‹ Le Comte de La Touraille, maréchal de camp de cavalerie, brigadier des armées du roi, chevalier de Saint Louis, philosophe et poète, 1720 à 1794Chapitre 2 sur 17 · LE COMTE DE LA TUIHMLLK · texte numérisé non relu

LE COMTE DE LA TUIHMLLK

En 1751, il revint à la Touraille recevoir le dernier soupir de sa mère, qui fut inhumée dans l'enfeu de Lemo, en l'église d'Augan, le 14 septembre 1751. Puis il assista à Rennes, en novembre suivant, aux Etats de Bretagne, qui le désignèrent pour vérifier les comptes rendus par M. Boyer de la Boissière, trésorier des États depuis 1720 (1).

Il avait écrit à son protecteur, le duc de Rohan, pour lui faire part de la mort de sa mère : « Qui pourrait jamais remplacer, dans le cours de la vie, une bonne mère !... Elle était presque morte, que sa tendresse pour moi vivait encore... Sans vous aujourd'hui, Monsieur le duc, je me croirais seul sur la terre... » — Le duc lui répondit légèrement, lui conseillant « de revenir à Paris, où le temps et les plaisirs de la capitale lui feraient vite tout oublier; » et « l'autorisant , s'il avait besoin d'argent, à en puiser dans la caisse de son intendant. » — « Non, Monsieur le duc, riposta la Touraille; un oubli semblable serait le procédé d'un ingrat; et jamais mon cœur ne m'a permis de l'être. Est-ce que les ducs et pairs dédaignent ces regrets, naturels au village, peut-être surannés et ridicules à la Cour !... Quant aux plaisirs, ma fantaisie même n'admettra jamais que des plaisirs aussi honnêtes qu'irréprochables. Cette fierté pudique me rendra peut-être encore plus digne de votre estime... Je n'irai point, comme vous voulez bien m'y convier, emprunter de l'argent au receveur général de votre duché. Comment en aurait-il pour moi, lui qui n'en a pas le plus souvent pour vous » (2).

A la fin de l'année 1754, nous retrouvons Chrysostome à la Touraille au chevet de son père, âgé de soixante-seize ans, impotent et gravement malade. Pour subvenir aux frais des soins que nécessitait l'état de ce vieillard, il dut vendre la métairie du Choysel; et, le 30 novembre 1754, il emprunta sur leprixdi cette vente une somme de 200()# à Jacques Vatar fils, libraire à Rennes, rue Dauphine. Il est dit clans

(1) Archives d'Ille-et-Viïaine. — 11 est dit « Jean Chrysostome Larcher, chevalier, seigneur de la Touraille2 écuyer, grand-ofïicii de S, A. S. Mme la princesse de Condé. »

(2) Recueil de gaîté et de philosophie du comte de la Touraille (t. I, p. 11).

BIOGRAPHIE DU COMTE DK LA TOURAILLE. 11

cet acte d'emprunt : « Jean-Chrysostome Larcher, chevalier, seigneur de la Touraille, premier écuyer et grand-officier de S. A. S. Mgr le prince de Condé, demeuranl à Paris, faubourg Saint-Germain, et actuellement logé à Rennes hôtel Grand* Maison », en la paroisse Saint-Ëtienne (l).

Isidore Larcher mourut le 28 janvier L755 vi fut inhumé le surlendemain dans l'enfeu de Lemo, en l'église d'Augan; son lils prit alors le titre <l<i «comte de la Touraille »; il gagna, peu après, la capitale, et reprit son Bervice d'aide de camp près du prince de Condé.

Aux côtés de ce prince, et avec le grade de Mestre de camp de cavalerie, il prit une part glorieuse à tous les combats de la guerre de Sept ans.

Lors de la déclaration de cette guerre, en juillet 1756, Condé n'avait que vingl ans; il courut rejoindre <in Allemagne l'armée français»' aux ordres du maréchal d'Estrées, et s'enrôla comme volontaire dans le régimenl de -«-n ami, le lieutenant-général Chevert, déjà vieux <il tout couvert de gloire(2), et dont le comte de la Touraille devait faire paraître l'épitaphe dans « l'almanach des Muses », en 1769.

Ce fut à la bataille d'Hastembeck, le 13 août 1757, que le prince de Coud»'' reçut intrépidement le baptême du feu. Comme il s'élançait pour enlever une position qu'occupait l'artillerie anglo -allemande du duc de Cumberland, le comte de la Touraille, chargé de modérer son impétuosité, s'approche de lui, et le supplie de s'éloigner de quelques pas afin de ne plus être autant exposé aux boulets de l'ennemi. « Mais, ria le jeune prince en souriant, je ne trouv- pas toutes ces précautions dans l'histoire du grand Condé » (3). Nous voyons,

(1) 1." hôtel Grand 'Maison » occupai! l'emplacement de L'immeuble actu !. il":», ru • Salle-Vi rte.

(2) François Chevert, ne" à Verdun, en 1695, perdit ses parents d

plus tendre el s'i as dans le régimenl de < nommé -

li u tenant dis 1710., il s'él va bientôt, m aui plus

haut de l'armée. Lieu olonel de grenadiers en 1741, Maréchal de

Camp en 1744, Lieutenant-Général I î, il mourul Grand-Croix d le 24 janvier i:

(3) Histoire rffes trois derniers prii ■ i de la liaison <■ par Crf.tim \r-

JoLY II. I. p 10).

parmi les noms de ceux qui furent tués ou blessés à cette bataille victorieuse, des Bretons : tués : le comte de Beaufort, le comte de Montmorency-Laval, colonel du régiment de Guyenne; blessés : M. de Becdelièvre, lieutenant au régiment d'Enghien ; M. de Boisgeslin, capitaine au régiment des Volontaires de Flandre; M. du Molant, lieutenant au régiment de Picardie; M. de Gouyon de Matignon, lieutenant au régiment d'Enghien ; M. de Langle, capitaine au régiment de Champagne. Et, dans une lettre que le comte de la Touraille écrivait à son compatriote, M. de Porcaro, en 1764. il remarque que la victoire d'Hastembeck, qui décida de la conquête du Hanovre, ne fut gagnée que grâce à la charge héroïque d'un régiment de grenadiers, à la tête duquel marchait encore un Breton, le marquis de Bréhand, fils du héros de Dantzig, et qui fut aussi blessé dans cette bataille (1).

Le prince de Condé et son aide de camp n'assistèrent pas au désastre de Rosbach que Frédéric II de Prusse fit essuyer à l'armée française, et dont Voltaire, dans des vers antipatriotiques, a eu la lâcheté de féliciter les vainqueurs. Mais il prit une part glorieuse au combat de Lutzelberg,le 28 octobre 1758 ; à celui de Minden, le 1er août 1759, où le comte de la Touraille fut assez grièvement blessé (2); au siège de Meppen, le 30 octobre 1761 ; à la bataille deGrumminger, le 30 août 1762 et à celle de Johannisberg, le 2 septembre suivant.

La paix de Paris mit fin à cette guerre, en 1763, et ramena le comte de la Touraille à Chantilly avec son maître.

Le prince de Condé, protecteur éclairé des lettres et des arts, recevait à Chantilly une foule de savants et d'hommes de lettres; et ce fut alors que la Touraille se lia avec les philosophes de cette époque, tels que Voltaire, Diderot, Duclos, d'Alembert, Rousseau, etc., auxquels il avait été présenté par un Rennais, Germain-François Poullain de Sainte-Foix, et vers lesquels l'attiraient la culture et la distinction de son esprit. Mais, comme le prouvent plusieurs passages des lettres

(1) Recueil, du comte de la Touraille (t. I, p. 11 H).

(2) L'Impôt du Sang, par J.-F. d'Hozier (t. II, p. 54, n°82ï3).

WOdRANIIK DT COMTK Di LA TOURÀlLLE. 10

qui lui I'ufviiI adressées par Voltaire, il rie partagea pas leurs idées anti-religieuses. Il était, comme il le dit lui-même dans un de ses portraits,

« Philosophe un peu par nal ure, « Et beaucoup par nécessité ( 1 1 ».

Il resta toujours, au poinl de vue littéraire, an admirateur de Voltaire; seulement il eût « voulu voir élaguer de ses écrits tout le fatras an ti- religieux » (2).

Pendant les campagnes de la guerre de Sept ans, entre deux victoires, le comte de la Touraille s'était remarié.

11 avait été mu liement éprouvé dans toutes ses affections .vait vu mourir successivement sa femme, sa m:Nre, son père, et deux de ses enfants.

11 avait en, comme nous l'avons dit, trois enfants. L'aîné, Isidore-François, né à la Touraille le 11 mai 1740, avait été tué, comme enseigne de vaisseau, le 21 septembre 1758, sur la corvette « La Calypso » qui avait soutenu un combat très vif contre deux frégates anglaises, en vue du port de Brest (3). Son second (ils, .loseph-Jean-C.hrvsostome, né à la Touraille le 24 avril 1741, était au collège à Paris, et devait devenir, m 177.'), enseigne de vaisseau, et en 1785, lieutenanl de vaisseau et chevalier de Saint-Louis. Sa tille. Maric-Françoise- Émilie, née à Lemo, le 27 avril 1742, et dont la naissance avait coûté la vie à sa mère, avait été admis.', le 23 avril 1754, comme demoiselle à Saint -Cyr, où ell*1 était morte le 4 octobre 1756.

Le comte de la Touraille se trouvait donc sans foyer à l'âge de trente-huit ans. Il se décida à contracter un second mariage, et épousa à Paris, le (î février 175!», Marguerite-Louise Patiot, tille de Jean-Baptiste Patiot, ex-trésorier d<-> armées du roi, et de Anne de Larminat, dont il devait avoir trois enfants : 1° Louis- Joseph-Antoine, né à Thionvîlle, le 25 octobre 1760, qui eut pour parrain le prince de Condé; admis à l'école de la

(t) Reciuil, !, 186.

(2) Recueil, H 186.

(:n L'Impôt <iu Sang, par .1.-1". d'HozIrr (t. II, p. 54, n

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