‹ Le comte de GuicheChapitre 6 sur 9 · POUR MADAME, REPRÉSENTANT DIANE · texte numérisé non relu

POUR MADAME, REPRÉSENTANT DIANE

Diane dans les bois, Diane dans les cîeox,

Diane enfin brille en tons lieux; Elle est de Tunivers la seconde lamière; Elle enchante les cœurs, elle éblouit les yeax.

Glorieuse, sans être fière,

Adorable en toute manière, L'on a de sa vertu si bonne opinion, Qu'on ne saurait jamais y trouver à redire.

Cependant puisqu'il faut tout dire.

Elle passe les nuits avec Endymion.

— Je pense comme vous sur cette nécessité de tout dire, je crois qu'elle aurait pu nous épargner ces deux derniers vers. N'êtes- vous pas de cet avis? demanda la princesse en s'adressant au comte de Quiche.

— J'en suis resté à celui-ci, madame :

Adorable en toute manière.

Quand un vers traduit en quatre mots ma pensée, je n'écoute plus ceux qui les suivent.

— Moi, qui ne suis pas tenue à tant de galanterie, dit madame de Lafayette, j'ai envie de demander à Benserade le sacrifice de...

^ Gardez-vous en bien,' s'écria la princesse, il est susceptible, il se fâcherait et changerait ses madrigaux en autant d'épigrammes ; dans ce ballet, nous aurons tous notra

letite part de ridicule ; il ne faut pas donner à un homme l'esprit ridée de s'en moquer ; d'ailleurs ]e roi connaît le trogramme, il Tapprouve, et nous n'avons plus le droit d'y ien changer.

— Si ce n'est le rôle de mademoiselle de la Yallière, qui le semble bien nul en comparaison de celui qu'elle est apelée à jouer, dit le comte en observant l'impression pénile que cette réflexion fit naître chez Madame*

— Ah! c'est un crime de lèse-majesté, dit-elle en s'eiforant de sourire, que de supposer le roi capable de s'abaisser insi. Il s'amuse de la folie de cette fille ; c'est un tort» j'en onviens, et je lui en ferai le reproche , mais Dieu me garde .e le soupçonner de vouloir la séduire.

Il y avait dans cette exclamation une conviction si conraire à celle qu'elle voulait exprimer, qu'Armand en soutira douloureusement. Madame cherchait en vain à disiniuler à tous comme à elle l'inquiétude dont elle était iévocée; les inflexions de sa voix démentaient ses paroles, es larmes qui roulaient dans ses yeux démentaient l'air jnioué qu'elle affectait, et sa peine, trop visible, torturait e cœur d'Armand encore plus cruellement que le sien. .

N'être pas aimé de celle pour qui l'on voudrait donner sa ie est déjà un vif tourment; mais la voir éprouver pour un utre toutes les émotions qu'on serait si heureux de lui auser; la voir prodiguer à l'indifférence d'un ingrat tous es sentiments qu'elle refuse à l'amour vrai qu'on n'ose lui lontrer, voilà le supplice le plus douloureux de tous ceux ue l'enfer réserve aux criminels, et l'on conçoit que la ruauté de ce martyre donne l'espérance et la résolution le s'en affranchir. Tout y invite, la raison, le désespoir de ette dignité du cœur qui rougit d'une lâcheté inutile. Aussi e comte de Guiche s'étonnait-il de sa patience à suivre, lans ses moindres effets, le sentiment que Madame éprou- -ait pour le roi. Il lui semblait impossible que la vue de iette faiblesse ne le guérit pas de la sienne : mais dans les imes fortes l'amour résiste à tout, aux humiliations de 'amour-propre, à la certitude d'un revers, môme à l'aspect l'un bonheur qu'on ne peut atteindre.

L'entretien prolongé du roi avec mademoiselle de la Yalière devait naturellement amener une explication très-vive îDlre la princesse et son beau-frère; et le comte de Guiche

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