Le Comte de La Touraille, maréchal de camp de cavalerie, brigadier des armées du roi, chevalier de Saint Louis, philosophe et poète, 1720 à 1794
Jean-Chrysostome Larcher, qui devait être connu sou 3 Io nom de Comte de la Touraille, naquit le 5 avril 1720 au château du Bois-du-Loup, en la paroisse d'Augan, près de Ploèrmel (1).
Il était fils unique d'Isidore Larcher, écuyer, seigneur du Bois-du-Loup (2), de I'Escoublière, de la Vallée, en Augan; du Choysel, eu Guer; chef de nom et d'armes, ex-brigadier (U>* armées du Roi, démissionnaire en 17 lf), après avoir fait toutes les campagnes du règne de Louis XIV, et de Marie- Anne Gaillard, demoiselle de la Noë e1 du Bjgnon, en Ploèrmel.
(1) Registres paroissiaux d'Àugan, e1 archives de la seigneurie de Lemo.
(2) La seigneurie du Bois-du-Loup, avec manoir, chapelle, métairies, droits de moy< n in1 justice, et d'< oieu » n ['église d'Augan, i si située i n Augan, à 3 kilo* mètres au Nord-Esl du bourg el au bord de la lande de CoëtquidaiL Bile appar< tenait, jusquN a 1 368, aux .1/' lact ramage d< b Rohan, qui la portèren t par allian< t aux Bellouan, desquels elle vint, tn 1546, ;uin d'Avaugeur, qui la cédèrent, en 1580, aux de la Roche de la Tcucke-Tn bn , qui la vendirent, vera 1600, aux d'Albret. Elle vint tn. uite aux Riou, qui la portèrent par alliance, en 1635, aux Larcher, et n ux-ci, tn 1732, aux Lançon, desquels elle vin i par acquêt, en 1806 aux des Cl<>s dr la Fonchais, <iui ont fait rebâtir, en 1873, le château «lu Boi -du Loup. Ce beau château a été exproprié potîr l'agrandissement du camp do Coëtquidan cl va être démoli.
La famille Larcher, dont nous donnons plus loin la généalogie, est d'origine bretonne, et de très anc:enno noblesse d'épée. Elle a donné son nom à la seigneurie de la Touche- Larcher, en Campénéac, et a produit entre autres : Perrot l'Archer, chevalier et capitaine de cent hommes d'armes, sous le duc de Bretagne Conan IV en 1167; Olivier Larcher, chevalier croisé en 1248 (1); Guillaume Larcher, chevalier, dans une montre faite à Melun en 1351 ; Olivier Larcher, seigneur de la Touche -Larcher, qui reçut en 1500 du roi Louis XII le titre de Comte, « en récompense des services rendus à la couronne par lui et ses ascendants. » Cette noble famille est encore représentée. Elle s'arme : « de gueules à trois flèches empennées d'argent, les pointes en bas », avec la devise : « Le coup n'en fault. »
Jean-Chrysostome habita avec ses parents le château du Bois-du-Loup, jusqu'en 1731; et sa tante, Jcanne-Michelle Larcher, ayant épousé, le 16 octobre 1731, Jean-Baptiste de Langan, seigneur de Couêbicot, et ayant reçu par partage la seigneurie du Bois-du-Loup, il alla demeurer au château de la Touraille, également en Augan, que son père avait acheté en 1716.
La seigneurie de la Touraille comprenait : un manoir, à un étage avec greniers, de vingt-deux mètres de façade, et flanqué au Nord d'un pavillon carré; au Sud, une cour fermée avec portail, contenant les dépendances et un pigeonnier; à l'Est, un jardin clos de murs; un verger; un bois de futaie d'environ quatre hectares, à l'extrémité Est duquel était une chapelle sous le vocable de Saint-Isidore; enfin d'une ferme, dite métairie de la Porte, d'une contenance de quarantedeux hectares. Le tout était estimé rapporter environ 900 H- de rentes. Cette seigneurie relevait anciennement de la baronnie de Malestroit ; elle avait droits de moyenne justice, et un enfeu avec banc dans l'église paroissiale d'Augan. Le manoir de la Touraille s'élevait
fi) Son épitaphe, composée par le comte de la Touraille, se trouve dans le Recueil de c< lui-< i (t. I, i». 172).
WOGIUPME Dl' COMTE DK LA TOURAILLE, 7
sur un mamelon, au l)ord do la rivière d'Oyon (1), à 2 kilomètres à l'Ouest du bourg d'Augan. Nous y voyons dès le xive siècle la famille Desgrées, qui y parut aux réformations de 1440, 1448, 1454 et 1513. Lors des guerres de la Ligue, la Touraille appartenait à Jean IV De.- ardent
capitaine royaliste; les Ligueurs, irrités de Ba fidélité à son prince, détruisirent en partie l«i manoir de La Touraille <ii en rasèrent les bois. Lo roi Henry [V, en récompense de son dévouement, accorda en L598, le titre de « Vicomte de la Touraille » à Jean IV Desgrées; mais celui-ci, ruiné par lea guerres, dut vendre la Touraille en 16Ô3 aux le Dollar ain. Saisie sur eux en 1709, * lie devinl la propriété dès Liger^ Baigneurs de la Châteigneraye, qui la vendirent en 1716 à Isidore Larcher, lequel vinl s'y fixer en 1731, avec sa femme et son fils.
La fortune dos parents de Ghrysostome était peu considérable : son père ne possédait qu'une pension de retraite d'environ 800^, la métairie noble de Choysel, en Guer, qui pouvait rapporter 600 # et la seigneurie de la Touraille, d'un revenu d'environ 900^ de rentes; sa mère avait à peine 1200 ^ de rentes : soit au total 3 à 4 000^ de revenus.
En octobre 1732, à l'âge de douze ans, Chrysostome fut envoyé à Rennes, pour y compléter au collège de cette ville, tenu par les Pères Jésuites (2), son éducation, qui avait été commencée par un des prêtres d'Augan. Il y fut connu sous le nom de « petit du Bois-du-Loup », et y resta jusqu'en 17 Il revint alors habiter la Touraille.
Ce fut pendant ce séjour qu'il vécut le roman, que raconte
( i) I.'oijnn, petite rivière, qui prend sa sour< g dans l< s douvi - '1". i hât< au de Trécesson, en Campénéac, passe auprès il' s châteaux de la Bourdelaye, de la Touraille, de Lemo, d'Hardoin, de Poroaio, du Couédor, et va se jeter dans l'AfT un peu au-dessous d<' Guer.
(2) Le Collège de Rennes avait été confié en 1604 à la direction des Pè es Jésuites; il était situé ou esl actuellement le Lycéen et compta parfois plus de 3000 élever. Les Jet ui tes le dûigèient Jusqu'à leur expulion en
8 LB COMTI-: DE Lk T0LRA1LLK.
M. de la Borderie, dans le charmant croquis qu'il a fait du comte de la Touraille (1).
A un kilomètre à l'Est du manoir de la Touraiile se dresse le château de Lemo, chef-lieu de la haute justice de la paroisse d'Augan. Il était alors habité par un oncle et une tante de Chrysostome, Thomas le Doûarain, chevalier, seigneur de Lemo, des Marchix, de la Tieulais, du Chesnoran, etc., époux de Madeleine Desgrées du Loû, et père de quatre enfants. Chrysostome allait souvent faire visite à Lemo, si souvent qu'il s'éprit d'une de ses cousines, Jeanne le Dotiarain, presque du même âge que lui, vingt et un ans.
Cette « idylle au bord de l'Oyon », ayant comme épisode « le premier baiser de l'amour », échangé sous le vieux chêne de Lemo, « révéré des bois d'alentour » (2), se termina bientôt
(1) « Le Comte de la Touraille. Sa vie, ses œuvres et les aventures du « Pe tit du Bois-du-Loup », par M. de la boi.depie. Etude parue dans la «Galeiie Bretonne », Rervnes, Plihon, 1882.
(2) Non loin du château de Lemo, à environ 400 mètres à l'Ouest, au-dessus de l'étang de ce nom, on admire un chêne énorme, connu sous le nom de Chêne de Lemo. Son tronc, à un mètre au-dessus du sol, mesure 8 mètres de tour; ses branches, à environ 4 mètres de terre, se détachent régulièrement et horizontalement, comme celles d'un pommier, et forment une voûte de verdure, qui couvre un terrain circulaire de 18 mètres de rayon, et d'environ dix ares de superficie. On ne sait quel âge attribuer à cet arbre phénoménal, qui est en assez bon état de conservation. On l'a toujours connu, de mémoire d'homme, aussi énorme ; ce n'est qu'un seul chêne et c'est une forêt. Le comte de la Touraille en parle dans l'épître en vers qu'il adresse, en 1768, au comte de Lys, châtelain de la Villeder, près de Ploërmel; et, faisant allusion à ses fiançailles avec MUe le Doûarain , il écrit :
« Je vois d'ici le chêne antique, « Révéré des bois d'alentour, « Qui, formant un temple rustique « A l'abri des rayons du jour, « Cacha sous son toit pacifique « Le premier bais< r de l'amour. »
Le « Chêne de Lemo » a aus, i été chanté, en 1893, par l'auteur de ces pages (voir à l'Appendice).
Comme ba e d'appréciatif n de l'âge que peut avoir le chêne de Lemo, on peut citer le chêne de Vincennes, tous lequel le roi saint Louis lendait la justice au XIIIe siècle, et qui a existé jui qu'en 1840 :1e "chêne au Vendeur '» dan:; la fout de Couion, pies de Montfoit, au pic d duquel Ecn de l'Etoile accompli:;;. ait ; es sortilèges en l'an 1140: il existe encoro et me.'uie 8 m. 33
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par lo mariage de nos jeunes amoureux, célébré dans Téglise d'Augan, le 14 juillet 1739 (1.) Chrysostome n'avait que di neuf ans, et Jeanne le Douarain vingt <it un ans.
"La famille le Doiiarain, d'ancienne extraction de chevalerie bretonne, était originaire du pays de Vannes, où elle rivait dès le xive siècle au Cambrigo, sous Plaudren, puis dans les environs do Ploërmel. Elle avait acheté, en 1667, du marquis de Kermeno du Garo, la seigneurie de Lemo. Elle s'armait : « d'azur au pal d'hermines. »
Les nouveaux mariés habitèrent le château de la Touraille où mourut Mme Chrysostome Larcher, lé 17 mai 1742, en donnant le jour à son troisième enfant. Elle fut inhumée le lendemain dans L'enfeu seigneurial de Lemo, en l'église d'Augan.
Le rêve était fini par ce cruel réveil; et Chrysostome, en face de la réalité de la vie dut songer à son avenir et à celui de ses enfants.
Se servant de ses relations et de celles de sa famille, il réussit, grâce à l'influence du dur de Rohan (2), à entrer, en L748 dans la Maison de Louis- Joseph de Bourbon, prince de Condé (3), dont il devint l'aide de camp, puis l'ami et le compagnon inséparable.
de circonf éi ence : le chêne de La Prévalaye, près de Rennes, tous l'ombrage duquel le roi Henry IV cjllationna lors de sa visite <'n 1595, e1 qui existai! il y ;i peu d'années.
(1) « Jcan-Chryso8tome Larcher, chevali r, seigneur de la Touraille, fils aîné principal el noble d'Isidore Larcher, s< igneur du Choys< 1 el de la Touraille et de dame Marie-Anne Gaillard, épouse en l'église d'Augan, 1*' l \ juillet 1739, suivant contrat du 19 mai précédent, Jeanne-Françoise le Douarain de Lemo, t'illf mineure, née a Augan ie 12 décembre 1717, do Jean-François le Douarain, chevalierj Beigneur de Lemo el autres lieux, si de Marie-Madeleine Dei du Loû. » (Arch. paroissiales d'Augan.)
(•') Louis-Marie-Bretagne-Dominique, duc de Rohan, Colcnel du régimenl de Rohan-Inianterie, né en 1710, époux, depuis 1735, de Charlotte de Châtillon morte en 1753, remarié, en 1758, avei Émili ol d'Uzès, el mort à Ni e
sans post< rite, en itoi.
(3) Louis- Jos4 ph de Bourbon, prin< e d ■ Cpndé, du< d'Enj «*< n de Chà-
teaubriant, Colonel uri d rai de l'Infant rie, • hevalier du Saint-Esprit, né i n 1736, épousa, en 17.*)::. Charlotte de Rohan-£oubis3, morte . n 1760.11 i P Armée d< s Prince s di ns l'émigration, el moui al à Paris, < n 1818. 11 était i If de Louis- H< Ary, morl en 1740 i ! de Caroline d< Hens-Rieuiels, dont Chrysostome Larcin r fui nommé gentilhomme -é< uyi r en 17'iS.