dans le salon à côté^ en recommandant à Etienne de jse tenir près de la porte, pour^nîeax entendre lorsque sou maître l'appellerait; mais au inmt d'une "heure, le moine vint tout effaré leur apprendre que le malade, fatigué d'avoir parlé si longtemps et avec une grande émotion, Ten^t de tombai en faftlesse.
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Qacmrtit à «on recours, ii tenait ii Ja inaki 4me iiyetUe croix d'or encore humide de la pression de ses lèYres; un biUet iottt oonreEt mr son ooHYrepied JUôssait voir ces lignes : - ' -
M &i nôus tjous souvenez iei^;ore de Maig&eMte, laifisezlui l'espérsiRoe de yous irevoir dans le ^diel. Ne quittez pas la ine sans demander k Ilidii le pardon de ^os Cautes; il YQXis raocordem, oei^e^oroix w&nm en: répond. »
Armand neiSQTÉttde «on éYauDuisgeaieBJ; ^e pour entrer dans iottteB les^nffMationsâfi l'^agonie; liàs médecins rapfpeléfi près de iink m?ayatit laiJl /espoir de la s^ver, ne pensèrent qu'à rendre ses derniers moments moins affreux, et à porter sur les douleurs <de:€on corps un peu du calme ^'awt jeté dans ;8on lime les paroles consolantes du prêtre.
La chaffîèfe do c@mte de Guidas offrait alors ce funèbre tableau doBt chaque famille a vu une épreuve et garde le triste souvenir!
Lejour venait définir cemime il s'éteint il la fin de novembre^ vers la moitié de la journée. Un double flambeau couvert dMn abat-jour, éclairait à peine le visage pâle du moufant; à la lueur d'une lampe de nuit placée sur la commode, les deux médecins combinaient une potion dont ils .^savaient très-bien rinotilité. Le moin^, assis pr^s du chevet d*Armand, lisait les prières des agonisants. Etienne pleurait derrière un rideau du lit, tandis qpB Louv^gny, abjUné, dans sa douleur, contemplait 4UintBU.sec/les progrès de la mort sur le front décoloré de son frère.
A voir l'altération des traits de Louvigny s'augmenter à mesure que le beau visage du comte de Guiche se décomposait, à entendre sa respiration suivre tous les mouvements de celle qui s'éteignait, on aurait pu les croire tous deux atteints du même mal et destinés à ne pas se survivre.
'Peûdatrt ce temps, toutes les portes ouvertes laissaiefit un libre accès aux personnes qui, venues 'pour s'inforBaer de l'état du malade, restaient à prier pour lui.
Heure solennelle! où tout subit le poids d'une égsrfité
înexorahle, ot ie msllbeur présent est à la fois une leçon
(etimfproaBe&timefflt, «une cause de terreur jet (te pitié, où
Jg)m a«s da»8<gitti6i3(c»ta|&nt llân^^nt..de iml .si^aws,
SM LB CaMTE DE 6DICHE.
OÙ une seule puissance agit sur ce qui reste dé nous... la conscience.
A mesure que les derniers moments approchaient, la ' chambre se remplissait des voisins, des domestiques de la maison, qui tous se prosternaient à la vue des souffrances de Tagonisant; madame Nellessein Tenait de se traîner près du lit, d'où son mari voulait en vain l'arracher pour loi épargner un si cruel tableau; mais elle, dans toute i'eialtation d'une douleur courageuse, se cramponnait à la main déjà froide du comte de Quiche, et les yeux attachés sur ces yeux déjà couverts des voiles de la mort, semblaient y quêter un dernier regard. ^
— Rends-moi ma croix! s'écrie- t-elle.
 ce cri, Armand tressaille; il revit un instant; sa tète se soulève, ses bras s'ouvrent... il veut parler... le mot de pardon expire sur ces lèvres... un écho lui répond... A cette voix, à ce pardon inespéré, un sourire céleste remplace toutes les contractions des souffrances de l'agonie.
La figure d'Armand retrouve sa sérénité, sa beauté; là joie le dispute un moment à la mort; son cœur n'est plus oppressé, un libre soupir s'en échappe... mais c'est le dernier; et le comte de Guiche retombe inanimé sur le sein de Marguerite!!!
— Que vois-je! s'écrie M. Nellessein. Quoi ! ce brave général...
— C'était lui, interrompit Marguerite en se prosternant; prions tous deux pour le repos de son âme !
LU
C'est madame de Sévigné qui s'est chargée de nous transmettre l'effet que produisit à Paris la nouvelle de la mort du comte de Guiche; nous la laissons parler :
A MADAME DE 6RIGNAN.
c Paris, yendredi, 8 décembre 1673.
» 11 faut commencer, ma chère enfant, par la mort du -comte de Guiche : voilà de quoi il est question présente-
LE COMTE DE CpiCHE. -^85
ment. Ce pauvre garçon est mort de maladie et de langeur dans l'armée de M: de Turenne; la nouvelle en vint mardi matin. Le père Bourdaloue Ta annoncée au maréchal de Gramont, qui s'en douta sachant l'extrémité de son fils. Il fît sortir tout le monde de sa chambre; il était dans un petit appartement qu'il a au-dehors des Capucines. Quand il mt seul avec ce père, il se jeta à son cou, disant qu'il devinait bien ce qu'il avait à lui dire; que c'était le coup de sa mort; qu'il le recevait de Dieu, qu'U perdait le seul et véritable objet de toute sa tendresse et de toute son inclination, naturelle; que jamais il n'avait eu de sensible joie ou de violente douleur que par ce fils, qui avait fait des choses admirables. Il se jeta sur un lit, n'en pouvant plus, mais sans pleurer ; car on ne pleure point dans cet état. Le père pleurait et n'avait encore riem dit. Enfin il lui parla de Dieu, comme vous savez qu'il en parle. Ils furent six heures ensemble, et puis le père, pour lui faire faire son sacrifice entier, le mena à l'église de ces bonnes Capucines où l'on disait vigiles pour ce cher fils. Le maréchal y entra en tombant, en tremblant, plutôt traîné et poussé que sur ses jambes; son visage n'était plus reconnaissable. M. le duc (1) le vit en cet état, et, en nous le contant chez madame de Laf ayette, il pleurait.
» Le pauvre maréchal revint enfin dans sa petite chamire; il est comme un homme condamné. Le roi lui a <5crit, personne ne le voit, madame de Monaco (2) est entièrement inconsolable; madame de Louvigny (3) l'est ^ussi, mais c'est par la raison qu'elle n'est point affligée. K'admirez-vous point le bonheur de cette dernière? la "voilà dans un moment duchesse de Gramont. Là chanc^lière (4) est transportée de joie. La comtesse de-Guiche ^ait fort bien : elle pleure quand on lui conte les honnêtetés et les excuses que son mari lui a faites en mourant. Clle dit :
»» — Il était aimable; je l'aurais aimé passionnément s'il
(1) De Bourbon.
(2) Charlotte de Gramont, sœar da comte de Guiche.
(3) Belle-sœur da comte de Guiche.
(4) La chancelière, grand'mère de la comtesse de Gmcbe*
Î86 * . LE COTtfTE HE (TinCHIE.
m'avait un peu aimée : j'ai sou/fert ses luépris avec de leu?; ^a mort i6e touche et me fait pitié; j'espérais to }0UJP8 qu'il changerait de sentimeuts pour moi. » ^ » Voilà qui ^t trai ; il n'y a point là de comédie.
■' . »,Pottr le hon d^cqueville, il a eu le paquet d'aller Frazé, à trente' lieues d'ici, annoncer cette nouvelle à
, maréchale de Gramont, et lui porter une lettre de ce pa vre garçon, lequel a fadX une grande amende honorab de sa tie passée... Enfin il a fort bien fini ia comédie, i laisse 'une riche et heureuse veuve. La chancelière a éi JKL pénétrée du peu ou point de satisfaction, dit^Ue, qn sa petite-fille a eue pendant ce mariï^,^qtt'elle neva soi ger qu'à réparer ce malbeur'(1). »
XtlTRB DE LeUI3 XIY AU ICARÉGHAt DE GtHOÊOfn (2)-
• « Mon ceusin, je vous ai toujours reconnu trop ^enaUe ce qui me touche pom* ne vous pas témoi^er combien] le suis à la perte que vous venez de faire. ÂssureK-voo que personne n^ prend idus de paît que ^moi, et, qu'ai reste, j'en userai à votue égard avec la naéme distinctioi dans toutes les occasions qui s'offriront. Je prie Dieu set lement qu'il nous lee doune plus larvoiQd)les, et que cepei dant il nous aye, mon cousin, en sa sainte et dsgne gsôtle.
» A Saint-6ermdu-en-Laye, le 8 décembre 1678.
» Louis. »
Le long artide de l^Gazme^ 8 .idéœmbîe 1673, ^tate la mort chrétienne du comte de Gukbe. Gelai do suivant apprend l'airivée et la daseûste de son cctp le caveau de l'église des Capucines, sous la^hapelleS Antoine de Bade, où le maréclul, ion père^ «vait fait parer «a tsépoUiire^ et île eer^ioe poiapeiBL ifsHtm fit le demain en son honneur,
(1) La comtesse de Guiche épousa depuis le duc de Lade, en 1^
(2) Cette lettre autographe nous a été communiquée par M.l«' de Gramont^ petit-rfils du maréchal, et possesseur actuel ds^ les papiers de la famille de Gramont , sauvés par uo de ses nf lors de riucea^e du château djs BidaCbe, à Tépoçtud de hi réroli dd 1789.
LE 430MTE DE GUÎCHE. '^
Puis madame de S^vigné écrivait deux ans après ^ sa fille;
« Hors la maréchale de Gramont, on ne songe défù: plu» au comte de Guiche. Voilà (jui estiait,le torrmt reprend so cours ordinaire : voici un bon payg pour outoer léfl ^ gens. » * .
Heureusement la postérité aplp de mémQira que les contemporains.
Imprimerie de Poi^y -* S.Leja7 et Q\
^4r ) Uii franc le volume